CHAP. XXI -LA CONFEDERATION
ciens, c'est ritalie qui a envahi le monde; c'est de Rome (lue sont parties les plus grandes guerres de conquête que \o monde ait subies ; et depuis cette époque, après avoir tout conquis, Tltalie s'est \ue incessamment en proie à la conquête, et dans la constante nécessité de se défendre contre ses divers envahisseurs. Dans Tétat actuel de F Europe, il est évident que l'Italie ne saurait redevenir conquérante; l'attitude et la politique défensives seules lui conviennent. Le régime fédératif convient très-bien à la politique défensive, et les États italiens trouveraient, dans leur confédération, de fortes garanties et pour rind.'pendance de la patrie commune et contreloute velléité d'ambition agressive de la part de tel ou tel des États confédérés.
Et celui des États italiens confédérés qui serait le premier appelé h garantir contre l'étranger l'indépendance de l'Italie, le Piémont, serait plus que jamais capable de remplir cette mission. Pressé entre la France et l'Autriche, sans cesse menacé sur
ses diverses frontières et ne possédant que des forces très-inférieures à ses besoins, ce petit État, sous la main de Thabile maison qui le gouverne, a réussi pendant des siècles à maintenir sa propre indépendance et à se faire en Europe une situation trèssupérieure k sa force : devenu bien plus puissant, possesseur du nord de l'Italie, il serait, pour l'Italie entière, un vaste et efficace bouclier. Il n'y a guère de plus pénible spectacle que celui d'un peuple et d'un gouvernement qui se méprennent sur leur aptitude naturelle et leur véritable destinée; le Piémont est aussi peu propre h conquérir l'Italie qu'il est propre à la défendre. La France, lancée par la révolution et conduite par l'empereur Napoléon, a échoué dans l'entreprise de conquérir l'Europe, et d'y défaire et refaire à son gré les États et les dynasties. C'est une œuvre analogue qu'entreprend le Piémont en Italie. Des circonstances favorables, des alliances puissantes peuvent lui donner un moment de succès; mais il n'a, par lui-même, ni la position, ni la
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force iH'cossaircs pour accomplir et pour maintenir de soml)lal)los dosscius.
Le régime de la confédération serait aussi propice en Italie à la liberté qu'à l'indépendance nationale. Au souvenir de ce qui s'est passe et en présence de ce qui se passe en Italie et en Europe, les souverains des États italiens, quels qu'ils fussent, se rangeraient, bon gré mal gré, aux institutions libérales devenues évidemment nécessaires. Et ces institutions seraient vraiment libérales, car elles respecteraient les traditions et les sentiments des populations diverses; elles ne commenceraient pas par leur imposer l'abdication du nom national, mi souverain étranger et une unité factice. Elles admettraient, dans les formes et les garanties de la liberté, ces variétés naturelles (jue commande la diversité des situations et des histoires. Elles n'exigeraient pas cette uniformité impérieuse et ce développement de la force mililaire qui sont le fardeau presque inévitable des grands États et la triste nécessité des
États nouveaux dont la conquête vient de faire la douteuse grandeur.
Enfin la confédération italienne, et ce serait ici son plus précieux mérite, supprimerait la question de Rome, cette ([uestion suprême que Tunité italieime est forcée de résoudre pai* la spoliation de la papauté, et qui pèse, comme un arrêt fatal, sur le nouveau royaume d'Italie. J'admets, pour ce royaume, les chances les plus favorables, que la France retire de Rome ses troupes, que le Piémont s'y établisse, que le parlement de Turin s'y transporte; croit-on que la question romaine serait alors vidée? Ce serait alors au contraire qu'elle éclaterait dans toute sa gravité. 11 faut aux peuples des faits matériels, de grands signes extérieurs pour qu'ils comprennent les événements et en reçoivent ces impressions souveraines qui leur en révèlent la portée. Tant qu'il ne s'agit, entre' la papauté et le nouveau royaume italien, que de la possession de quelques territoires et de questions savantes sur l'organisa-