‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècleChapitre 30 sur 52 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

jour nous ramèneàune appréciation plus vraie de ces grands siècles catholiques où l’Église était au-dessus de tout; où, grâce à elle, la théorie du despotisme était inconnue, la liberté rendue sainte et durable ; où par elle les monarques étaient contenus, les peuples protégés, l’autorité maintenue, l’art, la poésie, la beauté, consacrés sous toutes leurs formes au culte de la vérité; où la société, malgré l’inévitable alliage des infirmités humaines, portait et méritait le beau nom de chrétienté.

Siècleç merveilleux! et qui pourtant, grâce au plus inconcevable égarement, ont été pendant si longtemps oubliés ou décriés par la plupart des écrivains religieux.

Qu’on n’aille pas se méprendre sur la pensée qui préside à la réaction que nous signalons et que nous servons. Nous estimons autant que d’autres les avantages de la civilisation moderne. Nous ne contestons aucune des violences, aucune des iniquités qui ont déparé le moyen âge. Nous savons qu’alors, comme toujours, les grandes vertus avaient pour compagnes de grandes misères. Nous savons surtout que, si l’on peut parodier tout ce qui se rencontre dans l’histoire, l’on ne peut rien recommencer. Nous entendons nous battre avec la plume et la presse, non avec la lance et l’armet. Nous n’éprouvons pas la moindre envie

de chevaucher à petites journées de Paris à Lyon, et de nous déguiser en chevaliers bannerets ou en troubadours, comme les humanistes du xvi e siècle et les terroristes

du xviu e se déguisaient en Grecs et en Romains. Nous ne sommes pas des romantiques, mais des catholiques, c’est-à-dire des hommes de tous les temps et de tous les pays. Il ne s’agit donc pas de ressusciter le moyen âge : on le sait bien, et ceux qui nous opposent cette niaise appréhension le savent mieux que personne. Cela serait aussi impossible que de refaire V Iliade , et aussi inutile que de recommencer le siège de Troie. Mais ce qui est possible, mais ce qui est utile, mais ce qui se fait et se fera de plus en plus, c’est de ressusciter les sentiments de justice, d’admiration et d’amour que méritent les grands hommes et les grands saints que le catholicisme avait inspirés; les grandes institutions que le catholicisme avait imprégnées de son esprit; les incomparables monuments que le catholicisme a fait jaillir du sol de l’Europe; c’est de puiser dans cette étude du passé la force nécessaire pour tenir tête aux adversaires présents et futurs de l’Eglise, avec la résolution d’élever et de maintenir le niveau des

courages catholiques à la hauteur du cœur de ■ nos pères. Voilà , qu’on le sache bien, ce que

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nous voulons ressusciter, et rien de plus, parce que cela suffît à tout!

Déjà que de résultats inespérés, que de réhabilitations précieuses dans le domaine de l’histoire, où les Allemands et les protestants nous avaient devancés, mais où nos prêtres et nos jeunes savants s’élancent chaque jour à la suite des Hurter, des Dôllinger, des Gfrôrer! Le patrimoine de la vérité historique est déjà plus qu’à moitié reconquis. Nul ne rougit plus des saints, des docteurs, des papes du moyen âge. L’hisloire-raensonge, rbistoire-parodie, rhistoire-déclamation, à la façon des Voltaire, des Dulaure et des Schiller, qui ont fait l’éducation de nos pères , serait à peine tolérée aujourd’hui dans un feuilleton.

L’art a suivi l’impulsion donnée par l’histoire, et l’a même dépassée. Toute une génération de jeunes archéologues, sortis des rangs du clergé comme de ceux des artistes, est descendue dans la lice pour arracher les sanctuaires de la foi au vandalisme, pour les sauver, les restaurer, en pénétrer les plus secrètes beautés. Bien plus, le sol se couvre partout de nouvelles églises construites sur le modèle des édifices consacrés par la piété catholique du xi e au xiv c siècle : les règles et les produits de l’art chrétien sont étudiés avec le soin le plus scrupuleux et le plus attentif. Ce que le

siècle dernier consacrait d’enthousiasme et de sollicitude aux débris de la corruption païenne déterrés à Pompéi et à Herculanum, nous le consacrons aux merveilles de la foi du moyen âge, ensevelies sous la lave dévastatrice du paganisme moderne. Le beau livre de M. Rio sur la peinture catholique en Italie a révélé un monde nouveau aux amis du beau et du vrai ; il a remis à leur place dans l’admiration de nos contemporains les grandes œuvres et les grands artistes que la foule ignare des critiques et des voyageurs avait appris à mépriser, depuis les Médicis. La renaissance de l’art chrétien triomphe en Angleterre, où cinquante églises ogivales conserveront à la postérité l’empreinte de la féconde imagination du regrettable Pugiu. Elle gagne chaque jour, en France, le terrain qu’envahit la persévérante activité de M. de Caumont et de M. Didron.

En Allemagne, grâce au pieux génie d’Overbeck et de ses disciples, elle enfante unê école de peinture, dont les œuvres rivaliseront avec les plus suaves produits du pinceau de Fra Angelico et du Pérugin. Elle commence même à étendre son influence jusque sur le sol, encore rebelle, de l’Espagne et de l’Italie.

Oui, qu’on ne s’y trompe pas : c’est une nouvelle renaissance qui s’opère sous nos yeux , renaissance qui est la contre-partie de celle du

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