CHAPITRE VI. lo
nances de (iharles X, des ordres du jour législalifsy qu'en se retranchant sur le terrain de la charte et de la constitution? qui n'ont entrepris^ demandé^ obtenu de rentrer en France, d'y élever résidences, noviciats, collèges, qu'à titre de citoyens et de Français? Encore une fois, pieux contempteurs des constitutions libérales et des droits civiques, avez-vous oublié le P. de Piavignan descendant de la chaire de Notre-Dame pour défendre, visière levée, Texistence de son institut, en refusant de répondre à un autre titre qu'a celui de libre citoyen d'un pays libre ? et M. Thîers, devenu l'avocat des jésuites, après avoir été leur accusateur, consacrant sa rare éloquence à faire sanctionner leur droit par une assemblée souveraine, en jetant aux hurlements des montagnards déconcertés la constitution pour réponse!
Eh quoi! vous ne craignez pas de faire tressaillir de joie tous nos anciens adversaires, d'absoudre toutes les répugnances, les défiances, les préjugés dont nous avons été si longtemps victimes. Que nous objectait-on, en effet, pendant tonte la durée de notre lutte pour la hberté de l'enseignement, la hberté de la charité, la liberté des ordres religieux, des conciles, de l'Église tout entière? On ne niait pas que cette liberté fût un bien, un droit, une conséquence de la Charte. On nous disait : Vous ne la réclamez que parce que vous êtes les plus faibles ; le jour où vous serez les plus forts, le jour où vous serez les maitres, vous la renierez, et vous la refuserez à ceux qui vous l'auront donnée !
lo6 DBS INTÉRÊTS CATHOLIQUES.
Ëli bien ! calboliques, vous voilà à lepreuve. Vous êtes les maîtres ou les amis du mailre. On le croit f du moins. Comment allez-vous répondre à Tattente de vos ennemis, aujourd'hui défaits et humiliés? 4llez-vous leur donner la plus douce des consolalions, la plus profonde des satisfactions ? Allez-vous vérifier leurs prédictions injurieuses, réveiller leurs haines en les mouvant, fournir un prétexte à leui*s antipathies? Marchant eu aveugles, sans vous soucier ou vous douter du mal qtie vous faites, obscurcirez -vous, comme à plaisir, la lumière qui se levait rayonnante dans leurs esprits ? Repousserez-vous leurs mains qui se tendaient vers vous ? Les refoulerez-vous dans leurs préjugés, dans leurs défiances, dans leurs rancunes ? Leur prodiguerez-vous des arguments, des armes, du venin pour les luttes de Favenir, alors (|ue chacune de vos inconséquences, chacune de vos palinodies, aujourd'hui soigneusement el silencieusement enregistrées dans la méiooîre des vaincus, seront évoquées avec transport et jetées à la face des calholiques confus, humiliés et désarmés par votre faute ?
Ce n'était donc qu'un masque, vous dira-t-oi>, que cet amour de la liberté dont vous vous targuiez ! uo masque îucommodément porté pendant vingt ans, et que vous avez jelé à la première occasion favorable! Non, non, vous dira-t-on encore, quand vous essayerez d'invoquer la liberté dans Tintérét religieux ; non , votre masque ne nous trompera plus; nous vous connaissons, nous savons ce que vaut la liberté à vos yeux, au jour de se& défaites.
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lïouft savoiis que cette liberté d'enseignement ellemême, qui vous avait servi de bannière pendant uo quart de siècle, vous vous êtes enipi'essés de la désavouer à la preoiière lueur d'un piivilége dont vous pourriez seuls profiter, au seiu du monopole ressuscité? Vous avez deux poids et deux me^ aures^ vous avez des enseignes de rectuinge : hier, La liberté comme en Belgique ; aujourd'hui, le pouifçir comme en Russie '.
Savez-voua ce qu'on dirait en un mot, et com« ment on écrirait votre histoire? On dirait que vous avez donné une seconde édition de la comédie de quinze ans!
La comédie de quinze ans ! je cite à dessein ce mot, parce que chacun sait le tort qu'il a fait à l'opinion libérale en France et ailleurs. Et cependant il y eut certes autre chose que des comédiens dans ce grand parti constitutionnel de la reslau* ration. Certes ila ornaient et voulaient la royauté, ces hommes d'État, ces oraleurs illustres, Royei*- CoUard, de SerrCy Laine, Martignac, Camille Jordan, Casimir Périer (nous ne voulons nommer que les morts), eux qui , en l'avertissant, en la contenant, en l'éclairant, croyaient lui montrer la voie du salut et de la durée. Mais il arrive qu'un jour im esprit aventureux, dan& l'Lvresse d'une vie-
* M« BxCikHvi, Revue des Deux^Mondes, i5 mai i85a. J*aiine à etter cel ftocien et iatrépidc défenseur de noire eause, qae Vom % toyj<Mm vu »iur la brècbe, dans les eccasions les pins difficiles, quaod il fallait lenir tête à des orateurs tels que MM. Tbiers et DupÎD»à tous Tes préjugés galtîcans et voltaîrien», dans la cham- Wv dTautrefob, et qui, a»jaurd*hal eottime alora , rate nol4eiiient idck à CuBm de ta fttîfjJMMi a< dé la libertés
I08 Di:S INTÉRIÈTS CATHOLIQUES.
toire imprévue^ résume ses appréciations erronées sous cette image; et il lui suffît de la lancer dans le public, sans qu'elle soit contredite avec autorité, pour qu'elle devienne un lieu commun de l'histoire contemporaine. Je veux, autant qu'il est en moi, préserver la cause catholique d'une pareille ignominie; je proteste contre le scandale de celte défection , pour ma part, et pour tous ceux qui, comme moi, humbles défenseurs de l'Église, ont été les amis résolus et dévoués de la liberté, et qui le sont encore. Je tiens qu'il fallait laisser ce changement de costume et de cocarde aux démocrates qui sont devenus préfets, et aux ultra-parlementaires transformés en conseillers d'État.
Je me résume. Les libéraux portent en ce moment, dans toute l'Europe, la peine d'avoir combattu ou méprisé la religion , d'avoir cru qu'ils pouvaient se passer de toute force spirituelle, et ne tenir aucun compte de l'ordre surnaturel. Les calholiques commettraient à leur tour une faute, qu'un prompt châtiment viendrait atteindre, s'ils voulaient abandonner la liberté.
La liberté est une des forces vitales de l'humanité : elle existe toujours et partout, à l'état de regret ou d'espérance, là où elle n'est pas en réalité. Elle a deux ennemis, la révolution et le despotisme, ou plutôt elle n'en a qu'un sous deux formes différentes. La religion est sa sauvegarde, son contre-poids naturel et légitime. Ceux qui la font pencher outre mesure vers l'une ou l'autre des forces ennemies lui infligent un irréparable