CHAP. XII.— L'ÉGLISE CATHOLIQUE
fait ainsi son devoir religieux en même temps qu'il met son existence sociale à Tabri des coups du sort. Par un mouvement fort naturel, des esprits généreux se sont récriés contre cette imperturbable adhésion du clergé aux régimes les plus contraires et l'ont taxée d'égoïste faiblesse. La faiblesse et régoïsme ont souvent leur part dans les conduites sensées, et la dignité du clergé a souffert de son indistincte complaisance politique. A tout prendre cependant, l'attitude de la plupart des ecclésiastiques en de telles circonstances a été déterminée par un sentiment juste de leur situation et de leur mission. Le soin des âmes est en effet la vraie et grande affaire de l'Église, affaire supérieure et permanente à travers toutes les vicissitudes de l'État. Les hommes engagés dans la politique active sont enclins d'ailleurs à oublier trop vite les secousses révolutionnaires, les périls qu'elles ont fait courir à la société et les alarmes qu'elles lui ont inspirées. Les honnêtes gens étrangers à la vie publique, les corps
chargés de veiller aux intérêts moraux et civils des peuples, en conservent un souvenir plus profond et FQ regardent comme spécialement appelés à en prévenir le retour. De là leur disposition à soutenir le pouvoir, quels que soient son nom et sa forme, dès qu'il apparaît comme le gardien de Tordre (.'t qu'il acquiert un peu de régularité et de durée. C'est la disposition dominante du clergé et de la magistrature en France ; disposition honnête et salutaire en soi, mais qui fait souvent descendre ces deux grands corps à une attitude subalterne, et compromet leur autorité morale en faisant douter de leur indépendance.
A côté de cette prudence modeste, nos révolutions ont provoqué, dans le clergé catholique, un esprit bien différent, l'esprit de réaction vers l'ancien régime, dans l'Église et dans l'État. Cet esprit s'est manifesté, sous la Restauration, par de téméraires efforts pour pousser le gouvernement dans ces voies rétrogrades; sous la monarchie de 1830, par un
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mauvais vouloir plus obstiné que hardi, et toujours par une adhésion systématique aux principes du pouvoir absolu et une hostilité déclarée contre les idées et les œuvres de 1789. Aveugle esprit qui n'a pas eu seulement pour effet de rendre le clergé catholique de France étranger et suspect à la nouvelle société française, mais qui Ta mis souvent dans une situation radicalement fausse, car il a été conduit, par de naturels et pressants intérêts, à réclamer pour son propre compte ces mêmes libertés qu'en thèse générale il condamnait comme illégitimes et pernicieuses; ce qui l'a fait taxer d'inconséquence ou d'hypocrisie. C'était un étrange spectacle de voir la liberté d'association, la liberté d'enseignement, même la liberté de la presse ardemment invoquées par ceux-là même qui faisaient de l'absolutisme politique leur doctrine fondamentale. Pas plus dans rÉglise que dans l'État, il n'est possible au pouvoir de se démentir sans se décrier.
Heureusement pour l'Église catholique de France,
les événements auxquels elle a assisté et les épreuves qu'elle a subies ont suscité dans ses rangs des dispositions autres que l'esprit de soumission et l'esprit de réaction. Tandis que, parmi ses fidèles, les uns se serraient un peu aveuglément autour du pouvoir et les autres s'enfonçaient avec colère dans le parti du passé, des penseurs indépendants et courageux apparaissaient çà et là, croyants zélés mais préoccupés surtout des droits^ de la dignité et de l'avenir de l'Église, et la servant, chacun à sa façon, avec son allure et sa fierté personnelles. Les journaux, les recueils périodiques, les controverses philosophiques^ les débats politiques, les questions à l'ordre du jour, la liberté d'association, la liberté d'enseignement ont fourni, à ces volontaires de l'Église, des occasions et des champs de bataille. Ils s'y sont comportés vaillamment, et souvent avec éclat. Beaucoup d'entre eux étaient mêlés au monde et y assuraient à l'Église d'utiles alliés. Ils ont trouvé, dans l'épiscopat, de généreux et éloquents patrons. Ainsi s'est