‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 27 sur 125 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

€Jes plus beaux temps de nos annales. En écrivant l'histoire universelle, il la termine brusquement à Cliarlemagne, c'est-à-dire au moment 011 la chrétienté se fonde, 011 FÉglise triomphe, où le sacerdoce et lempire organisent leur alliance. En traçant pour un prince chrétien les droits et les devoirs de la politique, il les emprunte exclusivement à l'histoire du peuple juif, comme si l'exemple de cette nation, sur laquelle Dieu s'était réservé une action directe et visible par les prophéties et les miracles, qui fut d'ailleurs toujours rebelle à sa loi , et dont l'existence politique précède la venue de Notre Seigneur, devait êlre le seul que pussent invoquer des peuples catholiques ayant l'Église pour guide immortel et le Calvaire pour point de départ. Je livre cette observation aux juges compétents ; je ne la hasarde qu'en tremblant, car nul ne s'incline avec un plus tendre respect, avec une admiration plus passionnée que moi, devant le plus mâle génie et l'homme le plus éloquent que la terre ait jamais porté.

Je me permets donc d'affirmer, jusqu'à preuve contraire, que l'étroite alliance de l'Église avec le pouvoir absolu , dont Bossuet et ses successeurs avaient fait en quelque sorte un article de foi parmi nous, a été une nouveauté qui ne date que du xvii^ siècle, et qui a contre elle mille ans de traditions et de précédents contraires dans l'histoire du catholicisme. Je lâcherai de prouver plus loin que, cette nouveauté ayant parfaitement mal réussi à l'Église, il serait peu opportun de la ressusciter.

^4 I>ES INTÉR^S CATHOLIQUES.

La liberté, définie et limitée comme j'ai essayé de le faire, est une arme pour le mal, grâce à la chute originelle de l'homine, mais elle est aussi une force pour le bien , grâce à ce qu'il reste d'intelligence et de vertu dans l'honmie racheté par le sang d'un Dieu. Malgré les inconvénients qui en sont inséparables , comme de toutes les choses humaines, partout où elle a régné, elle a toujours profité a la vérité, c'est-à-dire à FÉglise. Je crois pouvoir affirmer, pour l'avoir profondément et sérieusement étudié, que telle a été la foi religieuse, politique et sociale du moyen âge. Tous les grands papes , tous les grands catholiques de ces grands sièclf?s ont combattu pour la liberté , sous la forme qu'elle avait alors. Tous pensaient comme ce moine , contemporain de Charlemague , qui écrivait au pape : « La liberté a n'a point péri, parce que l'humilité s'est librea ment abaissée '. » Tous eussent répété à l'envi la parole d'un évéqne de Lisieux , ami de saint Thomas de Cantorbéry ^ : a Ce qu'on ôte à la « liberté est autant de perdu pour la foi : car l'une ti et l'autre , invinciblement unies, ont les mêmes ce profits et les mêmes pertes. » Tous eussent dit avec Jules 11 aux citoyens de la république de Saint-Marin : a Ayez bon courage, et songez que la

> Non ideo libertas succubuit , quia humilitas semelipsam libère prostravit. Ambhosius AuTPsaTUs , aùb, S. Fine, ad FhU,, ep, ad Sieph, 111,

* Quoties libertati dctrahitur, constat (idei nihilomlnus derogari : quoniam mutua sibi inviccm ratione connexœ eadem semper et dispendia sentiunt el proventus. Erhulp. epiac. Luxov., Epist, 85, in lib, /. S, Thonu Cantuar.

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a liberté est ce qu'il y a au monde de plus utile «r et de plus doux '. i>

Celte tradition des temps les plus chrétiens de rhistoire, interrompue depuis deux siècles et demi par fa monarchie absolue et par la révolution dont cette monarchie a été la mère, tend chaque jour à se renouer et à se propager. Témoin Tattilude et le langage de l'immense majorité de nos évé* ques dans les luttes qu'ils ont dû traverser pendant ledernier règne', et qui se retrouvent dans ces nobles paroles , récemment publiées, de M^ Tévéque de Moulins : Je ravouerai nawementy dusse'» je passer pour le demeurant d'idées déjà éloignées^ y aime la liberté; je Vaime trop qucuid elle me sert, pour ne pas la supporter quand elle me gène ^. .

