‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 8 sur 69 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

can attire peuple les mœurs et les InslUutions du vieux monde catholique : le moyen ège n*y avait jamais été travesti par l'esprit de cour. Aussi a-t-elle été appelée la première à appliquer les conditions et à recueillir les fruits de Taclion catholique dans le monde moderne. Sa nationalité , noblement reconquise, repose sur une constitution que ses enfants cathoKques ont eu la gloire de lui donner et de défendre fidèlement Jusqu'*à ce jour. Elle a consacré tous les vœux et toutes les conquêtes du catholicisme dans les temps modernes : Tindépendance absolue de TËglise, le libre choix des évéques par le vicaire du Christ, la liberté complète de renseignement et des associations religieuses. Son territoire 8*est graduellement couvert de monastères , de collèges , de fondations pieuses. Seule en Europe , elle a vu renaître une de ces universités comme on en voyait tant aux siècles de foi, uniquement consacrée à renseignement et à la défense de la vérité. Certes , le mal n'y est pas vaincu sans retour. Chaque jour, à Paidc d-une presse e£Frénée et dont les habitudes sauvages constituent pour la Belgique le plus grave danger, il s'efforce d'y reprendre son empire, d'y rétablir les traditions dujoséphisme, et d'y implanter la corruption du matérialisme contemporain. Forclos, par la constitution belge, de ses entreprises ordinaires contre l'enseignement et le droit d'association , il s'en est dédommagé par des atteintes odieusf'S à la liberté de la charité. Mais , au moins , le bien peut y combattre à armes égales ; «t il s'en sert pour maintenir les inappréciables conquêtes de 1850. Quelques esprits craintifs semblent oublier aujourd'bui tous ces bienfaits et toute cette gloire, parce

qu'il a fallu les acbeter au prix de maint combi ; parce qu'ils ne se peuvent conserver qu'au sein de celte luUe qui est la condition de la vie ^ et qui tourne quelquefois contre le bien ; parce que le jeu Jes institutions politique» a dépouillé les eatholi^ues d'un pouvoir dont ils avaient loyalement usé, mats en leur laissant tous les droits «^ui suffisent à rbonneur et au salut de la religion ; parce que là, comme ailleurs, comme presque partout et presque tou« jours , les fourbes et les audacieux peuvent envabir ou escamoter le gouvernement. Mais nous ne craignons pas la contagion de ce découragement pusillanime : nous avons confiance dans le bon sens , dans Tanlique fierté du clergé et du peuple belge. Ils ne chercberofit pas un remède dans lo despotisme ; ils ne soupireront pas après un régime dont ils oat connu et répudié le péril. Si afiEligeant que puisse être à leurs yeux l'ascendant politique d'un parti incorrigible , ils le trouveront moins humiliant ei moins dangereux que le système qui donnait à Joseph H le droit d'effacer d'un trait de plume toutes les libertés traditionnelles du pays et de TÉgUse , à Napoléon le pouvoir d-incorporer le grand séminaire de Gand dans un^escadron du train d'artillerie (t), et au roi Guillaume I«r l'audace de condamner au carcan un évéque coupable de résistance à ses volontés arbitraires (2).

(1) En avril 481?, deux cent irenle-six séminirristes do GaDd Furenl envoyés à Wesel poar y être fncorporés au train d*arlillcrie. Vc^ir le décret du gouvernement provisoire qui leur rend la liberté, en date du 9 avril 1814, aa Bulletin des lois, ^'' série, 1. 1, p. 31.

(9) Le prince de Broglie^ évéque de Gand. S'élanl déroba

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N*oublions pas la Hollande, car, là aussi, de précieux éléments de régénéralion se présentent et se développent aux yeux de l'observateur étonné. Oui, dans celte Hollande , où la persécution contre les catholiques a été pendant un demi-siécle si active et si efficace ; qui a si cruellement pourchassé les missionnaires, les religieux, tous les soldats de la vérité, dans les deux hémisphères , sur terre et sur mer, en Asie comme en Amérique ; ]qui a anéanti, avec la domination portugaise, les meilleures espérances de rÊgUse dans les Indes; et qui, arrivée au terme de ses conquêtes coloniales, était devenue elle-même comme une sorte de colonie d*écrivaius incrédules et jansénistes ; dans celte Hollande , où Texistence des catholiques était comme oubliée du monde entier, ils ont peu à peu reconquis la force et rimporlance qui conviennent à la moitié d*un peuple. Leur nombre s'élève déjà aux deux cinquièmes delà population entière. La gravité de leurs mœurs , la ferveur de leur foi, leur pieuse munificence, y ont assuré à TÉglise une existence considérable et honorée. L'intolérance protestante s^est alarmée de ces progrès imprévus ; les vieux réformés. de Dordrecht cherchent à voiler le néant où est tombée leur propre doctrine, en maintenant Tancie%joug sur le cou de leurs victimes. Gomme la fausse mère du jugement de Salomen, ils réclament la mort de Tenfant qui continue à vivre , pour se consoler d'avoir étouffé la vie chez leur propre progéniture. A la liberté et à Tégalité entre toutes les

