CHAPITRE YIII
pouvoir, du moment qu*elle est dégagée du contrôle des assemblées et de la discussion publique? Le remède ne pourrait natlre que de Texcès du mal , et en nous replongeant dans 1*abîme des révolutions.
Aussi les moins insensés des adversaires au régime parlementaire cherchent un refuge, contre les redoutables et inévitables éventualités du pouvoir absolu, dans la résurrection de ce quMIs ap< pellent les libertés provinciales. Ils nous assurent gravement que les institutions provinciales sont le contre-poids naturel du pouvoir politique, que le moyen d*occuper les esprits est ainsi trouvé, et que les libertés provinciales offriront un aliment suffisant aux ambitions locales. Il ne manque à cette belle recette que deux choses : des provinces, et des libertés.
Des provinces d^abord ! Où sont-elles ? Dans le tombeau, et pour toujours. On peut le regretter, et personne ne le regrette plus amèrement que moi ; mais il' faut être trois fois aveugle pour le nier. Il y a encore des provinces en Autriche, et elles peuvent y subsister avec force et honneur, pourvu qu*on ne fasse pas là, comme ici, la fOlie d'effacer toutes les distinctions et de renverser toutes les barrières, afin de rendre pins commode le gouvernement par la bureaucratie. Mais, en France, il n*y en a plus. Ç*a été un crime de détruire les provinces en 1789, et une faute de ne les avoir pas rétablies en 1800 ou en 1814; mais même alors ce n'eût plus été qu'un hommage rendu à Thistoire nationale et au bon sens, qui voudra toujours qu'un homme né à Besançon ou à Auch soit plus naturellement désigné par son nom de Comtois ou de r
1 U DES INTÉai^TS CATHOLIQUES.
con, que par les eaux du Douba ou du Géra, comme les poissons de ces rivières. Mais comme inslitulioa politique, comme force sociale, les provinces de France étaient mortes dès avant 1780 ; et qui les avait tuées ? La monarchie, et la monarchie absolue que vous prônez. Qui a supprimé les états du Rouer- £;ue en ](K>9, ceux du Dauphioé en 1628, cfux de Quercy en 1623, ceux de Provence en 1059? Qtrétaient devenus, au xviii* siècle, les états qu*on avait daigné con^i'rver en Bretagne, en Bourgogne, en Languedoc ? Quelle résistance sérieuse et durable surent-ils jamais opposer, je ne dis pas seulement aux volontés formelles du monarque, mais aux exactions de ses ministres, aux abus de tout Tancien régime? Il faut lire, dans la Correspondance administratice sous le règ»e de Louis Xiy (i), ce que pensaient de Tindépendance et de rautorité de ces corps, des témoins dignes de foi, des évéques, des magistrats, de simples specta* leurs. A chaque page, on y trouve Tempreinte de la corruption, de Tinlrigue, de la violation de la liberté des suffrages, en un mot les abus les plus scandaleux du régime représentatif , sans aucun de ses avantages. Sans doute la valeur primitive de ces institutions avait été immense ; elles auraient pu fournir à la nation d^incalcu labiés ressources, si on avait su en user avec sagesse et justice. Mais là, comme partout, le pouvoir absolu avait éteint la vraie vie publique. Dès 1780 il n*y avait plus rien, et aujourd'hui ce serait moins que rien.
Excepté dans deux ou trois régions de la France
(i) Publiée par M. Bcppuig, dans la Collection des Doeuntêntt inédits sur t histoire de France, 1850 cl 1S51.