‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 66 sur 69 · ES HVTKK^TS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

ES HVTKK^TS CATHOLIQUES

lin "flacon de vîn'çéoèrevx versé dans wn èidng.

Aussi, je lie sache pas qu^aucun amistucèrect in- 'tpiltf^ent de la liberté ait jamais désiré ou rédamé le suffrage universel. U a été inventé par les répdblicaitis, d'accord avec quelques fous monarcbiqtiet. Selon Tusage, Tinvention a tfié les inventeurs.

Toutefois il faut s'y résigner et s*y babîtuer ; car «I ne sera pas détruit aussi facitemeiit et aesai promptement quMI a été créé.

Bayard et les preux de son temps se désespérment à la vue des progrès de Tartillerie et des arqvehmsades. Ils croyaient que la guerre loyale, ch e v al» resque, généreuse, n*allait plus être posâûe, et^fiie les lâches seraient désormais sur le même pied ^e les grands cœurs ; et cependant rhooneur, le courage, toutes les vertus militaires ont retrouvé leur valeur et leur emploi dans les armées modernes. H en sera de même des vertus et des talents poltëque» : tôt ou tard, ils retrouveront leur valeur. Seulement il faudra aux hommes d*État de Tavenir des vertus nouvelles, comme il a fallu aux fils des preux •encore plus de sang-froid et de coup d*œil que de bouillant courage, pour remplacer Grécy et Azincourt par Denain etFontenoy.

On a pu, grâce à la vapeur, bouleverser (ôntes les habitudes et toutes les conditions ^e la soeiélé extérieure, supprimer les distances, abaisser les montagnes, transfèrmer le commerce, ouTrir à Tindustrie d'interminables perspectives, fournir un thème inépuisable aux déclamateurs de tout ordre, sur le progrès indéfini, la fédération des États, la paix universelle et autres utopies; mais on n^a ni supprimé une passion, ni diminué un ennui, ni dis-

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ei^liné tine cupiéUé, ni consolé une iri$teaie, de plus qu^avant cette fameuse découveiie* L*orgueil, l'envie, la douleur, toutes les infirmités de Thomme sent restées debout, comme aussi les lois éternelles de la justice divine, et même les lois inférieures, mais respectables, de la sagesse humaine. Pas plus que la vapeur, le suffrage universel ne changera les oondKions fondamentales de la nature humaine. Seulement il rendra la liberté plus difficile, et par coneéquent les luttes plus pénibles, les sacrifices -plus méHIoires, le dévouement plus généreux et plus eomplet. C^est un sort que tout homme de ccraf, ^ueiout chrétien surtout peut encore accepter et bénir.

Peut-on espérer que, parmi les hommes dont Tintelligence «'a pas été complètement égarée par le démon de la révolution , ceux qui se regardent comme les champions attitrés de la liberté, éclairés, par ses dangers, ses mécomptes, ses humiliations, «e décideront enfin à chercher la force et la vie là où la vie et la force peuvent seules trouver la sanction de la durée et du respect ? Ils ont longtemps traité la religion en ennemie ou en étrangère. Le temps est venu de reconnaître en elle Tunique et indéfectible alliée. Elle est née pour être la consolatrice de tous les vaincus, le refuge de loutes les victimes, Tasile des cœurs blessés et découragés, la lumière des esprits dévoyés. Il appartient à ses enfants de revendiquer encore aujourd'hui pour elle cette gloire maternelle. Si la liberté doit être bannie^ du monde pour un temps, qu'on 'puisse au moins la retrouver un jour abritée sous Taile de TÉglise, enchâssée dans le cœur des catholiques ! C'est une il-

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tusion peut-être ; mais, à coup «ûr, il n'en est point de plus (généreuse et de plus innocente. Au milieu des misères de notre société si vacillante, si mobile, si discréditée à ses propres yeux, est-il pour VÉglise un rôle plus digne et plus sûr que de rester fidèle à Palliée qu'elle invoquait naguère, et qui lui a rendu de si bons services.

Il va sans dire que Je n*ai ni la mission ni la ridicule prétention de donner des conseils à TËglise. Mais puisqu'elle n'interdit point h ses enfanta respectueux et dociles de parler en public de set intérêts, de ses dangers, de ses droits; puisque chaque jour des écrivains Justement estimés usent de cette permission, dans un sens qui me parait dangereux et imprudent, Je crois pouvoir la prendre à mon tour. Je n'exprime que des vœux dictés par une tendre et filiale sollicitude ; et Je les rétracte d'avance, pour peu qu'ils paraissent blâmables ou téméraires à la seule autorité infaillible.

