CHAPITRE V
194» et l»ft9. — ContnmU et imalosie
On nous donne, en quelques courtes années, deux spectacles bien divers, mais également tristes.
En i8/i8, au lendemain de la révolution de février, on vit un grand nombre de catholiques, prêtres et laïques, saluer de leurs sympathies et de leurs applaudissements ce qu'ils appelaient une ère nouvelle. Les uns, à l'âme haute, pure, désintéressée, cédaient à l'entraînement du jour, et peut-être à l'instinct de leur nature; ils se sont depuis éclairés, sans se démentir. Les autres, tristes adeptes du culle de la victoire, de la force et de la fortune, ont déjà rallumé leurs encensoirs pour de nouvelles idoles.
En ce temps-là, on disait, on écrivait, on prêchait même que le christianisme n'était autre chose que la démocratie, comme on avait déjà dit, écrit et prêché, sous la restauration , que le christianisme était la monarchie. On adulait le présent aux dépens du passé. On encourageait les orgueilleuses folies des novateurs. On rêvait la séparation absolue de l'Église et de l'État, l'organisation de la charité par l'État, mille autres chimères. On affirmait que la révolution de 1848 était tavéne-
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mêtu de la pensée chrétienne dans le goui^ernemeni de la société; on osait dire que la république datait du Calvaire , et que la liberté, l'égalité et la frater*nité étaient trois rayons partis du cœur de Jésus crucifié.
Cette fausse monnaie de rÉvaugile fut bientôt hors de cours : les adhésions serviles et les illu-^ fiions généreuses reçurent également un prompt et sanglant démenti.
Nous assistons aujourd'hui à la contre-épreuve de cette infirmité morale , & un mouvement d'opinion qui n'est autre chose qu'une évolution de la même disposition :
Eadem mutata resurgo.
C'est le même esprit, alors même que les hommes ne sont pas les mêmes; ce sont toujours les pontifes de la force, les chantres du succès, qui , en se pliant aux événements du jour, prétendent aussi plier le passé et l'avenir aux caprices de leur inconstance.
Le gouvernement monarchique était à peine tombé en 1848, et déjà l'on voyait des écrivain* se bâter d'en conclure que la royauté ne reviendrait pas; que c'était une forme usée du développement humanitaire; que les catholiques de» valent en faire leur deuil , et se hâter de saluer les nouvelles destinées du monde.
Aujourd'hui des âmes de la même trempe, des
esprits de la même portée se livrent aux mêmes
ébats sur la tombe provisoire de la liberté. Parce
que l'excès de la discussion a abouti à la sup-