‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècleChapitre 31 sur 52 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

quinzième et du seizième siècle. J’en discuterai ailleurs la légitimité, la nécessité. Aujourd’hui je me borne à constater son existence. Elle est manifeste dans l’art , comme dans la littérature, comme dans l’histoire, comme dans la société entière. On se plaît à la nier, à la combattre. On critique telle construction, tel livre, telle tentative avortée, telle exagération puérile. On a raison dans le détail , on se trompe sur l’ensemble. Les échecs partiels, la fausse direction, les excès, les ridicules, ne changent rien au résultat général. Quoi qu’on fasse , la marée monte. Le flot marche. On ne sait pas, on ne voit pas bien ce qu’il gagne. Dans ses mouvements réguliers, mais intermittents, il semble reculer autant qu'avancer; et cependant chaque jour il fait sa conquête imperceptible, et chaque jour le rapproche du but fixé par l’éternelle sagesse et L’éternelle justice.

La liturgie, source des plus pures inspirations de l’art, trésor inexploré de la plus haute poésie, et avant tout aliment inépuisable de la piété orthodoxe , échappe , par un secours inespéré, au danger dont la menaçait l’esprit d’innovation et de localité. Dans la voie ouverte par les travaux d’un savant religieux 1 , dont les services iront accroître aux yeux de

* Dom Guéranger, abbé de Solesmes.

la postérité la gloire de l'ordre bénédictin, nos plus illustres éxéques ont porté tout le poids de leur autorité et de leur exemple; les conciles provinciaux se prononcent l’un après l’autre; et l’on peut déjà entrevoir l’époque où deux ou trois diocèses à peine conserveront en France la trace de l’étrange aberration du xvm e siècle, et protesteront contre celle unité de la prière, qui confirme si majestueusement, au sein de l’Eglise catholique, l’unité de la doctrine.

Tout ce qui profite en France à la vie religieuse lui profite dans l’Europe entière : car, ü importe de le constater, tout ce qui se remue, tout ce qui combat, tout ce qui souffre aujourd’hui sur un point de l’univers catholique, éveille à l’instant et partout d’actives sympathies. Celte merveilleuse identité de goûts, de luttes, de volontés, d’institutions, qui régnait au moyen âge, malgré la lenteur et l’immense difficulté des communications, se reproduit dans notre siècle à la faveur des voies rapides que la science et l’industrie moderne ont ouvertes, sans le savoir, à la force expansive du bien. Pas une injure n’est infligée à l’Église, dans un coin quelconque du globe, qui ne retentisse aussitôt au cœur de tous les catholiques; pas une plaie ne se déclare, qui ne soit aussitôt pansée par une tendre et

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