CHAPITRE III
en 1789, quelles sont celles qui se trouvent, a l’heure où nous sommes, avoir gagné quelque chose? Il y en a deux : la révolution et l’Église. Mais en dehors d’elles, point. Serait-ce par hasard le protestantisme? Non. La philosophie? Non. Le pouvoir temporel? Non.
Le libéralisme? Non, mille fois non.
Le protestantisme, tombé au rang de simple négation, n’est plus guère pris au sérieux par personne. Comme institution , il a laissé réduire au rang d’une section de l’administration civile ses églises officielles, docilement enchaînées dans l’antichambre de l’État, soumises à la surveillance, à la direction et à l’interprétation dogmatique des laïques. Comme théologie, il a vu son orthodoxie pâlir graduellement devant les doctrines vagues ou perverses qui ont envahi toutes ses universités et toute sa polémique. En Allemagne, nous savons déjà son irréparable décadence, et nous ajoutons que la Bible que Luther se vantait d’avoir découverte est aujourd’hui rejetée comme un tissu d’impostures ou de mythes par beaucoup de ceux qui se portent pour les héritiers directs de Luther et qui remplissent les chaires des églises réformées. En Amérique, comme en Angleterre, la vie s’est retirée de cette fraction du protestantisme qui se qualifie d’orthodoxe, et qui a con-
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serve une ombre d’organisation hiérarchique, pour se réfugier dans les sectes dissidentes, chez les adversaires déclarés de toute discipline et même de toute révélation. Comme en Allemagne, la doctrine de la réforme ne sert plus que de point de départ au rationalisme et à la démocratie. A Dieu ne plaise que je blesse aucune conscience honnête ! Je connais des protestants dont les illusions ne me font pas méconnaître les vertus; je sais qu’il reste çà et la une poignée d’hommes honnêtes et pieux à qui ne manqueras la bonne volonté de combattre les conséquences de leur principe : leurs efforts contre l’ennemi commun ne seraient pas dédaignés par l’Eglise; mais que peut-on attendre quant à présent, que peut-on craindre surtout d’une soi-disant Eglise divisée en mille sectes diverses, et qui n’a produit ni un prédicateur ni un théologien depuis la mort de Vinet et la conversion de Newman? Non, personne ne peut sérieusement compter sur le protestantisme pour lutter, soit contre l’Eglise, soit contre la révolution.
La philosophie! N’insultons pas à sa détresse; elle se tient sur la défensive; elle cherche à se faire oublier. En Allemagne, sous les disciples de Hegel , elle est tombée dans l’a-