par la faile à la sentence qui le menaçai^ il ne fut mis au carcan qu'en effigie, entre deux voleurs, le 8 octobre 1817.

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confessions que garantit en droit la consUtution du royaume, on substitue en fait un système d'exclusion universelle , grâce auquel les catholiques sont privés de toute participalion aux emplois publics, et même aux fonctions électives. Les sociétés secrètes apportent à cette œuvre dMniquité le concours de leur action perverse et habile. Mais , aidés par la presse et le courage inébranlable de quelques écrivains indépendants, les catholiques n'ont pas décliné la lutte : ils ont déjà obtenu la pleine liberté de leur relations avec] Rome; ils disputent pied à pied le terrain que la loi leur assure, que Tarbitraire et le préjugé leur contestent; ils résistent avec cette généreuse persévérance que Dieu ne se lasse pas d'éprouver, mais qu'il se plait toujours à couronner; et chaque jour voit s'accroijtre leur nombre et grandir leur courage.

Mais c^st en France surtout que la transformation doit frapper les esprits les plus distraits. Est-ce bien ce même pays qui semblait, il y a trente ans, il y a dix ans même, n*avoir pas assez de répugnance pour l'influence du clergé, pas assez de dédains pour les institutions religieuses ? Qu'est devenue cette formidable impopularité dont la moindre manifestation de la pensée ou de l'action calbdRque était assaillie ? Où ont passé ces docteurs, ces écrivains qui trouvaient, dans la résurrection des vieilles diatribes contre les moines et lesprélres,une source intarissable de profits et d'honneurs? On eût dit qu'il n'y avait d'écho, de crédit, de publicité, que pour leurs invectives : et voici que l'Église apparaît plus forte, plus aimée , plus populaire qu'à aucune

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époque de notre histoire moderne ! Tous les pouvoirs qui se succèdent invoquent son appui et sa sympattiîe ; tous lui témoignent tour à tour leur respect, leur confiance, leur humble dévouement ; tous se disputent rtionneur de proclamer son indispensable influence et de relâcher, sinon d*anéan(ir, ses anciennes entraves. Nous autres, pauvres ilotes de la vie politique, si longtemps méprisés par tous les partis, si longtemps relégués au rang des rêveurs importuns et des pétitionnaires dédaignés, nous avons triomphé, non pas certes pour toujours, ni peut-être pour longtemps, mais assez pour connaître le secret de notre f<»rce et la valeur de notre appui. La liberté de renseignement, si longtemps réclamée en vain, est enfin conquise ; elle est votée par les mains mêmes de ceux qui Pavaient le plus opiniâtrement refusée. On offre aux évoques plus de maisons qu'ils n'en peuvent diriger, aux jésuites plus d^élèves qu^ils n'en peuvent instruire. Aux jésuites! ^Tons-nous dit? Oui, ces jésuites, à si peu d'années -de tous les efforts tentés à Paris et à Rome pour obtenir leur dispersion, leur extinction complète, les voilà tranquillemeni investis du seul droit qu'ils aient jamais réclamé : celui de se dévouer au salut des âmes ! Les voilà conviée par Tautorité publique elle-même aux missions les plus conformes à l'inftiiigable flexibilité de leur institut ; au gouvernenement des colonies d'enfants en Algérie, à la réforme morale des oolonies pénales à Gayenne! Pour M antres ordres religieux, ils se fondent et se développent librement sur le sol dont les bannissaient tant de lois, encore inscrites dans nos codes, et hier encore invoquées contre nous. Nos évêques, à

sa DES II^rTÉRETS CATHOLIQUES.

