J98 DES INTERETS CATHOLIQUES
No II.
MSJtii'aii fi'tfMe tet9»^ ù fit ml de la religion, fin 94 or#o6r0 fl848.
... Sachons le reconnaUre : le chrisUanisme se prête à toutes les formes du gouvernement humain, mais il ne sMdentlfie avec aucune. Le christianisme est fait pour survivre à tous les pouvoirs, tous plus ou moins fragiles, plus ou moins éphémères, quand même ils dureraient quatorze siècles, comme a duré la royauté française! Il est ici-bas, non pas pour progresser, pour se transformer, pour marcher avec le genre humain, comme le disent les courtisans de Torgueilleuse humanité ; mais pour mon- Irer la voie, pour tendre la main à celle pauvre orgueilleuse, pour la guider, la relever dans cette marche où elle trébuche bien plus souvent qu'elle n'avance.
Il a été, dès son premier jour, ce qu*il est aujourd'hui, ce qu*il sera toujours : la vérité tout entière, la vérité infaillible, immuable, incomparable. Ces vérités humaines, les vérités relatives et variables de Tordre politique et social, ne sont rien que par un rayon de sa vie : mais il ne se laisse pas plus confondre avec elles, que le soleil ne se laisse confondre avec ces lumières factices et éphémères qu'il nous est donné d'allumer et d'éteindre au gré de nos besoins ou de nos caprices.
Voilà ce qu'il faut proclamer et répéter sans
cesse, €n face de l'orgueil démesuré des pygméesde notre iemps, loujours disposés à se compter pour (tes géants, à prendre leur impression du moment pour la loi éternelle du monde, et leur découverte d'hier pour le type du grand, du beau et du vrai.
Pour moi, je ne puis me défendre de sourire quand j'entends déclarer que le christianisme c'est la démocratie.
J'ai passé ma jeunesse à entendre dire que le christianisme était la monarchie, et qu'on ne pouvait être bon chrétien sans croire à la royauté. J'ai lutté vingt ans, et non sans quelque succès, contre cette vieille erreur, aujourd'hui dissipée. Je lutterais vingt ans encore, si Dieu me les donnait, contre cette nouvelle prétention ; car je suis convaincu que ce sont deux aberrations du même ordre, deux formes de la même idolâtrie, la triste idolâtrie de la victoire, de la force et de la fortune.
Me sera-t-il permis, en terminant, de hasarder un conseil aux catholiques ? Reconnaîtront-ils le droit de leur en adresser, à celui qui a si longtemps servi leur cause, et qui, le premier, a levé leur drapeau dans la vie parlementaire ? Je ne sais^; mais s*ils le voulaient bien, je leur conseillerais avant tout, tans le temps où nous vivons, le calme, la réserve et la dignité. La dignité! sans laquelle il n^est pas de liberté vraie, pas de force durable; la dignité I cette humble et sainte dignité de rÉglise, que pour ma part je me suis toujours appliqué à sauvegarder, non moins que sa liberté même, dans toutes nos luttes contre la politique et la philosophie de ces dernières années. Mais, qu^on le sache bien, pour se maintenir dans cette voie, la première condition
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est d'éviter un contact trop fréquent; une alliance trop intime avec les rêves et les emportements de nos contemporains. Notre cause est assez forte, assez belle pour nous dispenser d'être les auxiliaires ou les courtisons de personne..,
Ch. de Mo.lTALBaBtRT.