CHAPITRE^. IX
traité fut conclu à Paris en 1815 :le8 trois autocrates se séparèrent, et s'en retournèrent chacun dans ses États : François i«r, pour y conserver scrupuleusement, pendant ses quarante-cinq ans de règne, la législation de son oncle Joseph ii contre TÉglise ; Alexandre, pour expulser et dépouiller les Jésuites, sans avoir aucun crime à leur reprocher ; Frédéric- Guillaume, pour y entamer contre FËglise lé système qui devait aboutir à la prison et à Vexil de Tarchevèque de Cologne.
La loyauté française ne prit aucune part au traité de la Sainte-Alliance : mais qui pourrait mettre en doute le dévouement des rois de notre siècle à la religion et à TÉglise 7 Depuis longtemps on n*avait TU sur le trône un chrétien aussi accompli, un aussi honnête homme que le roi Charles x. Voici cependant ce qu^écrivait son ambassadeur à Rome, le duc de Laval-Montmoreqcy, chrétien aussi loyal que son maître, dans une dépêche officielle au sujet du conclave de 1823 : a Les cardinaux français doivent être « envoyés, sans parole de qui que ce soit, sans re- « commandation, on ose dire sans consciercb, en a en prenant ce mot dans le sens qui exprime une
• vanité occupée de sa propre chose plus que de
• celle du Roi,., Chacun d^eux, pénétré des senti- « ments de fidélité dus au Roi. consentirait à se « tromper avec lui, sMl se trompait... ils travaille- « raient à Tœuvre désirée par le Roi, et recomman- « dée à leur véritable conscience de prélats placés « là par le Roi, et qui n*y seraient pas entrés sans
• le Roi (i). •
(i) Artaud, ffistoire. de Léon Xth t- h P* 1^5) 1^*
1 70 DES INTÉA^TS CAlTH0L1QU£S.
J^atlendrai qu*on me cite de M. Brofferlo, ou de tout autre radical parlementaire, un acte plus éloi^ gué de la véritable intelligence des droits derÉgliae, que cette naïve déclaration d'un excellent catholique, ambassadeur d'un roi très-chrétien.
Je prie instamment mes lecteurs de ne pas me prendre pour un ennemi de la royauté et des races royales, parce que je réponds aux détracteurs de lâ monarchie constitutionnelle en racontant les erreurs des rois à une génération oublieuse ; parce que Je signale les écueils dont ils n'ont pas toujours su se préserver.
Mais je conclus , de tout ce qui précède , que le gouvernement représentatif n*a pas fait et ne fera jamais autant de mal à TEglise que lui en a fait, souvent sans le vouloir, le pouvoir absolu ; que, par conséquent, les catholiques n'ont aucun droit ni aucun intérêt à s'associer auxdialribes des flatteurs de la force contre ce genre de gouvernement. J'en conclus aussi que, presque toujours , les pouvoirs ^ui ont prétendu protéger l'Église en associant sa cause à celle de la monarchie absolue, ont fini par la compromettre ou l'asservir.
Sauf dans les grandes explosions révolu lionnaires, où l'Église subit le sort de la société tout entière , l'expérience prouve que partout où elle eut à souffrir, dans les temps modernes comme au moyen âge, c'a été l'oeuvre des volontés absolues de quelque prince aveuglé.
L'auteor, premier secrétaire d^ambassade da loyal el oh«valeresqae dac de Lavât, elle celle dépêche sans critiqae ni surprise. Cela lui parait tout simple.
CHAPITAE IX. m
Croire que Ton pourra, dans Tétat actuel de noa mœurs el de nos lois, conserver la liberté de TÉgltse en dehors d*une liberté générale sagement contenue et réglée, c*est une déplorable illusion. Une fois ré* duite à rétat de privilégiée, elle retombé l^l ou tard à rétal de cliente, de protégée , avec toutes les entraves et tontes les humiliations d^une telle condition.
Vous voulez, dirai -je aux imprudents apologistes de Tancien régime, vous voulez ressusciter le passé pour le clergé. Mais n*avez-vou8 donc jamais réfl^ch <iue Ce passé serait également ressuscité contre lui ? N'avez- vous pas calculé qu^il aurait plus à y perdre qu'à y gagner ?
Vous gémissez sur les luttes auxquelles le régime de la liberté a condamné PÉglise dans quelques pays ; vous semblez craindre par dessus tout qu'elles ne recommencent chez nous. Pauvres âmes sans foi, pauvres cœurs sans courage ! Où avez-vous vu que rÉglise dût cesser d'être mHitante ici-bas? Mais la vie entière est une lutte : la vie domestique, la vie privée la plus obscure, qu'est-elleautrecbose? MUitia est vita hominis super terjfatn. Et vous auriez la prétention de l'éviter dans la vie publique, dans la vie de TÊglise suKout! U n'y a qu*un moyen efficace d'éviter la lutte, c'est de supprimer la vie. C'est à quoi Ton était parvenu, à peu de chose prAs, dans ces royaumes où le despotisme régnait, et creusait en silence l'abîme où la révolution devait tout ensevelir.
Loin de moi d'ailleurs la pensée que les catlio- Hques aient à se poser en chevaliers errants du régime parlementaire ou représentatif ! Je ne leur de-
172 DES INTÉRàTS CATHOLIQUES.
Diande pour lui qu*une équitable comparaison avec les régimes qui Tont précédé et qui pourraient le remplacer, et, à défaut de toute autrejustice, je demande au moins rimpassibililéet ladignitédu silence.
Je suis loin d'être moi-même Tadmirateur tans réserve de ce régime. Je conçois fort bien qu'il n'inspire plus ni la même conlianceni la même estime qu*il y a trente ans. Je ne veux pas plus être rangé parmi ses panégyristes que parmi 9es insulteurs posthumes.
Je me borne à croire que, dans un temps comme le nôtre, dans une société pulvérisée par Tesprit démocratique, ce régiftae si décrié est le seul abri contre le despotisme, et qu'il lui est préférable. 11 laisse plus de place au talent, au caractère, à l'honneur, à la conscience. Certes, il ne nous rendra pas le xiw siècle, ni le xvii« : il n'enfantera pas des Joinville, des Guises, des l'Hôpital, des Saint-Simon ; mais au moins nous donnera-t-il autre chose que des muets ou des valets. Que si l'on peut trouver une autre combinaison, une autre forme de gouvernement, qui nous préserve à. la fois des périls de la liberté et des abaissements de la servitude, rien de mieux. Mais, en attendant cette découverte, je m'en tiens à l'expérience, qui nous fait voir dans le gouvernement représentatif, dans la monarchie tempérée, un régime dont l'Église s'est fort bien trouvée, en comparaison de tout ce qui l'a précédé. Je ne voudrais pas qu'on immolât le souvenir de ses l>ienfaits à celui de ses abus , parce que, comme le disait tout récemment le P. Lacordaire, « s'il fallait « détruire tout ce qui engendre des maux et des
• abus, il ne resterait rien debout sur la terre, pas
• même la religion. •
CHAPllRE X. I7S