CHAPITRE I
exciter la risée des mailres du genre. Seuls , deux hommes d'un génie supérieur ont pu faire croire à l'Espagne que les jours de sa décadence allaient cesser; et ces deux hommes sont catholiques. L'on, Donoso Gortës, a conquis de plain-pied l'attentive admiration de l'Europe ; l'autre, Balmès, mort à la fleur de l'âge (i) , historien , philosophe , théologien, surtout grand esprit politique, ayant compris tous les besoins et toutes les conditions de la Ii!)erté moderne, en même temps que toutes les infirmités d'une société démocratique, et sachant concilier cette lumineuse intelligence de son temps avec cet inébranlable attachement à l'immobile infaillibilité de l'Église, sans lequel nul Espagnol n'est digne d^appartenir à la patrie des Ximenès et de Galderon. La réaction catholique en Espagne, pour avoir été longtemps silencieuse et inaperçue, n'en doit être que plus profonde, puisqu'elle a trouvé de tels organes. Et c'est ainsi qu'elle a été comprise par les hommes d'Etat, qui gouvernent ce pays, puisqu'ils viennent de conclure avec Rome un concordai, le plus avantageux qu'il ait été donné depuis longtemps au saint siège d'obtenir d'une puissance catholique, et dont l'exécution sincère ramènerait promptement de beaux jours pour TÉglise d'Espagne.
' Le régime des concordats existe aussi en Allé-' magne; mais, exécutés sans bonne foi. ils n'ont pas
(i) A IrcDte-hail ans, le 9 juiilel 1848 ; auteur du Protestantisme comparé au catholicisme, de Pie IX, et de plusieurs antres ouvrages.
suffi pour guérir les plaies de la religion dans ce grand pays. Il a fallu d*autres remèdes, d'autres leçons : les leçons n'onl pas manqué, les remèdes sont venus à leur suite. Aujourd'hui, quel changement fil quel progrès ! Le protestantisme allemand, criblé des coups du rationalisme et du panthéisme qu'il a fait éclore, a perdu son âme : 11 ne subsiste plus qu'à l'état de corps artificiellement maintenu par le concours énergique de l'État. La vie réelle s'est retirée de lui ; de doctrine, il n'en a plus, il n'en ose plus enseigner. Qu'on aille voir ce qu'est devenue, dans la patrie de Luther , cette fameuse doctrine de la justitication par la foi seule, doctrine si commode qu'on peut s'étonner qu'elle ne soit pas devenue le symbole de tous les libertins du monde : elle n'est plus professée nulle part. Qu'on aille compter le nombre des protestants allemands disposés à signer, dans son texte primitif, la confession d'Âusbourg : ils tiendraient tous dans une bourgade.
Il existe, à la vérité, un groupe Intelligent et courageux de piélistes, dont le foyer est à Berlin, et dont 11 s'échappe de temps à autre un éclair de vérité, et même de justice, à l'égard du catholicisme ; mais ils comptent, si je ne me trompe, plus d'adeptes politiques et militaires que de théologiens; ils rencontrent plus de sympathies sur le trône que chez le peuple. En dehors d'eux, le protestantisme n'est plus qu'un nom qui sert de masque à toutes les théories négatives et destructives que la philosophie moderne a développées. Se dire protestant, c'est simplement déclarer qu'on n'est pas calhol'.que, et quelquefois qu'on n'est plus chrétien.
CHAPITHE I. 19
Au milieu de cette poussière du désert, le calhoUctsme surjvit avec sa doctrine immuable et son austère discipline, tel qu'il siégeait au concile de Trente, et tel que dix générations de réformateurs sans poslérité Tunl inutilement haUu en brèche. Il a traversé inlact les guerres intestines et la conquête étrangère ; il a bravé les diplomates et les juristes; il a survécu au\ despotes et aux démagogues, à Joseph II et à Robert Blum. Tout ce qui semblait le plus propre à rabattre n'a servi qu'à le propager et à le fortifier. Le vieil édifice du saint-empire romain, en s'écroulant, a brisé la plupart des liens qui Tenlravaient, et lui a ouvert des voies nouvelles. G*en est fait de Todieuse maxime de Pancicn droit germanique : Cujus regio iUius religio, maxime qui assignait des Hmilcs territoriales à Texpansion de la vérité, et condamnait les populations à suivre en aveugles les caprices et les passions de leurs maîtres (:) La Prusse, en conquérant de vastes provinces ca;iu)liqucs, a été obligée de traiter avec TÉglise et de lui ouvrir Taccèsde provinces d'où la vraie foi était bannie depuis trois siècles.
La Hesse , la Saxe , le Mecklembourg, tous ces pays naguère exclusivement luthériens ou calvinistes, ont dû subir la même loi. Et de toutes parts on voit des groupes de fidèles catholiques s'implan-
(i) En vertu de ce principe, consacré par la paix dePassau en 1553, les habilanis du Palatinai durent passer guaire fois successivement du luthéranisme au calvinisme, et réeiproquemcnt, dans Tespace de vingt-sept ans (1556 à 1583 ), selon le gré des quatre princes qui se succédèrent dans la dij^nilé d'électeur palatin pendant ce temps.
ter à Tombre des vastes el vieilles églises que le proleslanlisme avait usurpées, mais quUI n'avait jamais su remplir. Bravant le respect humain, Timpopularité vulgaire et les fureurs de la presse rationaliste, la noblesse et la classe lettrée, qui ont toutes deux tant à expier, fournissent des conversions nombreuses et éclatantes. LMlluslre comte de Stolberg en a commencé la série que ne clora pas M. deFlorencourl(i). Ces deux noms rappellent assez que rÉglise a dû, à ces retours, quelques-uns de ses plus habiles apologistes, de ses plus intrépides champions, des écrivains, des historiens, des docteurs du premier mérite, tandis que, pas plus en Allemagne qu'ailleurs, Thérésie n'a pu enlever au catholicisme un seul nom digne d'être regretté ou cité.
De la vie privée, le mouvement catholique a bientôt gagné la vie publique. En mettant imprudemment la main sur l'archevêque de Cologne, le gouvernement prussien donne le signal du réveil de l'Église germanique. Glément-Âugusle de Drosfe , d'immortelle mémoire, en sacrifiant, dans la question des mar^^ges mixtes, son repos et sa liberté, aux intérêts les plus sacrés de la conscience et de la
(i) Nous citerons en outre, et parmi les noms qui nous reviennent à la mémoire, la princesse Galilzin, qui fui à MUnsler le centre d*un mouvemenl remarquable au coraroencement de co siècle; Adam M iiller. le conseiller Schlosser, réloquenl publicisie M. Jarke. le docte el courageux professeur Phillips, la comtesse Ida Hahn, qui a raconté sa conversion dans un beau livre intitulé : De Babyîone à Jérusalem; Hurler, si connu parmi nous par sa belle histoire d*Innocenl 111.