Mais, dans cette liberté que l'Église nous laisse, chacun demeure maître de son honneur. J'ai senti la nécessité de mettre le mien à couvert. Je l'ai dé^^ dit : je suis un vieux soldat de la cause calboliquCk On pourra certes en trouver de plus habiles et de plus heureux; on n'en trouvera pas de plus fidèles. Mais Je n'ai Jamais séparé cette cause dételle de la liberté. La devise de ma vie a été celle de ce vieux Polonais de la confédération de Bar : J'ai aimé la liberté plus que tout au monde, et la religion catholique plue que la liberté même.

Rangé sous les enseignes de cette liberté quand elle semblait la souveraine incontestée de l'opinion et de l'avenir, Je ne la déserterai pas aujourd'hui

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qu^elle esl reniée par la plupart de ses créatures, et que le flot populaire est allé rejoindre son courant naturel rers le pouvoir absolu. Je ne veux pas fournir un prétexte à ce reproche d*bypocrisie dont on est si volontiers prodigue envers nous. Je ne veux pas qn^on dise de mes amis et de moi, que nous n*avons défendu et obtenu la liberté que pour en trafiquer, ou la sacrifier à la première occasion. J*ai besoin de le dire : à mes yeux du moins, la liberté que nous avons réclamée pendant vingt ans il*a point été un piège tendu à nos ennemis, mais un acte de bonne toi et de bon courage ; point une tactique, mais un principe. La défaite et la confusion de nos anciens adversaires ne me fera pas perdre la tête, ne me fera pas jeter t*arme qui nous a loyalement et utilement servis, et que tous au premier jour nous serons si heureux de retrouver.

Quand même je resterais seul, seul témoin de notre sincécité et de notre constance, seul de tous ceux qui ont combattu avec moi et après moi sous les plis de ce glorieux drapeau, je lui demeurerai fidèle,' et j*aurai la conscience de rendre ainsi un dernier service à la dignité et à Tindépendance des catholiques.

Je me défie d*ai1Ieurs, par les raisops que j^ài dites, de tous ces entraînements, de toutes ces infeodationsàd^éphémères victoires, de ces confiances aveugles en d*aveugles grandeurs.

J*ai prédilque le triomphe delà démocratie en 1848 ne mènerait pas loin, et que ce torrent dévastateur Irait bientôt s*englautir dans les eaux stagnantes du despotisme. Je ne veux pas plus partager la honte de sa défaite que celle de sa victoire. 4'ai br^

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qu'on appelait aulrefois le peuple, quand se» représentants se pavanaient, dans leur attirail de souverains et^de législateurs, au profit de la licence démocratique. J*ai quelque droit de retenir mon adhésion à son enthonsiasme subit pour le pouvoir absolu. Prêt à tàuty comme disait M. de Maisire, et sûr de rten, assez indiiFêrent aux questions de forme, moins indifférent aux questions de personnes, Je me résigne à tout gouvernement où Tâme et rhon-» neur seront saufs. Sinon, non. Je n'aime pas le joug i. je ne suis pas assez révolutionnaire pour cela. Il it> a que les révolutionnaires pour supporter amoureusement le joug, après avoir brisé le frein. Je ne me sens pas d'humeur à conspirer avec la force et avec la fortune, à baiser le niveau qui m'écrase. Je n*ai point de goût pour ces unités artificielles qui absorbent tout et étouffent tout. Mon idéal n'est point dans l'avenir que M. de Tocqueville entrevoit pour les peuples démocratiques, transformés en « troupeaux d'animaux timides et industrieux, dont le gou^ vernement est le berger (i). • Je ne crois pas au progrès humanitaire, à la raison universelle, à Tinfaillibilité des peuples, à tous ces grands mots par lesquels on nous a éblouis, amoindris, réduits à Vabjecte égalité de la démocratie (s), à ces vastes applatissements de l'uuivers sous la passion ou le

(i) Démocratie en Amérique, t. iv, p. 355. On ne saaraic assez relire et méditer les deax derniers rolomes de cette admirable prophétie, à laquelle il conviendrait de rendre son véritable titre : De la Démocratie en France ei en Eu^

FoRCADB, Eevue des Deux Siondet, 1849.

panifue du moment. Je crois au droil et à la faleur de rbomoie, de Thomme indépendant, de Thonuéie homme. Je suis pour le système où cet honnête homme peut éire compté, et se compter pour quelque chose; où il pett, à ses risques et périls, tenir tête au mensoage et au mal, au pouvoir comme aux factions; où tous ne sont point condamnés, pour arriver, pour briller, pour être, à toujours courtiser le pouvoir ou Ténoeute; à toujours se courber devant quelqu'un, devant un homme ou une foule ^ à passer sans cesse du club à Taniichambre.

