‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 12 sur 125 · CHAPITRE I. 3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. 3l

confiscations, de persécutions, de famine, de dégradation, ont passé sur sa tête, sans Tintimider et sans la faire ployer. Elle a fini par enfanter un vengeur, mais un vengeur à la façon du Christ, qui nous sauve en nous punissant. Un homme s'est rencontréqui, sans avoir jamais exercéaucune fonction officielle, sans avoir jamais demande ni reçu une faveur, un titre, une décoration, a régné pendant trente ans sur son pays, régné sur les cœurs, sur les bras, sur la bourse même de cinq millions d'hommes. Il a régné, sans avoir jamais fait verser une goutte de sang, sans avoir raéme engagé une seule lutte violente ou illégale, mais par la seule force de la parole, de cette parole à la fois libre et contenue, que les merveilleuses institutions de l'Angleterre garantissent même aux adversaires de sa domination. Il a régné, et son règne a profité plus que celui d'aucun roi moderne à la cause catholique. Il a reçu de ses concitoyens le nom de libérateur^ et la postérité le lui conservera, non pas pour avoir délivré sa patrie, ce que d'autres ont pu faire ailleurs, qfiais pour avoir délivré l'Église de Dieu dans le plus puissant empire du monde, ce qui n'avait encore été donné à personne. C'est lui qui, avec llrlande derrière Iqi, vient frapper au nom de son peuple à la porte du parlement anglais. Elle s'ouvre, et les catholiques des trois royaumes y entrent avec lui, et pour toujours. Le vainqueur d^ Napoléon rend les armes au chef moral d'un peuple désarmé, mais devenu invincible par la forcé du droit, et préludant à la défaite de ses

32 DKS liMTÉRÈTS CATHOLIQUES.

oppresseurs par la victoire qu'il remporte sur sa propre intempérance ^ Le grand et glorieux acte de Y émancipation catholique, après cinquante ans de débats, est consommé.

La race irlandaise, aussi féconde que fidèle, en se précipitant de toutes parts dans les manufactures, dans les ateliers de travaux publics, dans les colonies surtout, y porte avec elle la vraie foi désormais affranchie; et cet immense empire britannique, répandu dans les cinq parties du monde, et sur lequel on peut dire avec vérité que le soleil ne se couche jamais, devient, comme naguère l'empire romain, une vaste pépinière de sièges épiscopaux et de missions catholiques ^.

> L*ivrognerie a été le vice populaire et séculaire de Tlrlande, et pour ainsi dire, la seule consolation de ce peuple dans sa misère. 0*Connell avait commencé, lors de son élection à Clare, en 1899, par obtenir de ses électeurs qu'ils renonceraient à toute boisson fermentée pendant la durée de rélection ; et ce succès fut la plus forte preuve de sa toute-puissance. Mais depuis lui a surgi un autre Irlandais, un moine franciscain , le P. Mathew, qui a entrepris de faire prendre à ses compatriotes, au nom de la religion, l'engagement définitif de s'abstenir totalement de liqueurs spiritueuses. Les résultats qu*il a obtenus rappellent les plus beaux temps de la ferveur religieuse. De i838 à i84a> cinq millions d'Irlandais , tant en Amérique qu'en Irlande , avaient fait entre ses mains le tnitu de tempérance , et le produit de l'impôt sur les boissons en Irlande avait diminué d'un tiers. — Une révolution analogue a été opérée en Allemagne, dans la Silésie, par un capucin polonais, le P. Brzozowski. Il a commencé à introduire les sociétés de tempérance en 1844 1 c^ P^u après les rapports officiels constataient que, sur les 900,000 âmes qui peuplent le gouvernement d'Oppeln, 5oo,ooo avaient fait le vœu de tempérance.

* Il y a aujourd'hui , dans les pays soumis à la couronne d'Aii« gleterre , quates-vuigt-jksuf évéchés ou vicariats apostoliques. PsTEi , Gerarchia délia 5, Chiesa in tutto l*orbe; Roma » i85i.

Page 1