‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 19 sur 70 · CHAPITRE lia · texte numérisé non relu

CHAPITRE lia

ce gnes dé les combattre ^* d En Franèe, oomnie dans presque tous les pays catholiques^ le clergé a confondu les ennemis de l'Église^ par ses ven* tus d'abord^ par sa ferveur^ son aèle^ la regU-' larité exemplaire de ses mœurs ; puis par ses tra* Taux intellectuels et scientifiques qui^ à coup sûr^ ne sont inférieurs à ceux d'aucun autre corps ou corporation parmi nous. Les laïques mêmes otit pu 9 sans sortir des limites que la prudence et le devoir leur assignent, rivaliser avec le clergé dans l'œuvre réparatrice* Tous ensemble, avec un zèle et une ardeur dont il y a peu d'exemples dans riiisloire, ont travaillé à cette restauration de la vérité historique, philosophique et sociale 9 dont le comte de Maistre avait donné le signal au commencement de ce siècle, et dont les progrès sont aujourd'hui si visibles. Chaque jour nous ramène à une appréciation plus vraie de ces grands siècles catholiques où l'Église était touti où^ gràôe à elle^ la théorie du despotisme était incon** nue, la liberté rendue sainte et durable ; où par elle les nlonarquès étaient contenud^ les peuples protégés, l'autorité maintenue^ l'art ^ la poésie^ la beauté consacrées sous toutes leurs formes au culte de la vérité | où la société^ malgré Tinévi^tablé alliage des infirmités humaines, portait et méritait le beau nom de chrétienté; de ces grands siècles, qui pourtant, grâce au plus inconcevable égarement, ont été pendant si long temps oubliés ou insultés par la plupart des écrivains religieux.

* Mémoire présenté au clergé assemblé à Paris, en 1785 , par TarcheVéque d'Arles^ massacré aux Carmedi» en 17^2.

44 ^ES IITTÉRÊTS CATHOLIQUES.

Certes 9 il ne s'agit pas de ressusciter le moyen âge : on le sait bien, et ceux qui nous opposent cette niaise appréhension le savent mieux que personne. Cela serait aussi impossible que de refaire \ Iliade ^ et aussi inutile que de recommencer le siège de Troie. Mais ce qui est possible , mais ce qui est utile 9 mais ce qui se fait et se fera de plus en plus, c'est de ressusciter les sentiments de justice, d'admiration et d'amour que méritent les grands hommes et les grands saints que le catholicisme avait inspirés ; les grandes institutions que le catholicisme avait imprégnées de son esprit; les incomparables monuments que le catholicisme a fait jaillir du sol de l'Europe; c'est de puiser dans cette étude du passé la force nécessaire pour tenir tête aux adversaires présents et futurs de l'Église, avec la résolution d'élever et de maintenir le niveau des courages catholiques à la hauteur du cœur de nos pères. Voilà , qu'on le sache bien, ce que nous voulons ressusciter, et rien de plus, parce que cela suffit à tout!

Déjà que de résultats inespérés, que de réhabilitations précieuses dans le domaine de l'histoire, où les Allemands et les protestants nous avaient devancés, mais où nos prêtres et nos jeunes savants s'élancent chaque jour à la suite des Hurler, des DôUinger, des Gfrôrer! Le patrimoine de la vérité historique est déjà plus qu'à moitié reconquis. Nul ne rougit plus des saints, des doc* teurs, des papes du moyen âge. L'histoire-raensonge, l'histoire-parodie, l'histoire-déclamation, à la façon des Voltaire, des Dulaure et des Schiller,

GUAPITRK If. 45

qui ont fait réducatiou de nos pères, serait à peine tolérée aujourd'hui dans un feuilleton.

L'art a suivi l'impulsion donnée par l'histoire^ et l'a même dépassée. Toute une génération de jeunes archéologues, sortis des rangs du clergé comme de ceux des artistes, est descendue dans la lice pour arracher les sanctuaires de la foi au vandalisme, pour les sauver, les restaurer^ en pénétrer les plus secrètes beautés. Bien plus, le sol se couvre partout de nouvelles églises construites sur le modèle des édifices consacrés par la piété catholique du xi^ au xiv^ siècle : les règles et les produits de l'art chrétien sont étudiés avec le soin le plus scrupuleux et le plus attentif. Ce que le siècle dernier consacrait d'enthousiasme et de sollicitude aux débris de la corruption païenne déterrés à Pompéi et à Herculanum, nous le consacrons aux merveilles de la foi du moyen âge, ensevelies sous la lave dévastatrice du paganisme moderne. La renaissance de l'art chrétien triomphe en Angleterre, où cinquante églises ogivales conserveront à la postérité l'empreinte de la féconde imagination du regrettable Pugiu. Elle gagne chaque jour, en France, le terrain qu'envahit la persévérante activité de M. de Caumont et de M. Didron. £n Allemagne, grâce au pieux génie d'Overbeck et de ses disciples, elle enfante une école de peinture, dont les œuvres rivaliseront avec les plus suaves produits du pinceau de Fra Angelico et de Pérugin. Elle commence même à étendre son influence jusque sur le sol, encore rebelle , de l'Espagne et de l'Italie.