Telle est ma foi politique, et.

Hors qaHm commandement au fape exprès vienne,

j*y compte persévérer. J*avoue même que je ne vois aucun profit ni aucun honneur, pour les catholiques, à eu nourrir une autre.

11 est temps de terminer. Je le ferai en signalant un point où je me rencontrerai certainement avec mes adversaires. Au milieu des luttes qui remplissent notre histoire contemporaine, PÉglise seule a Taincu, et tout annonce que seule elle vaincra dans l'avenir. Elle ne dédaigne personne, elle n'est in^ grate envers personne; mais elle n'a besoin de personne, et tout le monde a besoin d'elle. Aucun pouvoir ne s'établira, aucun ne durera sans invoque» son concours. A travers les puériles et dangereuses extravagances de 1848, ce grand fait a surgi, comme au lendemain des événements de 1851.

Travaillons tous, dans la mesure de notre faiblesse, à la maintenir dans cette dignité, dans celte

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indépendàhce soureraine. Nous entroDs dans l« Klèete de la renaissance du catholicisme , qui nous consolera de tous les outrages et de toutes les défectioiir qu'il a dû subir depuis la renaissance du paganisme, il y a quatre cents ans. Jamaif celte miraculeuse Jeunesse de TEglise, Jamais ce que Bossuet appelle son étemelle noutfeauié , n*a?ait éclatô arec uae lumière plus manifeste à tous les regards. Du sein de ce vieux monde qui croule depuis soixante ans, où tout pourrissait ou se pétrifiait sous Tombre matfaisante du despotisme et de la fausse philosophie, elle est sortie plus vigoureuse » plus féconde qa^en ses jours les plus brillants. Omnia pr9pter elecio^f a dit TApôtre ; c'est le mot qui résume toute la vie spirituelle. Omnia prepter Ecclesiatn, peut-on dire en étudiant les annales du monde ; c'est le mol par où se résument tous les bouleversements qui BOUS étonnent , nous alarment et nous afiRigent. La grande révolution de 1789 n'a été permise que pour lui assurer un incomparable triomphe. L'esprit ré- Yolutionnaire, qui est le péché originel dans la vie politique, n'aura abouti qu'à faire éclater le glorieux mystère de la Rédemption sociale du monde par l'tiglise. On se prend à. dire, avec la sainte audace de la liturgie : O felix cuipa / en la voyant partout refleurir, partout relever sa vénérable tète, partout étendre ses puissantes mains pour conquérir les cœurs , après les avoir pacifiés et purifiés. La révolution a cru tout lui ôter. Sans le vouloir et sans le savoir, elle lui a tout donné, en hii rendant la liberté, seul bien qui lui reste, et qui lui suffit pour récupérer tous les autres.

La civilisation moderne tout entière , la société

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fraiiçat«e sarlout, avec tes infirmités morales et ses splendeurs matérielles, me représente ce mendiant estropié que saint Pirre et saint Jean rencontrèrent à cette porte du temple qu*on nommait la porte Belie par eicellence <f). Au milieu de ces magnificences, le pauvre infirme demandait Taumône pour vivre. Saint Pierre, le chef de rÉgltse, le vicaire du Christ, lui dit : Rfgarde-nous, Respice in nos; regarde en nous la puissance et Pamour, Tinfaillible autorité et Tinépuisable charité. Et comme il los regarde en espérant quelque don (3), le prince des apôtres reprend : Argentum et aurum non est mihi : Nous n^avons point à t*o£Prir cette richesse, ce bien-être, seul objet de tes désirs, et qui les trompera toujours ; mais ce que nous avons, nous te le donncms : Quod autefn habeo, hoc tibi do; nous te donnons la vérité et la vie« Au nom de Jésus de Nazareth, lève-toi et marche, Surge et atnbula. Et, lui tendant la main, il le souleva ; et sur-le-champ, dit rËcriture, les hases de cet homme furent consolidées : Etprotinus consolidatœ sunt bases ^us et plantœ. Cest ainsi et seulement ainsi qur la société moderne sera sauvée. Si elle veut regarder rÉglisp, si elle veut lui demander Paumône de la vie et de la vérité, saisir cotte main douce et forte qui lui est toujours tendue, elle vivra, elle se redressera, elle se rassoira sur sa base, elle cessera d*étre

(]] Quidam vir qui «rat claudos ex utero malris su»»... quem ponebanl quoUdie ad portam lempli qua dicitur Speeiosa.... ( Aci., 111, 3, 8. )

(t) Al ille intendebal In eos, vperant ae allquld setepturum tb ela.

