CHAPITRE VII. lao
la sellette. Notre temps est condamne à voir successivement contester et défendre les choses nécessaires et les vérités évidentes. C'est une leçon et un châtiment pour son orgueil. Le plus triste est de penser que des voix religieuses se font l'écho de ces paradoxes serviles. Pour nous consoler, reportons-nous à ce beau jour où, sous les voûtes de Notre-Dame, comblée d'une jeunesse fervente et pure, le P. Lacordaire faisait l'oraison funèbre d'O'Connell , et disait aux détracteurs de la parole : « Tant qu'il reste une âme juste avec des lèvres « hardies, le despotisme est inquiet; il s'agite, il « se doute que l'éternité conspire contre lui. »
On poursuit enfin de ses sarcasmes le petit groupe de mécontents qui regrettent leur importance déchue^ et on plaisante agréablement sur les gens atteints de l'incurable maladie du pouvoir perdu et de la parole perdue .
Hélas! je le sais bien, le pouvoir parlementaire, comme tous les pouvoirs , a eu ses faiblesses et ses ridicules. Avant d'avoir ses détracteurs patentés, il a eu ses courtisans et ses flatteurs, ses importants et ses parasites, ses intrigants et ses espions , ses Dangeau et ses Fouché. Jl doit être permis de le dire à un homme qui a notoirement déploré les manèges et les intrigues des coulisses législatives. Mais, après tout, les couloirs d'une assemblée valent bien les antichambres d'un palais. Les orateurs et les tacticiens de tribune, malgré leurs ridicules et leurs faiblesses, restent bien en deçà des Dangeau et
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des Fduché du pouvoir absolu. On peut pleurer autre chose que le pouvoir perdu et la parole perdue, surtout quand on n'a jamais possédé l'un et qu'on a peu ou point usé de l'autre. On peut pleurer la liberté perdue, la dignité perdue. On peut gémir d'être destiné à traverser un temps où l'indépendance la plus modeste est dénoncée comme un acte de mauvais citoyen , ofa la seule chose qui ennoblisse l'homme dans toutes les situations delà vie, le caractère, n'a plus cours que comme une médaille fruste, propre à amuser le loisir des archéologues. On peut plaindre une société toujoui-s défaillante, un pays à la merci de tous les coups de main, qui se laisse toujours prendre par surprise, en se réservant tantôt de maudire et tantôt d'acclamer ceux qui le violentent. On a déjà connu des temps pareils; on sait le rang qu'ils occupent dans l'histoire. L'empereur Napoléon a essayé de faire passer Tacite pour une méchante langue ; mais Tacite n'en a pas moins fixé l'opinion du monde. Alors, comme aujourd'hui, il se trouvait des gens du bel esprit, fraîchement revenus d'Athènes, amants exclusifs de la belle littérature, pour se moquer des Thraséas; mais, quoi qu'on fasse, c'est aux Thraséas que reste le champ de bataille dans la mémoire du genre humain. Qui se souvient des dithyrambes en l'honneur de Gé$ar victorieux? Mais qui ne se souvient pas de l'hommage arraché par un reste de pudeur au client de Mécène, au flatteur d'Auguste :
Et cuncta terrarum subacta,
Prœter atrocem animum Catonis?
eHABITRE VIII. l3l