CHAPITRE IX
Dans le cercle étroit où la monarchie tendait de plus en plus à renfermer la libre action de FÉglise, respectait-on au moins sa discipline, sa dignité, sa pureté? Non : la reine d'Espagne, la femme de Philippe Y , arrachait à Clément XII Tarchevéché de Tolède, le plus riche et peut-être le plus important de la chrétienté, pour son fils, âgé die sept ans! Et ce n'était pas seulement le régent d'Orléans, c'étaient presque tous les rois catholiques, dit l'historiographe officiel delà cour romaine, qui violentèrent la conscience dlnnocent XIII, en le contraignant de donner le chapeau de cardinal à l'abbé Dubois ' , déjà successeur de Fénelon sur le siège de Cambrai!
Absorbé par les souvenirs des hauts faits de ces grandes monarchies, j'oubliais le Portugal, ce Portugal dont on nous objectait tout récemment la honte, la misère, le désordre, sous le régime constitutionnel. Mais , si l'on veut bien s'en souvenir, il n'y avait ni constitution, ni parlement, ni système représentatif, lorsque Pombal , investi de la toute-puissance royale , commit contre les jésuites les atrocités que chacun sait. Et ce qu'on paraît ne pas savoir du tout, c'est le système suivi par la monarchie absolue en Por-
qui avait fini par se mettre sous la protection de la Russie , Bonaparte leur reprocha leur cfmdescendance pour Us schismaii" quts, £t lui allait en Egypte y faire des proclamations en Thonneur de Mahomet et du Coran !
> «Innocenlius Xill, eflQagilante Gallorum rege,et quod rarum est y in id etiam incumbentibus céleris fere omnibus catholicis principibus, hac die 16 jalii 1721, eum in sacrum cardinalium collegium iiivexit. •
lugal contre TÉglise tout entière, Qon-seulement pendant ]e règne de ce n)ini3tre, mais après s^ chute 9 et jusqu'à Tinvaçion française, sous la pieuse reine Marie, pieuse au point d'être devenue folle par scrupule de dévotion '. Ce qq'po ne sait pas, c'est l'histoire de ce s^int évêqiije ç^ Coîmbre^, qui, seul de tout !'épi$çppA( ppr^u<r gais, osa rés}st.er au tyran ; qui, pour ^voir vo||l|i prémiipir ^e^ ou^jllps contre les doctrines de Féhronius et d'^li^s Dupin, fut enleyédeson si^e, déclaré rnortpjyilemçpty ^^ plongé, peqd^tntquinzç ai)s, dans un f^açhot sous le Tage. Ce qu'on ne sait pas 9ssez, c'est que, d^ns ce royaume Très-Fidèle, toute rel^(ipp avec le s^jnt-siég^ était interdite, (?t punie comme un crime de lèse- majesté; que la théologie janséniste régnait seule dans les universités ; que Içs évéques et les ordres religieux étaient tous courbés sous le joug d'un oratorien qui^ après avoir d'pbord prêché l'abolition de l'inquisition, avait fini par se faire nommer lui-même grand inquisiteur, afin de mieux assurer le triomphe de sa septe et de mieux conduire la guerre contre Jloine* L'illustre cardinal Pacca, qui nous a fait connaître tous ces faits et bien d'autres, ajoute qpe, pepdant les sept apnées que dura sa nonciatqre à Lisbonne, il n'y vit pas paraître un seul livre favorable aux droits de l'Église.
Le mal est encore grand en Portugal : je ne Pai que trop vu par moi-même; mais il est peut-
* Pacoa, Nunziatura di Dshona, p. 90.
> D. Michel délia Annanziata. VtÀà,, p. 34.
être moiqdre qu'alors , et ç'e^t ^ors, et non aujourd'hui , qu'il est né.
Yoilà l'histoire! non pas l'histoire travestie au gré de certaines ll^éoriesi et d'un enseiguemeut déloyal et superficiel , mais l'histp^re prise sur le fait , et recueillie par les témoins les moins suspects.
