CHAPITRE VI
ces deux axiomes n'est que trop démontré par les cruelles humiliations de la liberté, partout où l'on a sépare sa cause de celle de Dieu ; mais le premier n'est pas moins indispensable à soutenir et k proclamer. La religion ne doit rien, absolument rien à la démocratie ; elle doit beaucoup à la liberté. Sans doute il n'en faut pas trop, ni toujours, ni partout, ni sans motifs, ni sans préparation ; pas plus qu'il ne faut enseigner le grec ou l'algèbre à un enfant qui ne sait pas l'alphabet. Mais la refuser d'une façon systématique et permanente; s'enrégimentera la suite des passions et des terreurs même fondées qui la proscrivent aujourdlini; croire que l'on pourra défuiitivemenl sevrer de cette forte et substantielle nourriture les nalions qui en ont une fois goûté , c'est à la fois une erreur capitale et une grande bassesse. £t quand on le pourrait, encore ne le devrait-on pas, sous peine d'affaiblir et de discréditer la vérité.
Sans doute il ne faut jamais approuver ni permettre, si on peut l'empêcher, que l'esprit de désordre, la révolte contre toute autorité, l'orgueil et l'envie ligués contre le droit et l'histoire, viennent envahir le cœur des peuples et les institutions sociales, sous les dehors de la liberté, comme cela se pratique tropsouvent. Voilà pourquoi, dans les temps de révolution, la liberté est plus exposée que jamais, et pourquoi ses plus dévoués amis sont condamnés à des sacrifices dont il n'est pas toujours facile de mesurer l'étendue ou la durée. Voilà pourquoi, pendant ces dernières
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annëesy au milieu des périls et des agitatimis h guerre, sous le feu de l'ennemi, dans rinoertitude de Tissue de ces luîtes chaque jour reaai»» santés, nous tous, catholiques déyouésà la liberté, nous avons , non pas dësespërë d'elle , mais gëmî de voir son nom profané par l'anarchie, et prête notre énergique concours à la répression du désordre. Nous avons dû pencher de tout notre poids du c6lé de l'ordre et de l'autorité; car c'était le seul moyen de maintenir l'équilibre, de sauver la liberté, aujourd'hui engloutie dans le naufrage que lui préparaient les excès de la démocratie, et que nous avions tant de fois prévu et annoncé.
On nous accusait alors, nous, les amants sincères et passionnés de la liberté, de l'oublier, de l'im* moler. On nous taxait d'inBdélité, de désertion, de trahison, parce que nous marchions avec précaution sur le champ de bataille, en comprimant les ennemis irréconciliables du bien , en transigeant avec d'anciens adversaires à moitié ramenés vers le vrai, en sauvant le principe aux dépens de quelques applications hasardées. Et toutefois nous la servions alors; nous ne l'avons jamais mieux servie qu'en essayant de la préserver de l'étreinte de ceux qui l'ont toujours compromise et souillée. Parmi ceux qui nous dénonçaient alors à l'indignation des âmes libérales, nous en connaissons plusieurs qui aujourd'hui en pleine paix et en toute sécurité, lorsque le danger est passé, lorsque la liberté n'inspire plus que des regrets et des espérances, s'approchent de sa statue, muette
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et Yoîléey pour l'itisulier, et se fout les échos Mlardés des Pindares de Tautocratie.
Je sais bien qu^aujourd'hui^ à la diderence des temps antérieurs, la liberté politique entraîne pat^ Unit avec elle la liberté religieuse, maïs j'aime à croire que le catholicisme n'a pas plus à redouter l'une que l'autre, ien'héatepas a ledire, si on pou*» Tait supprimer la liberté de l'erreur et du mal, ce serait un devoir. Mais l'expérience prou veque dans notre société moderne, ou n'en peut venir complètement àboutsansétoufferégalement la liberté du bien, sans confier la toute-puissance à des gouvernements qui peuvent n'être ni dignes, ni capables de l'exercer. La liberté de conscience, ce principe invoqué si longtemps par les ennemis de la religion, tourne aujourd'hui partout à son profit. Sans doute il serait insensé de le proclamer dans les pays où il n'existe pas, et où il n'est réclamé par personne. Mais là où il existe, où il a été une fois inscrit dans les lois, gardon&4ious de l'en effacer, car il y devient la sauvegarde de la foi et le boulevard de l'Église. On sait assez que ce principe, invoqué par les premiers réformateurs, n'a jamais été appliqué par eux ; que Luther, Calviu, Henri VIII, ont été les plus violents persécuteurs, non-seulement des catho«- Kques, mais des protestants qui ne pensaient pas en tout comme eux; que la réforme n'a triomphé en Angleterre, en Allemagne, en Hollande, qu'à l'aide des supplices et de la compression la plus énergique. Ce n'est donc pas le principe de la liberté religieuse qui a fait la fortune du protestantisme. D'un autre côté, on ne voit pas que le ca-
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tholicisme ait gagné quelque chose eu France à la révocation de Tédit de Nantes; au contraire, il a toujours été en déclinant depuis lors jusqu'à nos jours. L'on ne voit pas davantage qu'en Espagne, en Italie, en Piémont, où la liberté des cultes dis« sidents a été proscrite jusqu'à nos jours, l'Église ait échappé aux spoliations et aux persécutions les plus sanguinaires.il semble donc que là n'est point aujourd'hui le principal péril de l'Église. Par un merveilleux secret de la miséricorde divine, partout aujourd'hui le libre examen ne profite plus qu'à la vérité, partout l'hérésie est contrainte de se mettre à l'abri d'une légalité oppressive ou des violences de l'émeute pour arrêter le progrès de la foi catholique; il en est ainsi en Suède, en Angleterre, en Prusse, en Suisse, et jusque dans le petit duché de Mecklembourg '.Ce ne sont certes pas aujourd'hui les catholiques qui proscrivent, qui exilent, qui empêchent la prédication, qui traînent au prétoire leurs adversaires ; ce sont eux au contraire contre lesquels, à Stockholm, à Londres, à Schwerin, à Genève, il faut em«
s Dans ce pays luthérien , il n'est pas peimis à un catholique de faire célébrer loffice divin dans sa maison particulière par un prêtre voyageur. Une oixlonnance spéciale du grand-duc» en date du TO mars iSSi, interdit aux catholiques la célébration de la messe ailleurs qu'à Schwerin et 4 Ludwigslust , et une fois par an à Bûtzow. Un gentilhomme converti» qui avait fait venir un pré* tre pour habiter chez lui» a été sommé de le faire sortir du pays sous huitaine. II faut lire la correspondance de ce grand-duc avec les prêtres catholiques, publiée par le Folsklialle du i*r sept. iSSa, pour se faire une idée juste de ce que les luthériens entendent par la liberté de conscience.