46 DES intérAts catholiques.

La liturgie, source des plus pures inspirations de l'art, trësor inexploré de la plus haute poésie, et avant tout aliment inépuisable de la piété orthodoxe, échappe, par un secours inespéré , au danger dont la menaçait Tesprit d'innovation et de localité. Dans la voie ouverte par les travaux d'un savant religieux ', dont les services iront accroître aux yeux de la postérité 1^ gloire de l'ordre bénédictin, nos plus illustres évéques ont porté tout le poids de leur autorité et de leur exemple ; les conciles provinciaux se prononcent l'un après l'autre; et Ton peut déjà entrevoir l'époque où deux ou trois diocèses à peine conserveront en France la trace de Pétrange aberration du xvm® siècle et prolesteront contre cette unité de la prière, qui confirme si majestueusement, au sein de l'Église catholique, l'unité de la doctrine.

Tout ce qui profite en France à la vie religieuse lui profite dans l'Europe entière : car, il importe de le constater, tout ce qui se remue, tout ce qui combat, tout ce qui souflVe aujourd'hui sur un point de l'univers catholique, éveille à l'instant et partout d'activés sympathies. Cette merveilleuse identité de goûts, de luttes, de volontés, d'institutions, qui régnait au moyen âge, malgré la lenteur et l'immense difficulté des communications, se reproduit dans notre siècle à la faveur des voies rapides que la science et l'industrie moderne ont ouvertes, sans le savoir^ à la force expapsive du

* Dom Guéranger, abbé de iolssmes.

GHIPTTRS II. 47

bidi). Pas une injure n'est infligée à TËglise, dans un coin quelconque du globe, qui ne retentisse aussitôt au co^ur de tous les catholiques. Pas une plaie nç se déclare qui ne soit aussitôt pansue par une tendre et fraternelle sympathie. Ce n'est plus, comme autrefois, la voix solitaire du pontife romain qui déplore, dans |e silence du Vatican, les maux de l'épouse du Christ : sa plaiqte , toujours toute-puissante devant Dieu , est aujourd'hui répétée, fortifiée, quelquefois devancée au tribunal de l'opinion humaine par l'énergique écho de la presse catholique dan^ les deux mondes.

Mafs que serait-ce encore que tous ces triomphes, tous ces progrès dans l'ordre intellectuel, dans r^rt, dans l'histoire , si la vie intérieure des peviplfs catholiques n'était pas renouvelée, si la foi, la charité, la piété ne pouvaient à leqr tour énumérer leurs pacifiques et bienfaisantes victoires? Ah! c'est ipi que j'invoque avec confiance le témoignage de ceux qui ont seuls mission de parler et de juger en cette matière ! Que les pasteurs de tout ordre nous disent s'il n'est pas vrai que, d6pui3 vingt ans, le progrès spirituel est incontestable, surtout dans la jeunesse, et dans la jeunesse instruite, dans ces classes aisées et éelairées qui fournissaient avec une impitoyable ré^ gularité autrefois à l'incrédulité un recrutement assuré. Sans doMte,le mal est encore immense; les vietime(| d'une édgcation publique insuffisamment épurée sont encore trop nombreuses; mais, à côté de ees pertes lamentables, que de couso-

làtions naguère inconnues! N'est-ce pas ici qu'il faut énumërer ces grandes associations destinées uniquement, loin des luttes et des préoccupations de la vie publique, à propager la simple et sévère pratique des devoirs chrétiens, et qui sont nées de nos jours, au milieu de nos découragements et de nos appréhensions? Cette société de Saint- Vincent de Paul , que nous avons vue naître, en i834, dans une chambre du pays latin y qui a transformé tant de milliers d'étudiants en tuteurs vigilants, en frères servants des pauvres, et qui compte aujourd'hui huit cent quatre-vingt-trois conférences, dont cinq cents en France, cent seize en Allemagne, et le reste dans les cinq parties du monde. Puis sa rivale, encore plus jeune, l'archiconfrérie du Saint-Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs, enfantée, en iSSy, par un simple prêtre, dans la paroisse la plus abandonnée, la plus décriée de Paris, et dont les annales constatent par milliers les paroisses, les congrégationsy les communautés agrégées à cet humble autel de Notre-Dame des Victoires, qui fleurit entre la Bourse et la Banque '. Puis encore cette œuvre majestueuse de la Propagation de la foi y créée par une pauvre fille déjà oubliée, dans un faubourg de Lyon, et devenue en quelque sorte une des grandes institutions de l'Église universelle; cette œuvre dont une prière quotidienne est le seul lien, et dont le budget, recueilli sou par sou, et semaine par semaine, dans l'épargne du pauvre,

> Le dernier résumé en compte dU mille guatn-vingMrois,

Page 1