CHAPITRE I
par de longs et constants efforts : mais déjà le présent peut leur répondre de l’avenir. Sans doute, il reste encore beaucoup à faire pour arriver à un régime de liberté et d’équité parfaite; mais déjà le progrès est immense. Quand on sort d’un précipice en gravissant le flanc d’une montagne escarpée, il est bon de ne pas toujours fixer les yeux sur le sommet, de peur de se laisser aller p la fatigue et au découragement : il convient de se retourner quelquefois pour mesurer tout le chemin qu’on a fait depuis le fond de l’abîme, ne fût-ce que pour se rassurer sur ses forces, et pour justifier sa confiance dans le succès définitif.
La Belgique avait conservé plus fidèlement qu’aucun autle peuple les mœurs et les institutions du vieux monde catholique : le moyen âge n’y avait jamais été travesti par l’esprit de cour. Aussi a-t-elle été appelée la première à appliquer les conditions et à recueillir les fruits de l’action catholique dans le monde moderne. Sa nationalité; noblement reconquise, repose sur une constitution que ses enfants catholiques ont eu la gloire de lui donner et de défendre fidèlement jusqu’à ce jour. Elle a consacré tous les vœux et toutes les conquêtes du catholicisme dans les temps modernes :
l’indépendance absolue de l’Église , le libre
a8 UES INTÉRÊTS CATHOLIQUES.
choix des évêques par le vicaire du Christ, la liberté complète de l’enseignement et des Associations religieuses. Son territoire s’est graduellement couvert de monastères, de colleges, de fondations pieuses. Seule en Europe, elle a vu renaître une de ces universités comme on en voyait tant aux siècles de foi, uniquement consacrée à l’enseignement et à la défense de la vérité. Certes, le mal n’y est pas vaincu sans retour. Chaque jour, à laide d’une presse effrénée et dont les habitudes sauvages constituent pour la Belgique le plus grave danger, il s’efforce d’y reprendre son empire, d’y rétablir les traditions du joséphisme, et d’y implanter la corruption du matérialisme contemporain.
Forclos, par la constitution belge, de ses entreprises ordinaires contre l’enseignement et le droit d’association, il s’en est dédommagé par des atteintes odieuses à la liberté de la charité. Mais, au moins, le bien peut y combattre à armes égales; et il s’en sert pour maintenir les inappréciables conquêtes de i83o.
Quelques esprits craintifs semblent oublier aujourd’hui tous ces bienfaits et toute cette gloire, parce qu’il a fallu les acheter au prix de maint combat; parce qu’ils ne se peuvent conserver qu’au sein de cette lutte qui est la condition de la vie, et qui tourne quelquefois contre le bien; parce que le jeu des institutions