‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 39 sur 125 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

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Mais j'entends d'ici la réponse de mes adversaires : Nous aimons autant la liberté que vous j nous lui gardons notre foi et notre plume; ce que nous n'aimons plus, ce que nous réprouvons, ce dont nous saluons la chute avec enthousiasme, c'est le gouvernement représentatif, constitutionnel , parlementaire.

Je réplique aussitôt : Le gouvernement que vous réprouvez est aujourd'hui, dans l'état actuel des mœurs et des institutions de l'Europe, la seule forme possible de la liberté politique. C'est ce que je vais essayer de prouver, après quelques observations sur ce malheureux gouvernement parlementaire, que nos publicistes en vogue se complaisent chaque jour à ressusciter, pour le pourfendre, après l'avoir préalablement déclaré mort et enlerré.

A la fin de l'année dernière, la France, par un nombre inouï de pétitions, par le vœu unanime des conseils généraux, par tous les moyens légaux, avait supplié ses représentants de lui accorder la révision d'une constitution qui la conduisait

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manifestemeni à Tabime. Ses instances furent vaines. Non««eulement ia minorité socialiste, mais une fraction importante du parti conservateur refusait impitoyablement celte révision , tandis qu'une autre fraction plus nombreuse encore y consentait si moiiement, qu'elle évitait même d'en signer la proposition. On contestait jusqu'il la sincérité des pétitions émanées de ces masses qui depuis nnt su formuler d'une fiaçon moins équivoque leur volonté dès lors évidente pour tous les gens de bonne foi. N'ayant plus d'espoir dans le jeu régulier des institutions, indignée par la téna* cité aveugle et par les déplorables divisions de l'as* semblée, la France, réduite aux abois, s'est em« pressée d'accepter et de bénii* la chance de salut qui lui était offerte.

Mais de ce qu'au n décembre, contraints de choisir entre le socialisme et la dictature, la plu* part des honnêtes gens se sont jetés du coté de celle-ci, il y a toute une classe d'écrivains qui voudraient en conclure que, par la même occasion ^ ia France a renié toutes les conditions d'un pays libne, et que dans ce choc, la liberté, qu'ils déguisent sous le nom de gouvernement parlementaine, a été prise au lacet, et étranglée par raccroc.

Je crois qu'ils se trompent en fait et surtout en droit, et j'espère qu'il me sera accordé, pour le dii^, la même licence que celle dont a pu jouir M. Proudhon pour prouver que le a décembre était le triomphe de la révolution sociale et le commencement de la venue de l'antechrist.

On voudra bien remarquer que je serais aussi

lia DES INTÉRÊTS CATHOLIQUKS.

bien placé qu'un autre pour m'ériger en censeur de ce gouvernement déchu. D'abord je dois le connaître, et peul-élre un peu mieux que ses détracteurs actuels, pour l'avoir longtemps pratiqué : Testis et pars aliqua jui. J'ai vu de près ses abus, ses dangers, les folles illusions, les jeux stériles et cruels des partis. Je les ai signalés, j'en ai gémi, à la tribune, alors que la tribune était encore debout, en présence des maîtres du jeu, qui ne me l'ont pas pardonné. J'ai pu subir, comme un autre, plus qu'un autre, les mécomptes, les tristesses, les défaillances inséparables de ce laborieux régime. Je pourrais le juger d'autant plus sévèrement, que nul ne m'a jamais vu tremper à un degré quelconque dans ces intrigues, ces coalitions, ces campagnes de couloirs, ces manèges de partis qui l'ont compromis et déconsidéré. Mais je me contente de ce que j'en ai dit quand il était triomphant et en apparence inattaquable. Je ne veux pas lui jeter la pierre aujourd'hui qu'il est vaincu , et livré aux Tuersites du camp victorieux. Comme, après tout, la responsabilité des vaincus me parait moins formidable que celle des vainqueurs, j'aime mieux chercher si , par quelque faute inconnue de moi-même, je n'ai point mérité d'élre englouti dans ce grand naufrage, dont des pilotes plus célèbres paraissent seuls responsables. Delicta quis ùuelliget ? Ab occultis meis munda me, et ab alienis parce servo tuo.

h™' ^'^ ^''^^'^^'-s l'honnête homme, l'homme ^"'* '^''' pourrait être tenté, même avec les

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plus justes griefs contre le régime parlementaire^ d'aller enfler le flot de ses détracteurs actuels? De quoi se compose ce flot ? N'y voit-on pas, avec les courtisans habituels de la victoire, toutes les ambitions inassouvies, toutes les médiocrités avides , tous ces aventuriers de plume qui , sous aucun des pouvoirs qu'ils ont servis, n'ont pu gravir jusqu'à l'estime publique; toutes les doublures des régimes déchus ; tous ces gens qui nous cajolaient dans les couloirs de l'assemblée ^ et qui ont pour raison principale de maudire la tribune leurs impuissantes tentatives pour y ar<river ou pour y réussir?

A quoi sert de le dissimuler? il y a toute une armée de panégyristes attitrés du pouvoir nouveau, qui cherchent à exploiter, au proflt d'une doctrine nouvelle, ce besoin impérieux d'une tranquillité quelconque qui prévaut en France depuis la catastrophe de février #et ses suites. A côté de la satisfaction légitime qu'inspire le sentiment d'un immense danger évité, à côté de la reconnaissance que mérite un immense service rendu, ils essayent de placer comme une croyance nationale la haine des formes et des idées dont la France a paru si longtemps éprise. Leur calcul n'est peut-être pas erroné. Dans la joie furieuse que leur inspire la chute du régime parlementaire, n'y aurait-il pas un suprême triomphe de l'instinct et de la logique démocratique? Ce triste et bas instinct, qui sest d'abord cru satisfait par la substitution de l'aristocratie des capacités a l'aristocratie de naissance, a bientôt reconnu que les

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hommes de tribune , quelque i*évoUitionnaires que fussent d'ailleurs leurs sympathies ou leur origine, pouvaient créer une nouvelle et puissante aristocratie; car ce qui constitue surtout l'aristocratie, et ce qui surtout répugne à la démocratie, c'est Y indépendance y c'est la force personnelle et permanente, qui peut résister au pouvoir et lui survivre. Celles il vaut mieux, pour les individus qui en sont revêtus et pour la société, que cette force ne vienne pas exclusivement du talent, et qu'elle leur soit quelquefois transmise comme un patrimoine; mais, alors même qu'elle ne provient que d'efforts personnels et isolés, elle est encore imposante et respectable. Or, la tribune avait mis en relief un certain nombre d'hommes dont les noms se trouvaient sans cesse sur toutes les lèvres et dans toutes les mémoires, et qui, au pouvoir ou hors du pouvoir, attiraient les regards et les préoccupations du public. C'est ce que l'instinct démocratique n'a pas pu supporter impunément. Les fautes incompréhensibles de quelques-uns de ces personnages ont pu amener leur chute, je le veux bien ; mais une pitoyable jalousie a pu seule applaudir à cette chute. C'est qu'on se fatiguait de les entendre toujours nommer comme les premiers du pays, comme des gens avec lesquels il fallait compter^ et qui se retrouvaient debout au lendemain de tous les orages. Désormais on ne veira plus de ces existences hors ligne ; tout est disposé pour en prévenir le retour et en oblitérer le souvenir. De là ces trépignements de joie et ce bonheur

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