CHAPITRE IV
du pouvoir qui lui ont valu la force qu’elle possède aujourd’hui, le mieux relatif que chacun ressent, le progrès manifeste qui chaque jour se révèle.
Qu’est-ce donc? Il faut le dire : c’est la liberté, rien que la liberté, et la lutte rendue , possible par la liberté.
La même cause a produit partout le même effet. Il suffit de citer l’Angleterre et O’Connell, la Belgique et sa constitution, la Hollande et l’Allemagne tout entière; en un mot, tous les pays que nous passions tout à l’heure en revue.
Je ne veux marcher qu’avec des précautions extrêmes; je me mets en garde contre ce paralogisme signalé par l’école : Curn hoc, crgo proptcr hoc. Je ne veux m’arroger aucun droit contestable. Je parle dans l’ordre des choses permises : je ne pose aucun principe; je ne promulgue aucune doctrine; je ne constate que des faits, et j’en tire des conséquences purement pratiques. Je ne consulte que l’expérience; je fais de l’empirisme, mais de l’empirisme de croyant, en regard de cet empirisme incrédule qui a dominé le monde moderne jusqu’à nos jours.
Mais sur ce terrain-là je proclame, sans crainte d’être démenti, que c’est à la liberté que nous devons, en fait, le succès merveilleux
et imprévu des intérêts catholiques. Oui, partout la lutte a profité à l’Église : partout, depuis la tribune de Westminster, du Palais- Bourbon et du Luxembourg, jusqu’à la prison des archevêques de Cologne et de Turin; et la lutte n’est possible qu’avec la liberté. Oui, la liberté politique a été la sauvegarde et l’instrument de la régénération catholique en Europe. Partout cette régénération a été d’autant plus complète et plus facile que la liberté a été plus sincère et plus sérieuse. Et j’ajoute que cette régénération n’a en lieu nulle part que là où elle a été précédée ou provoquée par la liberté politique, sous une forme plus ou moins imparfaite. Il n’y a qu’un seul pays en Europe où la religion catholique soit complètement enchaînée: c’est la Russie; c’est aussi le seul pays où la liberté n’a jamais existé.
Je remarque, en outre, que tous les hommes qui ont exercé une influence durable et profonde sur l’opinion catholique ont tous, tôt ou tard, aimé et servi la liberté. Je citais tout à l’heure O’Connell, dont le nom seul suffit; je citerai encore Balmès, qui, dans son écrit sur Pie IX , a si éloquemment proclamé l’union de la religion et de la liberté. Je citerai même le comte de Maistre, qui passait , à quarante ans, pour un jacobin, parce qu’il voulait, nous dit son fils, ces libertés justes et