‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 47 sur 70 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

De ee qu'on pourriiU substltaer mi c«uTeriiement repréiienfatif, et de ce qui l'a pré^dé.

Pour serrer la question de plus près, je concède à nos adversaires que le gouvernement représenta^ hf ou parlementaire esl pourvu de tous les vices et 9 commis tous les crimes qu'ils lui imputent; je leur demande seulement par quoi ils comptent le rem<placer^ et comment ils entendent, à son défaut, garantir la liberté politique qu'ils désirent maint tenir?

Car, on voudra bien se le rappeler, noua ne discutons ici qu'avec ceux qui prétendraient n'a-t voir pus renié la liberté, mais seulement repQUs« ser le système constitutionnel ou parlementaire. Nous partons de ce principe, qu'il faut à tout gouvernement régulier et durable des limites, un con«trôle, un fre)n , un mécanisme qi^elconque qui établisse la pondération et l'équilibre des divers intérêts et des diverses opinions d'une nation. A ceux qui disent qu'un gouvernement n'a pas besoin de contrôle légalement formulé, qu'il en trouve en Dieu, et qui se contentent de reconnaitre son action dans les révolutions , je n'ai rien à dire. Leur théorie répugne à la nature

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de la société, à la dignité humaine, et à toute la tradition catholique jusqu'à l'époque de Philippe II et de Louis XIV. Il y a, comme nous l'avons déjà dit, des limites et des contre-poids jusque dans le gouvernement de l'Église : les repousser dans le gouvernement temporel , sous prétexte de difficulté ou d'insuffisance, c'est professer une doctrine indigne du nom chrétien, et démentie par l'histoire de tous les peuples chrétiens.

Mais à ceux qui veulent bien reconnaître la nécessité d'un contrôle, je demande humblement quel contrôle on peut substituer, dans l'état actuel de la société européenne , au contrôle des assemblées ?

Veut-on rétablir les fortes garanties , les institutions solides et séculaires du moyen âge? Nos adversaires, toutes les fois qu'on leur pose cette question, s'empressent de désavouer toute intention, toute espérance de ce genre. Mais je demande la permission d'insister sur ce point, qui me tient au cœur plus que tout autre.

J'entends souvent les écrivains que j'ai en vue vanter les institutions du moyen âge. Et tout d'abord je me réjouis de voir cette époque si pleine«ment réhabilitée, et cela à si peu de distance du temps où elle était encore désavouée, ignorée et quelquefois insultée par les meilleurs catholiques, sur la foi de Fleury et des auteurs gallicans. Mais j'ai peine à concilier cette admiration dans le passé avec les préférences et les éloges décernés à l'absolutisme dans le présent.

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Je crois parraitement, comme on a fini par s'en apercevoir, que le moyen âge , en tenant compte des éléments sociaux du temps, a été Tère d'un véritable gouvernement représentatif, beaucoup plus sincère et plus efficace, plus sérieux et même plus populaire que tout ce qu'on a imaginé depuis. Ce qui a fait la force et la durée du système représentatif en Angleterre est précisément ce qu'elle a conservé du moyen âge dans ses lois et dans ses mœurs. Dans ce pays, et seulement dans ce pays , la monarchie limitée du xiii** siècle a été transmise intacte au xvu^'. Mais, d'un autre côté, elle n'a conservé dans sa vie politique la liberté, la dignité, l'énergie, tout ce qu'il y avait de bon et d'utile dans le moyen âge, que grâce a ces institutions parlementaires qu'on réprouve, grâce à cette division des pouvoirs qu'on proscrit, grâce à cette influence réglée de l'opinion publique qu'on appelle factice et dangereuse. Dans un siècle de servitude, les Anglais avaient la liberté; voilà pourquoi ils ont aujourd'hui l'ordre dans un siècle d'anarchie '.

Je soupçonne beaucoup ceux qui admirent aujourd'hui la féodalité et le moyen âge, de les connaître fort peu : car je remarque qu'ils les louent avec aussi peu de discernement que leurs prédécesseurs en mettaient à les critiquer. Ils semblent croire que les rois de cette époque étaient en général des saints, ne voulant que le bien, entourés du respect et de l'obéissance de tous, et que leurs

^ Magaulat, Histoire de la ré\»olution de 1688. > Id., ibid.

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sujets ne peûsaient qu'à exécuter docilement leurs volontés. Rieii de moins exact : il y a eu, pendant tout le moyen âge^ une lutte permanente et très« prononcée entre le bien et le mal. Gomme ces deux (Mourants qui, arrivant en sens contraire du nord et du ttiidi) se i^encontrent sous les murs dé Constanlinople^ se côtoient^ s'enlre-mélentj et, en se parla* géant les eflbrts et les périls des navigateurs, emplissent le détroit du Bosphore; ainsi ces deux forces éternellement ennemies remplissent de leur lutte les annales du moyen âge. De trop bonne heure le mal l'emporta, et il finit par infecter et par refouler le torrent de vie pure et Sainte qui découlait des catacombes, et qui, pendant plusieurs siècles^ avait recouvert l'Europe des flots du génie et de l'enthousiasme chrétien. MaiS| à côté de l'esprit moral qui a présidé au moyen âge jusqu'à sa fin, et qui n'était autre que le catholicisme, il y avait un esprit politique bien Caractérisé) et qui, sous une forme aristocratique, avait constitué partout un vaste système de garanties et de restrictions imposées aux chefs héréditaires ou électifs des nations. Le clergé ^ la noblesse féodale y les corporations commerçantes) municipales, rurales, mille privilèges, mille usages traditionnels ^ tenaient l'autorité comme enlacée dads des liens inextricables. Les abus de pouvoir étaient fréquents; mais la confiscation absolue de tous les pouvoirs par Un seul, la personnification de tous les droits de la société en un homme, l'ab» dication de toutes les volontés au profit de celle du maître, tout cela était inconnu et impossible.

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