‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 29 sur 125 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Aujourd'hui Tëpr^uve est faite , et le r^uTtat en est manifeste. Dès que la démocratie l'emporte, on peut l'annoncer avec certitude, c'en est fait de la liberté. L'une parait encore à côté de Fautre pendant quelque temps, mais son heure a sonné. Aucune des révolutions faites par les idées et les passions démocratiques, depuis soixante ans, n'a pu durer sous une forme libé-« raie; tandis que les révolutions faites autrefois par des peuples que la démocratie n'avait pas encore envahis leur ont garanti la liberté ou la nationalité qu'ils réclamaient : témoin le Portugal en 1640, l'Angleterre en 1688. Au fond, la démocratie est incompatible avec la liberté , parce qu'elle a pour base l'envie' sous le nom d'égalité, tandis que la liberté, par sa nature même, proteste sans cesse contre le niveau tyrannique et brutal de l'égalité. Pour se maintenir, la démocratie condamne tout ce qui veut vivre et agir à abdiquer toute valeur personnelle, et à se plonger en adoration servile devant le fantôme de la raison et de la vertu des masses. Elle détruit ainsi logiquement et graduellement, non-seulement toutes les traditions, tous les droits anciens et héréditaires, mais encore toute indépendance, toute dignité et toute résistance. Elle réduit ainsi le genre humain en poussière ; et, comme Ta dit Benjamin Constant, « quand Torage vient, la poussière devient de la boue. »

Aussi, partout où elle triomphe, elle prépare et

' « La démocratie, c'est Tenvie. • P.-J. Pboudho ir. La révolution sodak démontrée par le a décembre, p. 76.

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assure le triomphe du pouvoir absolu; elle le rend nécessaire; elle ne trouve qu'en lui un tempérament à ses passions, un remède à ses fautes; elle finit par se personnifier en lui et se confondre avec lui.

Tout peuple qui se croit souverain au nom de la démocratie paye de sa liberté la rançon de sa prétendue souveraineté. Le marché peut n'être pas bon, mais il est inévitable.

Méconnaître cette vérité, c'est fermer volontairement les yeux à tout ce qui se passe en Europe depuis 1789; c'est nier un fait qui a acquis la certitude d'un théorème de géométrie.

Mais la transformation ne se fait pas partout en un jour. La démocratie a deux formes extérieures : tantôt elle se personnifie en un chef unique, tantôt elle se gouverne par une assemblée souveraine. Sous cette dernière forme, leshbertés civiles et politiques que nous avons énumérées plus haut sont tout aussi menacées, mais tout aussi indispensables : elles sont la seule sauvegarde de la vérité, de la dignité, de l'honneur.

Les catholiques l'ont éprouvé partout dans ces derniers temps: en Amérique comme en Europe, ils n'ont eu de refuge contre le pouvoir illimité de l'État démocratique que dans la liberté. Aujourd'hui, la réaction nécessaire et légitime contre la démocratie révolutionnaire menace de dégénérer en réaction contre la liberté elle-même. Si les catholiques s'y associaient, ce serait briser l'arme avec laquelle ils ont si heureusement lutté, et renier le drapeau qui les a conduits à la victoire;

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ce serait abandonner tout le terrain conquis par des efforts si généreux et si sincères; ce serait reculer, non pas jusqu'au bien, ce qui est un vrai progrès, mais jusqu'au mal, à un mal pire encore que celui de nos jours; ce serait ressusciter les idées et les institutions qui ont partout amené ou accompagné la décrépitude des nations catholiques.

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