qui Ton interdisait naguère de s'entendre même par écrit, ont pu se réunir librement, et donner à la chrétienté étonnée le spectacle de treize conciles provinciaux, célébrés avec toute la majesté de Tancien droit, et tous rivalisant de zèle et d'éloquence dans rexpression de leur sollicitude pour les intérêts moraux de la France, de leur dévouement aux prérogatives du saint-siége. Je n'ignore pas que ces conquêtes de la liberté catholique ne sont plus, ou ne sont pas encore, placées sous la sanction des lois ; que les articles organiques, si indignement accolés au texte sacré du concordat, ne sont pas abrogés ; que plus d'une arme redoutable sommeille dans l'arsenal' de la législation ; mais dans un pays où le droit écrit est condamné à subir des variations si promptes et si fréquentes, il est permis de regarder les faits qu'on vieni de rappeler comme pourvus d'une autorité sérieuse et incontestable.

Il y a d'ailleurs des faits qui sont des actes, destinés à signaler toute une époque et à prendre rang parmi les plus précieux souvenirs et les plus irrécusables engagements d'une grande nation. Telles sont les éloquentes protestations de dévouement à l'Église que le chef actuel de l'Ëtat a si souvent renouvelées depuis sa première candidature à la dignité suprême; tels sont les témoignages de respect et de sympathie prodigués, dans toutes les occasions, par l'immense majorité de l'assemblée constituante et de l'assemblée législative, à la religion catholique ; telle est l'expédition de Rome, décrétée par nos votes, accomplie par nos armes ; telle est surtout cette fin sublime de l'archevêque de Paris, marquée au coin d'une si héroïque simplicité, qui a jeté au milieu de

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nos discordes civiles un reflet des grâces héroïques de ri'.glise. G^est pour la plus grande gloire du ca- IboHctsme et de la France que s^esl répandue dans tout Punivers, jusque dans les sierra» de rAmérique espagnole et les lies éparses de la Polynésie, comme la plus touchante et la plus Téridique des légendes, rhistoire de cet évéque, mort pour Tatnour de Dieu et des Français (i)*

Cependant, passons le délroil , et contemplons avec respect et reconnaissance Pun des plus étonnants spectacles que Dieu ait donnés au monde. L'Angleterre, cette nation souveraine, hériti^Tc et rivale de Pancicnne Rome, par Pélendue de sa puissance, la durable majesté de ses institutions, Pénergiede sa politique, la persévérance de ses desseins; l'Angleterre, si longtemps chère et fidèle à PÉglise, puis révoltée contre sa mère, et au sein de son apostasie comblée de toutes les prospérités humaines PAngleterre, à qui rien ne résiste, et qui brave avec imprudence et impunité les périls auxquels tous les autres États ont succombé ; cette fière et toutepuissante Angleterre se sent envahie, bravée et vaincue par Pinvincible faiblesse de cette Église qu'elle a tant de fois cru anéantir. Elle porte attaché à son flanc, avec le témoignage toujours vivant de sa faute capitale, l'instrument de sa punition, qui peut devenir, qnand elle le voudra, celui de la miséricorde divine envers elle. L'Irlande, si longtemps oubliée par toute PEurope, mèma catholique , n'a jamais

(i) Exergue de la médaille qui fulfroppée pour le Jour de ses obsèques.

Si DES irïTéEÉTS CicTHOLIQUES.

oublié sa foi. Elle a vécu d^unlongsupplice, martyre de soa amour indomptable pour TEglise romaine* Trois siècles de confiscations , de perséculions, de famine, de dégradation, ont passé sur sa tète, sans rintimider et sans la faire ployer. Elle a fini par enfanter un vengeur, maisun vengeur à la façon du Christ, qui noussauveen nouspunissanl.Unbomme 8*e8t rencontré qui, sans avoir jamais exercé aucune fonction ofiicielle, sans avoir jamais demandé ni reçu une faveur, un titre, une décoration, a régné pendant trente anssur son pays, régné sur les cœurs, sur les braa. sur la bourse même de cinq millions d'hommes. II a régné, sanj avoir jamais fait verser une goutte de sang, sans avoir même engagé une seule lutte violente ou illégale, mais par la seule force de la parole, de cette parole à la fois libre et contenue, que les merveilleuses institutions deTAn^ glelerre garantissent même aux adversaires de sa domination. Il a régné, et son règne a profilé plus que celui d'aucun roi moderne à la cause catholique. Il a reçu de ses concitoyens le nom de libérateur, et la postérité le lui conservera, non pas pour avoir délivré sa patrie, ce que d'autres ont pu faire ailleurs, mais pour avoir délivré TÉglise de I>ieu dans le plus puissant empire du monde, ce qui n'avait encore été donlié à personne. C'est lui qui, avec l'Irlande derrière lui, vient frapper au nom de son peuple à la porte du parlement anglais. Elle s'ouvre, et les catholiques des trois royaumes y entrent avec lui, et pour toujours. Le vainqueur de Napoléon rend les armes au chef moral d'un peuple désarmé, mais devenu invincible par la force du droit, et préludant h la défaite de ses oppresseurs par la victoire qu'il