C'est à un autre évcque de nos jours, à un sa* vant et courageux prélat, que j'emprunterai la définition de la liberté, telle que nous pouvons la désirer et la revendiquer au sein de la société moderne.

et La liberté, » dit M^' Rendu, évéque d'Annecy, oc c'est rhomme tel qu'il est sorti des mains de Dieu. L'homme avec son intelligence et sa vo-

* HorUmur ut forli et magno animo sitis, coniklerantes nlhil dulcius aut utilius esse libertate. Dklfico, Documenti, p, 6i, 88.

> Dans Tinlervalle qui s*est écoulé entre le moment où ces lignes ont été écrites et celui où nous en corrigeons Tépreuve, un grand nombre d'évéques oot été appelés à adresser au chef de TÉtat des hommages publics de respect et de reconnaissance. Go a dû remarquer que rien, dans ces manifestations, n*est venu désavouer le passé que nous invoquons, ou appuyer les théories que nous combatlont.

) Leiire à M** l'évéque d'Orléaos, du ao juillet i85a.

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lonlé, rhomme à qui il a été dit sous Tarbre de la science : Voilà le bien , voilà le mal, tu peux cboisir; mais voilà ma loi : si tu la violes, tu mourras. Cest donc dans sa liberté morale qu'il faut chercher l'origine et l'explication de la liberté dont il doit jouir parmi ses semblables...

a La puissance dont chaque citoyen jouit dans la société dont il fait partie, c'est ce qu'on appelle liberté; et comme cette puissance du citoven se manifeste dans des circonstances diverses, on peut, et même on doit la désigner sous des noms divers; mais c'est toujours la liberté. Elle comprend :

a I** La liberté religieuse, qui elle-même se compose de la liberté de conscience, de la liberté du culte, et de la liberté du prosélytisme;

ce sà^^La liberté civile, qui contient la liberté de la personne, la liberté du domicile, celle de la propriété, et partant le consentement à l'impôt;

« S"" La liberté politique, qui assure à tout individu son concours dans la confection des lois, dans la surveillance de la fortune publique ;

« 4^ La liberté d'enseignement par l'écriture ou par les livres, par la parole ou par l'exemple;

<c 5^ La liberté administrative dans la famille, dans la commune, dans la province et dans l'État;

a 6^ Enfin, la liberté d'association, qui comprend les nationalités, l'association des capitaux pour les grandes entreprises, des bras pour le travail, des cœurs et des consciences pour la prière, pour l'exercice de la charité, et même

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pour le plaisir. C'est de cette dernière espèce de liberté que dépend plus spécialement le progrès de la civilisation '. »

On le voit de reste, il n'y a rien de commun que le nom entre celte liberté réclamée par les catholiques et celle qui sert de masque à la démocratie et à la révolution. J'ai dit ailleurs ' combien la liberté était incompatible avec Tesprit démocratique et révolutionnaire. Avant la catastrophe de 1848, et à la vue des premiers symptômes de l'orage, j'avais prédit que la liberté serait la première et la seule victime des conquêtes de la démocratie. Qu'on me permette de rappeler ces paroles prononcées à propos de l'Italie : a Quand le gouvernement est dans la « rue, savez -vous où il va? il passe tout ua- « turellement à la caserne ^. » El à propos de la France : « Savez-vous ce que le radicalisme « menace le plus ? Ce n'est pas au fond le pou-^ « voir; le pouvoir est une nécessité de premier « ordre pour toutes les sociétés; il peut changer « de mains, mais tôt ou lard il se retrouve de-

• De la liberté et de l'avenir de la république française, p. 36 à 40. Voir la suite et le développement de ces idées dans VAppendiee, n* i. — Parmi les libertés que revendique le savant prélat « il en est quelques-unes dont Texpérience de nos dernières années a d6 lui démontrer le danger ou rinutilité. J*y voudrais ajouter celle que j*appellerai la liberté de patrimoine, et que les lois révolalionnaires ont presque partout confisquée ou réduite à des limites dérisoires.

* Discours de réception à TAcadémie française, le 5 février i85s.

^ Moniteur à\x la janvier 1848.

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