CHAPITRE lï
crifices ; qui ont déjà goûté les joies austères du devoir, de la prière, de la pénitence ; qui savent d’où leur viendront toujours la force, la lumière, le courage, l’espérance ; soldats aguerris à vingt-cinq ans par le mépris des préjugés, par la défaite de leurs passions, et pour avoir vaincu , en bataille rangée, le plus formidable des ennemis, le respect humain.
Oui, ils sont passés pour toujours ces temps où le respect humain régnait sans contestation, non-seulement sur la place publique et dans les salons, mais jusqu’au sein des familles ; où les femmes, les mères chrétiennes osaient à peine réclamer pour elles-mêmes une timide liberté, et remettaient au lit de mort ou à la lecture de leur testament le soin de rappeler un père, un époux, un fils, à la pensée de Dieu et d’une au- •tre vie. Un tel état de choses peut encore exister dans certains intérieurs, dans certaines classes, où les yeux n’ont pas encore été dessillés ; mais j’affirme que, dans une foule de familles, c’est un état de choses qui n’est connu que par la tradition. Demandez à nos mères et à nos grand’mères comment les choses se passaient de leur temps, et vous les verrez s’émerveiller de la simplicité, de la facilité avec laquelle leurs enfants confessent et pratiquent la foi qu’ils ont sucée avec le lait, et que leurs pères oubliaient comme lui.
Oui, voilà la révolution , la vraie, la bonne révolution qui s’est accomplie de nos jours, la seule qui convienne à des chrétiens, la révolution de nos cœurs! J’ose dire que depuis deux cents ans, depuis la grande rénovation catholique de la France dans la première moitié du xvn e siècle, il n’y a point eu de spectacle plus consolant et plus merveilleux.
Et comme pour combler la mesure des grâces que Dieu nous a accordées, pour imprimer à la victoire un cachet incontestable , pour confondre l’orgueil et la sagesse humaine, on a vu reparaître ces ordres religieux, ces moines qui étaient l’objet spécial de la haine et des mépris du monde rationaliste. Les voilà qui
sortent un à un de l’abîme où l’on crovait les
avoir précipités pour toujours; qui marchent avec une modeste confiance à la conquête des âmes ; qui , n’ayant que la pauvreté pour arme et pour refuge, luttent contre tous les obstacles et toutes les tentations de la civilisation. Les voilà ! non-seulement cesjésuites, dont la ruine, opérée par le criminel aveuglement des rois, a été partout l’avant-coureur de la chute des trônes, et qui partout répondent à leurs détracteurs par des prodiges de zèle, de patience et de charité 1 ; mais encore ces nou-
1 Ils étaient à peine deux cents dans tout l’univers en i8oa ; aujourd’hui je ne crois pas me tromper en portant leur