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remporte sur sa propre intempérance (i).Le grand et glorieux acte de V émancipation catholique, après cinquante ans de débats, est consommé.

La race irlandaise, aussi féconde que fidèle, en se précipitant de toutes parts dans les manufactures, dans les ateliers de travaux publics, dans les colonies surtout, y porte avec elle la vraie foi désormais affranchie ; et cet immense empire britannique, répandu dans les cinq parties du monde, et sur lequel on peut dire avec vérité que le soleil ne se couche jamais, devient, comme nag^uère Tempire romain, une vaste pépinière de sièges épiscopaux et de mis-

(i) L'ivrognerie a été le vice 'populaire et sécalaire de l'Irlande, et poar ainsi dire, la seule consolation de ce peuple dans sa misère. O'Gonnell avait commencé, lors de son élection à Clare, en 1829, pour obtenir de ses électeurs qu'ils renonceraient à toute boisson fermentëe pendant la darde de l'élection; et ce succès fut la plus forte preuve de sa toute-puissance. Mais depuis lui a surgi un autre Irlandais, un moine franciscain, le P. Matbew, qui a entrepris de faire prendre à ses compatriotes, au nom de la religion, rengagement définitif dd s^abstenir totalement de liqueurs spirilueoses. Les réIuUals qu'il a obtenus rappellent les plus beaux temps de la feweur religieuse. De 1838 à 184?» cinq millions d'Irlandais, tant en Amérique qu'en Irlande, avaient fait entre ses mains le vœu de tempérance, et le produit de l'impôt sur les boissons en Irlande avait diminué d'un tiers. — Une révolution analogue a été opérée en Allemagne, dans la Silésie, par un capucin polonais, le P. Brzozowski. Il a commencé à introduire les sociétés de tempérance en 1844, et peu après les rapports oflBoiels constataient que, sur les 900,000 âmes qui peuplent le gouvernement d'OppcIn, 500,000 avaient fait le vœu de tempcrance.

sions calholitiue8(i). Et pour que rAngleterre ne soit pas humiliée parcelle victoire d'une race étrangère et conquise. Dieu permet qu'il se développe au sein même du clergé anglican un mouvement imprévu et prodigieux vers la tradition, vers Tautorité, vers Funité romaine. La foi du grand Alfred, de saint Anselme et de saint Thomas de Cantorbéry reprend ses droits dans Fâme de ses fils repentants. Après une longue et vaine lutte, inspirée par Tespoir insensé de trouver un moyen terme entre la vérité et l'erreur, entre Punité et la division, Télite du clergé anglican se détache, etsacrifiant bénéfices, richesses, amitiés, famille, vient recruter la milice légitime du sanctuaire ou édifier le monde par Thumble ferveur de ses vertus laïques. Nous n'avons jamais partagé les rêves dangereux de ceux qui ont prédit avec une assurance risiblc la conversion totale et immédiate de TAngleterre ; nous partageons encore moins les fureurs de ceux qui voudraient réchauffer dos antipathies surannées contre une nation si essentielle à la destinée du catholicisme dans le monde en!icr. Mais nous saluons avec bonheur les conquêtes graduelles de la vérité sur ce sol dont elle avait été si longtemps bannie; ces églises, ces couvents, ces écoles surtout, qui, à l'ombre de la liberté d'enseignement la plus complète, surgissent chaque jour à côté des vieilles cathédrales et des vieilles universités fondées par le catholicisme, et dont le catholicisme

(i) Il y a aujourd'hui, dans les pays soumis à la cpuronno d'Angleterre, quatre-tingt-nbup ëvéchés ou vicartais aposloliquos. PETni. Gerarchia della S. China in fuUo l'orbe; Roma,185l.

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