‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 45 sur 69 · CHAPITRE YIl. n · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIl. n

Que lui reproche-t-on d^ailleurs? D'avoir amené le socialisme. Mais ce serait confondre toutes les no- Uons du juste et du vrai que de rendre le gouverneraeni parlementaire responsable de tout ce qui sVst fait depuis 1848 jusqu'au 2 décembre 1851. La notion même d'une assemblée souveraine et permanente répugne à Tessence de ce gouvernement, qui est avant tout, comme on Ta dit, un gouvernement de contrôle réciproque. Autant vaudrait prendre la Convention pour un modèle du gouvernement parlementaire. Ce serait confondre deux choses tout aussi distinctes que la royauté tempérée de saint Louis et l'autocratie de Byzance. Le régime parlementaire a reçu au 24 février une blessure mortelle, dont le 2 décembre n'a été que la conséquence logique. Je crois qu'avec plus de sagesse et de bonne volonté, on eût pu détourner la conséquence; mais. en partageant la responsabilité entre qui de droit, il ne faut pas la déplacer. La plus grande part de tous nos maux et de toutes nos humiliations doit encore et toujours retomber sur ceux qui ont amené et intronisé l'orgie de février.

Je conviens que, dans toute TEurope, le rôle des assemblées improvisées en 1848 n'a pas été brillant. Il a été misérable en Italie, et assez ridicule en Allemagne, où ce bizarre mélange de démcigogues, de pédagogues et de philologues qui ont siégé 5 Francfort, à Erfurt et ailleurs, n'a pas fait honneur au génie germanique. Et cependant lA même aucun catholique ne doit oublier ^qu'ils ont proclamé la liberté de l'Église et de renseignement. Je fais des réserves formelles en faveur des deux assemblées françaises. L'Assemblée constituante, malgré la constitution

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iniensée qu'elle nous a donnée el avant que Téiec- Uoa (lu tO décembre ne lui eùi fait perdre la tètet avait énergiquement arrêté le soeialisme et réagi contre les folies da gouvernement provisoire ; elle a su d'ailleurs se retirer à temps et céder au mouvement de Topinion. Moins bien inspirée sous cédernier rapport que sa devancière^ TAssemblée légisia^ tive n*en a pas moins acquis des titres à la reconnaissance universelle. C'est elle qui a maintenu à Texpédition de Rome son véritable caractère; c'est elle qui a donné la liberté de l'enseignement ; c'est elle qui a fait rentrer l'ordre dans la législation et dans les habitudes du pays, jusqu'au jour où, égarée par l'imprévoyance de ses chefs^ elle s'est perdue dans des divisions puériles, exploitées d'ailleurs contre elle avec'une pernicieuse habileté.

Mais si ce pauvre système parlementaire n'est pas coupable du socialisme qui l'a tué ^ n'est-il pas ait moins responsable de la révolution de 1848, et de la chute des trônes et des pouvoirs qui a signalé cette fatale année?

On n'oublie qu'une chose» c*est que la plupart des trônes entourés d'institutions représentatives sont restés debout, comme en Angleterre^ en Belgique, en Hollande, en Bavière, en Espagne ; c'est que la plupart des trônes qui sont tombés ou qui ont été menacés en 1848 n'avaient précisément rien de commua avec le système parlementaire. Prenons pour exemple l'Autriche. Assurément la chute du pouvoir k Vienne, en mars 1848, a été tout aussi honteuse et aussi complète que celle de la monarchie française en février; la société s'y est même relevée beaucoup motos vite qu'en France ; et le meurtre atroce du

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générai de Bréa a été dépassé en alrocité par le supplice du comte de la Tour. Et cependaDt tout dans ce vaste empire était dirigé dans on sens aiisohH ment contraire aux idées parlementaires, constitutionnelles ou libérales; aucune liberté qoeieonque n*y était admise ou pratiquée ; point de tribune, point de liberté de la presse, point d^assemblées même consultatives , point de changements de nsi* niatère , point d*orateurs brouillons , point de chefi de parti, pas la plus petite élection libre, point de discussion quelconque, excepté sur les théâtres et les chemins de fer ; enfin pas Tombre de tous ces fléaux dont on nous a délivrés. Rien ne venait gêner Tiniative gouvernementale. Pendant trenle-neuf années consécutives, ce noble pays avait été gouverné par le même chef, par le prince de Mettemich. c*est-â« dire par un homme que Ton s^accorde à mettre au premier rang des hommes d*É(at du continent. La censure était rigide ; la police universellement oi>éie et redoutée; Tadministration très-régulière et (rèsfidèle. Bien plus, et ici je sollicite surtout Tattention de mes lecteurs catholiques, il n*y avait rien, absolument rien de ce que l*on pouvait reprocher au l^vernement de juillet sous le rapport religieux. Le ministre dirigeant ne cachait pas ses convictions religieuses ; et deux fois, sous son administration, le saint-^iége avait été sauvé de la révolution par les armes autrichiennes. La sollicitude pour les intérêts religieux était poussée si loin, que Tempereur François avait imaginé de placer un ecclésiastique dans toutes les administrations, dans toutes les chancelleries, et jusque dans son conseil d'État. Bn un BMt^jc'était Fidéal du système qu*on nous vante.

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exceplé quant au maintien de la législation de Joseph II sur TÉglise; mais on se convaincra bientôt que d*aspirer à la fois à la liberté pour l'Église et à la servitude pour tout ce qui n*est pas elle, c*est, au temps où nous sommes, entreprendre l'impossible. Dans tous les cas, on conviendra que rien ne ressemblait moins au régime contemporain en France. Et cependant ce grand gouvernement , où Taulorité était tout et la liberté rien , cet illustre et antique édificeest tombé en un clin d'œil, sousTeffort de quelques juifs et de quelques étudiants; tout ce système politique, que ni la presse ni la tribune n'avaient miné, s'est écroulé comme un château de cartes , et sans l'héroïque épée du prince de Windischgraetz et du maréchal Radelzky, qui sait si rAulrichecompteraiten^re aujourd'hui au rang des nations?

On insiste, et on affirme que le système constitutionnelne dure pas et ne produit rien. Réponse : ila . duré en France trois fois plus longtemps que la monarchie absolue, fondée par le plus grand génie des temps modernes. 11 a régné en France de 1814 à 1848 ; et ces trente-quatre années, il ne faut pas se lasser de le répéter en présence des injures et des mensonges qu'on entasse chaque jour, ces trentequatre années ont été, tout bien compensé, sinon les plus éclatantes, du moins les plus libres , les plus heureuses, les plus tranquilles de son histoire.

Je me fais un devoir de proclamer que la révolution de juillet en a troublé le cours : si forte qu'ait été la provocation, si pures qu'aient été les intentions de ceux qui en profitèrent, nul ne doit le méconnaître aujourd'hui, elle a porté atteinte^ prin-

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