190 DES HfTÉaiÈTS CATHOLIQUES.

Ghaqti« }our ébranlée jii&(|fie dans ses fondements .* Et proêinuê consoiidatœ sunl bases ejus et platUœ, Sinon, eUe languira, elle périra; et sa dé^ coni|M)sition ne fera que s^accroltre, rnéme au sein de ces inlervalles de repos qui ne sont, comme on Ta dit, qu'une balte à travers les ravages.

Cbacun de nous, obscurs et infirmes chrétiens que nous sommes, est cependant appelé dans sa spbère, à concourir à la grande action de TEglise sur la société. Mais, selon la façon de nous y prendre, nous pouvons retarder ou accélérer le bieoy aggraver ou neutraliser le mal. C'est à quoi j*âi 4é* siré faire réfléchir ceux qui me liront. Si je puis éveiller dans quelques esprits le désir de profiter 4ies enseignements du passé, la résolution de ne pas engager Tavenir, de ne pas tout sacrifier à Tentrainement du présent, mon but sera atteint. Et, dussé-je n'être écouté ou cru de personne, je rentrerai dans. le silence, avec la conscience d*un devoir ingrat humblement accepté et loyalement accompli, et avec le droit de dire : Liberavi animam tneam !

17$eplembrel852.

riN.

mœWÊ/'wUi dm rmwn-agm imUiuëé # »c ki llberlé ell de l'avenir de I» répaMIqne flnuB^l^e^ par MOHsetsaear Benda^ évé^ae A*Anmevf, «9d9.

... La liberté, c'est Phomme tel qu*il est sorti des mains de Dieu ; rbomme avec son inteUigence et sa volonté; l'homme à qui il a été dit sous Tarbre de la science : « Voilà le bien, voilà le mal, tu peux choisir ; mats voilà ma loi : si tu la violes, tu mourras. » La liberté, encore une fois, c'est Tbomme jouissant de sa spontanéité dans Tusage qu'il fait de ses forces morales appliquées à ses o/ganes d'abord, et| par leur intermédiaire, aux éléments de la nature. G^est donc dans sa liberté morale qu'il faut chercher l'origine et Pexplication de la liberté dont il doit jouir parmi ses semblables...

...Toutes les fois qu'il s'agit de faire une place pour l'homme de l'Évangile , on a beau modifier les institutions du paganisme, confier aux plus grands philosophes le soin de lui marquer cette place,il se retrouve toujours trop grand pour y vivre à l'aise. Imap* *•«

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Dieu, il faut qu^il plusse lU>rement agir dans le cercle de là puissance que Dieu lui-même lui a tracée...

... Que signifie donc le mot liberté quand il s^ap* plique à Thomme vivant en société? Le voici libre de sa nature, Thomme doit pourtant admettre des bornes à la puissance morale et physique dont il jottity dans la crainte de détruire la liberté de ceux avec qui il est en association. Basée sur la loi de Dieu, dont elle doit être Pimage, la loi de Thomme ne peut retrancher à la liberté individuelle que dans les actions qui ont rapport aux individualités. Sa puissance ne peut aller au delà, sans être taxée d*in« Justice et de tyrannie. Ainsi, toute loi humaine a pour but de régler ou de limiter la liberté indivi-^ duelle, qui ne se compose, en dernière analyse, que de la portion de puissance laissée par la loi. La puis^ sancedont chaque citoyen Jouit dans la société dont il fait partie, c'est ce qu*on appelle liberté; et comme cette puissance du citoyen se manifeste dans des circonstances diverses, on peut et même on doit la désigner sous des noms divers ; mais c*est toujours la liberléi Elle comprend :

1» La liberté religieuse, qui elle-même se compose de la liberté de conscience, de la liberté du culte et de la liberté du prosélytisme ;

30 La liberté civile, qui contient Ja liberté de la personne , la liberté du domicile, celle de la propriété, et partant le consentement à Timpôt ;

30 La liberté politique, qui assure à tout individu son concours dans la confection des lois, dans la surveillance de la fortune publique f

' 40 La liberté d'enseignement pour récriture et par les livres, par la parole ou par l'exemple |

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