Telf sont donc , tels étaient du moins )es avantages que les gouvernements antiparlementaires procuraient à l'Eglis^. On nous permettra de ne pas les regretter, et surtout de ne pas désirer le retour d'un régîfne qui i dans l^ pays les pliis catholiques du monde, ouvrait le sacré collège à I)ubQis, livrait l'Églijse à Pombal , et l'État à Godoy. On nous permettra de lui préférer , malgré les roijsèr«^ incontestables des choses et des hommes, le régime qui a ouvert la presse à Balmès et la tribune à Donoso Cortès.
Et notez bien que tout cela se passait, non pas sous le joug de conquérants barbares et infidèles, mais sous le sceptre de princes tous croyants, pour la plupart pieux, même réguliers dans leurs ipœurs, et élevés par des prêtres ou des religieux.
Peut-on croire que la monarchie illimitée produirait aujourd'hui des résultats moins dangereux pour la liberté et la dignité de l'Église? Sans doute, grâce aux mœurs libérales et constitutionnelles dont l'influence s'est fait sentir au sein des plus douloureux désordres de notre temps, on peut croire que les princes de nos jours reculeraient devant certaines violences extérieures qui n'inspiraient aucun scrupule à leurs grands-pères. Mais
î'JIk DES INTÉRÊTS CATHOLIQUES.
que le fond des choses allât mieux , il Faudrait élre bien crédule pourl'espërer.
Je n*en veux donner que deux indices. On se souvient du traité de la Sainte- Alliance, de cette alliance par laquelle l'empereur d'Autriche , le roi de Prusse et l'empereur de Russie, après la défaite de Napoléon , prirent Dieu à témoin qu'ils ne voulaient plus régner que pour le bonheur de leurs sujets et le triomphe de la religion chrétienne. Cet acte est certainement un des plus touchants et des plus solennels de l'histoire des rois , et rien n'autorise à élever le moindre doute sur la sincérité des souverains qui y apposèrent leur signature. Le traité fut conclu à Paris en 181 5 : les trois autocrates se séparèrent, et s'en retournèrent chacun dans ses États : François I^, pour y conserver scrupuleusement, pendant ses quarante-cinq ans de règne, la législation de son oncle Joseph II contre l'Église ; Alexandre, pour expulser et dépouiller les jésuites, sans avoir aucun crime à leur reprocher; Frédéric-Guillaume, pour y entamer contre l'Église le système qui devait aboutir à la prison et à l'exil de l'archevêque de Cologne.
La royauté française ne prit aucune part au traité de la Sainte-Alliance : mais qui pourrait mettre en doute le dévouement des rois de notre siècle à la religion et à l'Église? Depuis longtemps on n'avait vu sur le trône un chrétien aussi accompli , un aussi honnête homme que le roi Charles X. Voici cependant ce qu'écrivait son ambassadeur à Rome, le duc de Uval-Montmo-
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rency, chrétien aussi loyal que son mattre , dans une dépêche officielle au sujet du conclave de i8a3 : « Les cardinaux français doivent être ence voyés y sans parole de qui que ce soit , sans re- « commandation , on ose dire saics conscience, «c en prenant ce mot dans le sens qui exprime c une vanité occupée de sa propre chose plus que «c de celle du Roi... Chacun d'eux , pénétré des « sentiments de fidélité dus au Roi, consentirait à « se tromper ai^c lui, s'il se trompait... ils tra- « vaincraient à l'œuvre désirée par le Roi , et rec commandée à leur véritable conscience de prête lats placés là par le Roi , et qui n'y seraient pas a entrés sans le Roi ^ »
J'attendrai qu'on me cite de M. Broflerio, ou de tout autre radical parlementaire, un acte plus éloigné de la véritable intelligence des droits de l'Église, que cette naïve déclaration d'un excellent catholique, ambassadeur d'un roi très-chrétien.
Je prie instamment mes lecteurs de ne pas me prendre pour un ennemi de la royauté et des races royales, parce que je réponds aux détracteurs de la monarchie constitutionnelle en racontant les erreurs des rois à une génération oublieuse; parce que je signale les écueils dont ils n'ont pas toujours su se préserver.
Mais je conclus, de tout ce qui précède, que le gouvernement représentatif n'a pas fait et ne fera
* Artaud» Histoire de Léon XII, t. I, p. 14S, 146. L'auteur, premier secrétaire d'ambassade du loyal et chevaleresque duc de Laval » cite cette dépêche sans critique ni surprise. Cela lui paraît tout simple.