‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 20 sur 70 · CHAPITRE II. 4g · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 4g

subvient à Féducation, aux voyages, à la subsistance de tant de missionnaires; alimente les catholiques opprimés de la Scandinavie et de FOrient, comme les chrétientés naissantes de FOrégon et deFAustralie; donne du pain aux martyrs du Tongkinget de la Polynésie, jusqu'au jour où ils montent au ciel, et suffît pour rejeter dans Fombre tout Fimmense efTort de ces sociétés bibliques qui savent bien prélever de For par raillions, mais qui n'ont jamais su enfanter un martyr.

Je passe sous silence nos associations vouées à Fenseignement avec leurs conquêtes récentes et chaque jour croissantes : j'aime mieux renvoyer au témoignage éclatant que leur rendait, il y a si peu de temps, une voix éloquente et non suspecte, celle de M. Guizot, en éuumérant devant son auditoire étonné les travaux, les progrès et les fondations des Frères de la doStrine chrétienne et de leurs émules des deux sexes '•

Mais à côté de ces grandes œuvres, qui sont la gloire de la France et le patrimoine du monde chrétien, que d'autres œuvres moins vastes, que d'autres associations moins nombreuses, mais qui sont la bénédiction spéciale de notre pays, l'honneur de notre temps, l'espoir, Funique espoir de notre avenir. L'œuvre de Saint-François-Régis, pour la légitimation des unions illicites; l'œuvre de Saint- François-Xavier, pour Finstruction des ouvriers; la Société d'économie charitable; l'œuvre de Saint- Maurice, pour les soldats; les œuvres des prison-

^ Discours à r Oratoire, en mai iSSa.

5o DES 1NTJ£H36tS CATHOLIQUES.

piers^ des apprentis, fies colqpies péDÎtentiaf.res, etc. Et où se recrutent toutes ces pieuses confraternités? N'est-ce p^s surtout parmi cette jeijpesse dont l'afïluence rend quelquefois nos églises trop étroites, et dont les rangs serrés autour de la chaire des Lacordairp et des Ravignan op^ tant de fois déjà coij^olé le cœur de leur pasteqf et déconcerté le regard di| scepticisme. Vienne maintenant le temps des épreuves e(. des luttes; vienne la persécution , §'il le faqt : TÉglise sait où se trouvera son armée! Elle est là, dans ces jeiines fiommes, dont )es ^îpés ^l entent chaque jour daps l'assemblée (}es hpmmes, et qui çhaqu|s jour aussi ouvrent Ipiips rangs à de rfpuvel^es recrues habituées aux luttes et aux sacrifices; qui ont déjà goûté les joies austères du devoir, de la prière, de la pénitence; qui savent d'où leur viendront toujours )a force, I9 lumjè.re, le courage, respérance ; soldats aguerris à vii^gt-cinq ans par le mépris de^ préjugés, par )g défaite de leurs passions, et pour avoir vaincu, en bataille rangée, le plus formidable des ennemis, le respect humain.

Oui, ils sont passés pour toujours ces temps où le respect humain régnait sans contestation, nonseuleme^it sur la place publique et dans les saloqs, n^ais jusqu'au sein des famjlles; où les femmes, les mères chrétiennes osaient à peine réclamer pour elles-mêmes une timide liberté, et remettaient au lit de mort ou à la lecture de leur testament le soin de rappeler un père, un époux, un fils, à la pensée de Dieu et d'une autre vie. Un tel état de choses peut encore exister dans certains

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intérieurs, dans certaines classe^, o^ les yeux n'ont pas encore éjté dessillés ; mais j'aflirme que, dai^s uqe foule de familles, c'est un état de choçjes qui n'est connu que par la tradition. Demandez à nos mères et à nos grapd'-mères comment les choses se pass^ierit 4^ leur temps, et vous les verr^;^ s'émerveiller de la simplicité, de la facilité av,ec laquelle leurs enfants confessept et pratiquent la foi qu'ils ont sucée ^vec le lait^ et que leurs pères oubliaient pompe lui.

Oui, voilà )a révolution, la vraie, la bonne réypliition qui s'est accomplie de nos jours, la seule qui cpnvienne à des chrétiens, la révolution de nos cœurs! J'ose dire que depuis deux cents ans, depuis la grande rénovation catholique de la France dans la première moitié du xvii® siècle^ il n'y a point eu de spectacle plus consolant et plus merveilleux.

Et comme pour combler la mesure des grâces que Dieu pous a accordées, pour imprimer à 1^ victoire un cachet incontestable, pour confondrje l'orgueil et la sagesse humaine, on a vu reparaître ces ordres religieux, ces moines qui étaient l'objet spécial de la hajne et (des mépris du monde rationaliste. I^e^ voilà qui sortent un à un de l'abime où l'on croyait les avoir précipités pour toujours; qui marchent avec une modeste confiance à la conquête des âmes ; qui , n'ayant que la pauvreté pour arme et pour refuge, luttent contre toijs les obstacles et toutes les tentations de la civilisation. Les voilà! non-seulement ces jésuites, dont la ruine, opérée par le criminel aveuglement des

Sti DES int^r:êts catholiques.

rois, a été partout l'avant-coureur de la chute des trônes, et qui partout répondent à leurs détracteurs par des prodiges de zèle, de patience et de charité ' ; mais encore les bénédictins, humblement courbés sur l'inefTaçable sillon que leur ordre a tracé dans toutes les sciences et toutes les gloires; mais les fils de saint Bernard, plus nombreux et plus austères dans leurs Trappes qu'on ne les avait vus au temps de Rancé; mais les dominicains, régénérés par un homme qui est un saint religieux avant d'être un admirable orateur; mais jusqu'aux capucins, dont le froc, si longtemps méprisé, excite encore plus de sympathie que de surprise. Les voilà! nonseulement à Rome ou en France, mais dans les cités enfumées de l'industrie anglaise; dans les landes de la Westphalie, où ils confondent les prédictions des novateurs; en Algérie, où ils attirent le respect des Arabes ; sur les rives des grands fleuves de l'Amérique, où ils défrichent les bois et les cœurs, comme autrefois les fils de saint Benoit aux bords du Danube et du Rhin. Les voilà au bagne, où ils convertissent les forçats; dans les champs et les forêts, où leurs labeurs dépassent ceux du plus robuste prolétaire; dans

s lU étaient à peine deax cents dans tout l*nnivers en i8oa ; aujourd'hui je ne crois pas me tromper en portant leur nombre à plus de quatre mille. Au milieu des persécutions qui, de 1840 a x85o, ont éclaté contre eux dans presque tous les pays de TËurope, cette milice d'élite n'a pas eu à déplorer une seule défection. Le nombre de ses novices s*est partout accru en proportion de la rage de ses ennemis.

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