CHAPITRE VI. lOI
ployer ces moyens pour arrêter la trioniphanle expansion de leur foi. Aujourd'hui, craindre la liberté ou craindre la science dans l'intërél prétendu de la religion , ce serait douter de la vérité. Aussi le vénérable évéque que nous citions tout à Theure a écrit ces paroles, sous l'abri desquelles nous plaçons avec bonheur notre conviction personnelle: «Après ton ty qu'avons-nous à redouter? La vérité catholique a jusqu'à ce jour lutté contre tous les obstacles, vaincu toutes les hérésies, combattu avec succès toutes les opinions les plus hostiles de la philosophie, triomphé de toutes les passions les plus haineuses; elle s'est trouvée aux prises avec toutes les sciences soulevées contre elle, et les sciences ont été forcées de venir successivement s'agenouiller devant elle et reconnaître sa divinité. L'attaque a revêtu toutes les formes, épuisé tous les moyens : laissons à la liberté de la défense le soin de paralyser la liberté de l'attaque. Que le catholicisme trouve son chemin débarrassé, et vous verrez qu'il arrivera partout. L'esprit de l'homme ayant été fait pour lui comme il a été fait pour l'esprit, les passions auront beau gronder et murmurer, il faudra qu'il arrive à l'esprit '. »
Je parlais tout à l'heure de ce qui se passe à l'étranger, et j'avoue que cette préoccupation ne cesse de me dominer. Tous les catholiques sont nos frères par la foi ; rien de ce qui les intéresse ne
* M** Rendu , évéque d* Annecy : de la Liberté et Je i'at'eiiir de la Képiibii^He française , p. 98.^
iOa DES INT&RÊTS CATHOLIQUES.
saurait nous élre iudiiTérent; el j'aî signalé plus haut y au nombre des symptômes les plus significatifs de la réaction religieuse, cette ardente et féconde sympathie qui unit aujourd'hui les ca« iholiques de tous les pays d'Occident , si supérieurs en cela à rindiflereuce de leurs pères pendant les deux siècles qui viennent de s'écouler. Cela étant y et si je le pouvais, je m'adresserais aux écrivains religieux qui se font parmi nous les avocats et les panégyristes du pouvoir absolu, el je ne permettrais de leur parler ainsi :
Âvez-vous jamais réfléchi à l'impression (|oc pouvaient produire au dehors de la France vos nouvelles opinions? Avez-vous songé que les changements survenus en France ne sont encore ni accomplis, ni même désirés au delà du Bhin et de la Manche? Avez-vous oublié que les catholiques de la Prusse en sont encore où nous en étions il y a un an, à invoquer la liberté, la discussion, et même la constitution , pour obtenir de leur souverain un peu de justice? Avez-vous ignoré qu'en Belgique , dans ce noble pays que vous avez si longtemps donné à la France pour modèle, chacune de vos paroles est soigneusement ramassée et commentée par les ennemis acharnés de l'Église, qui y puisent des arguments parfaitement adaptés à leur thèse quotidienne de l'incompatibilité de l'influence catholique avec le maintien d'un gouvernement libre? Êtes-voua restés sourds à la joie de ces journalistes UbérdtreSy qui trouvent en vous des auxiliaires si puissants et si imprévus, et qui battent des mains lorsqu'ils vous
CHAPITBE VI. 103
voient tantôt disposer de l'avenir national de la Belgique avec un sans-géne qui n'eût pas été dé^ placé au congrès de Vienne , tantôt contester et renier tous les principes que les catholiques bei^ ges ont eu l'honneur d'inscrire dans leur consti* tuiîoD, et de pratiquer les premiers sur le continent européen?
El en Angleterre? N'avez-vous donc januôs pensé au démenti dédaigneux que vous infligez chaque jour au grand émancipateur, à O'Connelly à ce champion infatigable de la liberté^ et à tout cet épiscopat d'Irlande, unanime pour souffrir, pour lutter et pour vaincre au nom de la liberté du pays et de l'Église ? Et si le passé vous est devenu indifférent , étes-vous également peu soucieux du présent? Avez-vous jamais calculé la* pari de responsabilité qui peut revenir à ceux qui d'abord, par des récits exagérés et inopportuns^ ont efirayé les anglicans sur les résultats immédiats du mouvement catholique? quiensoite justifienl tontes leurs appréhensions et toutes leurs* accusations à Tendroit du catholicisme , en arbo^ rant le mépris de toutes les garanties libérales et constitutionnelles? Quoi! les Anglais protestants sont convaincus, depuis Louis XIY et Jacques II ',
■ Les personnes qui jugent encore à la façon du xttt* siècle la tentative de Jacques II voudront bien nous permettre de les renvoyer à Tonvrage récent de M. Macanlay sur Phistoire de la févc4iition de 1 68S, dont M. Danjoa a poblîé on fragment admirable dans son écrit intitulé : du Paganisme dans la société et dans Véducaiion, Je crois en outre devoir donner, à titre de renseignement très^intéressant , ttn jngement sur la conduite du clergé catholique sous Jacques II , par un aotcnr dont on n*a p«iit-étre pas
104 DES INTÉRÊrS CATHOLIQUES.
que le papisme est le synonyme de Toppiession, qu'il est incompalible avec la liberté civile el religieuse; et pour les éclairer, pour les ramener, vous leur envoyez l'apologie de la révocation de redit de Nantes! Quoi! personne ne vous a fait apercevoir tous ces yeux ouverts, toutes ces oreilles tendues, toutes ces plumes taillées, pour saisir, transcrire, commenter, développer, exagérer et expédier aux quatre coins de l'univers, aux innombrables possessions britanniques, et sur le vaste continent américain, telle boutade d'un écrivain de talent, ou telle étourderie d'un copiste subalterne, qui devient ainsi le mot d'ordre des ennemis de la foi, des persécuteurs de l'Église, et perpétuera l'éternel malentendu qui a désorienté le monde!
S'il vous importe peu de tout compromettre à l'étranger, avez-vous déjà oublié tout ce qui, chez nous, dans notre propre et présente histoire, devait vous avertir et vous arrêter? Avezvous oublié tous ces évêques de France, dont les actes ont été recueillis, dont les écrits sont dans toutes les mains et toutes les mémoires, qui ont pendant dix années consécutives placé la liberté de l'Église à l'abri de la liberté civile et politique; qui n'ont pas attendu la révolution de février pour invoquer la force du droit et le droit de la liberté? Avez-vous oublié les jésuites, qui n'ont triomphé des arrêts du parlement, des ordoo-
assez lu les ouvrages, par le prince Louis-Napoléoo, président de la répubUque. (Voir à VJppendice, n* UI.)