‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècleChapitre 3 sur 52 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

partout. Pour avoir prononcé son nom, Bernardin de Saint-Pierre était insulté en pleine Académie. Voltaire eût semblé trop réservé , et Rousseau trop mystique, au sein de cette société qui ne se dérobait aux préoccupations de la guerre et à l’infaillibilité des mathématiques que pour se délecter avec Parny et Pigault-Lebrun.

L’Angleterre, détournée du torrent révolutionnaire par l’éloquence de Burke et le génie de Pilt, contemplait d’un œil étonné les vertus et le courage de ces évêques et de ces prêtres catholiques que la proscription avait jetés par milliers sur ses plages; mais rien n’annonçait encore un changement prochain dans la législation barbare qui avait servi à extirper le catholicisme de la Grande-Bretagne, et à l’écraser en Irlande. Le bienfait de ses glorieuses et solides institutions était assuré à tous, excepté aux papistes indigènes. Son code était encore déshonoré par des pénalités sauvages contre l’exercice public du culte d’Alfred et de saint Édouard. Ses juges déclaraient, du haut de leur tribunal, que la loi ne reconnaissait à aucun catholique une existence légale. Les plus illustres races de son aristocratie étaient encore exclues de leurs sièges héréditaires à la chambre des pairs. Le plus courageux de ses sol-

() DKS INTÉRÊTS CATHOLIQUES.

dais ne pouvait dépasser le grade de colonel, s’il était catholique. Aucun mérite, aucun talent, aucun service, si éclatant qu’il fût, n’eût suffi pour ouvrir les portes de la chambre des communes à celui qui aurait refusé de jurer que la transsubstantiation était une idolâtrie, et la messe un sacrilège. Le roi Georges III aimait mieux priver son gouvernement du concours de Pitt , que de consentir à changer un iota à ces criminelles folies. Tous ceux qui parcouraient, il y a vingt ans, ce pays prodigieux, ont pu voir encore les impasses sordides, les hangars, les écuries où se glissaient les rares fidèles de Londres, pour assister aux saints mystères j et ces messes dites en plein air, où les Irlandais affamés, en haillons, se groupaient autour de leurs prêtres, en vue des cathédrales désertes et profanées qu’Élisabeth et Cromwell leur avaient volées.

En Allemagne, l’Église s’enfoncait de plus en plus dans cet abaissement , où elle semblait graduellement disparaître, depuis la fin de la guerre de Trente ans. Autrefois maîtresse de la moitié de cet empire que ses moines avaient défriché et que ses évêques avaient conquis sur la barbarie, elle allait perdre irrévocablement tout ce qui lui restait de son patrimoine. Une moitié en était déjà réunie à b France,

Page 1