D^ INTÉRÊTS CATHOLIQUES
pression de toute discussion ; parce que le gouvernement représentatif, atteint par le revers du coup qui ne devait abattre que le socialisme, s'est éclipsé; parce qu'il a trébuché dans un piège que de sots amis et d'habiles adversaires creusaient à la fois devant lui, on bat des mains à sa chute, on le déclare à jamais enterré. Pourquoi faut-il que des écrivains catholiques se fassent les échos de ces épigrammes sans péril, et les tenants de ces insulteurs posthumes?
J'ai combattu les illusions et les faiblesses de ceux qui flattaient le succès en i848. S'il n'était fastidieux de se citer soi-même , je pourrais répéter aujourd'hui, en n'y changeant que l'adresse, les 'protestations qui parurent alors nécessaires contre les courtisans de la victoire ^
Aujourd'hui la nécessité de semblables réserves semble bien plus grande encore, car le péril est plus grand, et surtout sera plus durable.
Des hommes qui ont invoqué toute leur vie la liberté; qui ont conquis la confiance et la juste admiration des catholiques, en leur montrant comment la liberté pouvait servir au bien et au vrai; ces mêmes hommes en sont venus aujourd'hui jusqu'à la déclarer inutile et dangereuse. Les constitutions , les discussions , les parlements, le contrôle des législatures, des assemblées, n'excitent plus chez eux que la risée ou le dédain. Ils ne veulent plus servir, dans l'ordre politique, que le pouvoir. Us ont trouvé un maître qui
' Voir à ÏJppendkx n* II.
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leur veut du bien, et ils semblent se confier en aveugles à la faveur de ce maître et à la durée de cette faveur. Ils se ferment les yeux, se bouchent les oreilles, surdes actes qui ont révolté tous les honnêtes gens, sur des violations manifestes du Décalogue, sous prétexte quece sont des questions indifférentes à la religion ou des représailles excusables. Ils se font un prétexte du silence imposé à toute opposition, pour applaudir au bien en se taisant sur le mal , oubliant que là où le blâme est interdit, reloge perd sa valeur et sa dignité. Us sacrifient ainsi avec une rare imprudence tous nos antécédents, Thonneur et le fruit de nos vingt ans de luttes , cette tradition de la liberté catho* lique qui fait notre gloire et notre force depuis un quart de siècle.
Telle est du moins ma crainte, et je n'hésite pas à l'exprimer.
I^ silence, je le sais, est devenu tout à coup l'idole de la France , si longtemps coupable de l'idolâtrie de la parole. Rien de mieux. Je reconnais volontiers la salutaire influence de ce régime , au moins pour un temps , sur un pays qui n'a jamais su se contenir, et qui a abusé de la parole comme de tout, et plus que de tout. Rendre à la réflexion, à la pensée , à la conscience, un peu de ce loisir, de ce calme que leur disputaient naguère le jargon quotidien de la presse, la fausse éloquence et la fausse vertu des partis, c'est sans doute une hygiène salutaire et même nécessaire. Ce n'est pas moi qui voudrais le premier en. méconnaître les lois. Je garderais volontiers le silence pendant le reste de
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ma \ie, si tout le inonde le gardait. Je laisserais même l'usage exclusif de la parole aux faiseurs de dithyrambes en prose et en vers, si, parmi ces voix qui s'élèvent pour insulter notre passe, je n'en distinguais pasquelques*unes, en Angleterre, en Belgique, en France surtout, qui ont coutume d'être écoutées avec une juste faveur par l'opinion catholique , et qui surtout engagent cette opinion devant le public. Là est, selon moi, le danger; car là peut commencer le discrédit, la défaite morale de notre cause.
Je ne veux pas m'arroger une plus haute autorité que celle des écrivains que je signale : loin de là. Si mon droit est le même, ma force est bien moindre, et je reconnais tout haut cette infériorité. On a dit que le journalisme était anéanti par le dernier coup d'État: c'est une grave erreur. Sa force est centuplée, à une condition toutefois, c'est qu'il la dirige dans un sens qui ne soit pas tout à fait désagréable au pouvoir. Alors il peut parler toujours et parler tout seul, sans contradicteur possible. La tribune seule pouvait lui tenir tête. £lle a été renversée ; et l'on a scrupuleusement calfeutré toutes les issues par où pourrait s'échapper le moindre écho d'une voix qui s'oublierait jusqu'à parler dans l'enceinte où se discutent les lois. La presse reste donc maîtresse du terrain, libre de tout détruire ou de tout élever, pour peu qu'elle ne froisse pas les tendances du pouvoir. Que sera-ce lorsqu'elle les flatte et les seconde?
Reste le droit de faire un livre. Par le temps qui court, on sait ce que cela vaut.