CHAPITRE "VU
si les mœurs et les inslitulions démocratiques ont tout réduit en poussière, on est condamné à n^avoir «fue des assemblées composées d^individus isolés, comme ceux qui les élisent, avec des droits vagues, illimités, quelque peu factices, comme en France : et alors ce gouvernement est bien autrement diffi^ cile à conduire, bien autrement exposé à faillir.
On est ainsi toujours ramené à la terrible raison qui fait, à rbeure qu*il est, la force et la fortune du despotisme en Europe, Tabsence de tout élément Iraditionel ou sérieusement conservateur. On se débat partout contre les conséquences de ce fait, aussi fatal aux intérêts bien entendus de la monarchie qu'à ceux de la liberté.
D'où vient que les gouvernements libres n*ont réussi nulle part à se consolider sur le continent.' N'est-ce pas surtout du défaut de tout patriciat politique dans les pays qui ont reçu des constitutions? Ce qui s'est fait en Angleterre pour la liberté, par Taristocratie et avec son concours, a duré, témoin la grande charte et la révolution de 1688 : ce qui s'est fait sans elle ou contre elle a péri, témoin la république de 1649. Et qui ne sait qu'à Rome la liberté n'a duré qu'autant que l'élément praticien a été prépondérant, et que le triomphe de la démocratie, qui n'a pas duré cinquante ans. a été immédiatement suivi du despotisme impérial, qui a duré cinq siècles? J'appelle sur ce point les réflexions, et au besoin le repentir des lihérausB, qnî se sont toujours montrés si âpres à poursuivre les derniers vestiges de stabilité ou d'h«*ré(lilé dans les lois et les mœurs de notre pays. Dieu me garde cependant de conclure que la liberté
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«oit désormais impossible sur le continent, parce qu*on y a détruit l*aris(ocratie ; je constate seulement qu*il y a là pour les gouvernements libres une source de difficultés et d'inconvénients redoutables.
J'explique ainsi une partie des défauts et des dangers du système parlementaire, bien loin de les nier. Je comprends la tristesse, le doute, l'indignation qu'a dû inspirer le spectacle des tâtonnements, des morcellements, de l'indiscipline de ces assemblées , composées en très-graude majorité de gens honnêtes et intelligents , mais où manquait le lest des traditions et le poids des influences incontestées. On dit que les fautes de ces majorités, l'ambition et l'égoïsme de leurs chefs, méritaient une correction, un châtiment, une expiation ^ qu'il est devenu nécessaire de substituer pour un temps à la liberté un régime de silence et de compression. Je le veux bien. Mais après? Ce traitement doit-il durer toujours? Est-ce là l'idéal qu'on nous veut faire adorer? Et convient-il, pour lui rendre hommage, de proscrire et de flétrir à jamais le régime de discussion et de liberté, et cela, au nom et dans l'intérêt de la religion? Voilà la question. Elle est surtout théorique et historique : mais elle est vitale; car, sous un autre nom, c'est absolument la même qui a été posée et résolue plus haut.
Je soutiens que le gouvernement représenta tif,s'îl a des défauts et des torts, n'en a pas plus que n'imiMirte quel autre gouvernement d'ici-bas. J'ajoute que, quand même il en aurait plus, encore faudrait-il les supporter, suus peine de renoncer à la liberté; car je défie qu'on trouve dans l'Europe moderne «ne autre combinaison pour la garantir.