‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècleChapitre 50 sur 52 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

honnêtes qui empêchent les peuples d'en convoiter de coupables *.

Faut-il maintenant que je m’explique sur ce que j’entends par liberté? Serai-je soupçonné de vénérer sous ce nom ancien et sacré les inventions de l’orgueil moderne, l’infaillibilité de la raison humaine , la sotte hérésie de la perfectibilité indéfinie de l’homme, la consécration de l’envie sous le nom d’égalité, l’idolâtrie du nombre sous le nom de suffrage universel et de souveraineté du peuple? En serai-je réduit à me défendre de toute complicité avec les prédicateurs de la liberté illimitée, absolue? J’espère que non. Ce quejjnme et ce que je désire, c’est |a li berté réglée, contenue, ordonnée, tempérée, la liberté honnête et modéré e j la liberté telle que l’ont proclamée, recherchée, conquise ou rêvée, les grands coeurs et les grandes nations de tous les temps, clans l’antiquité comme depuis la rédemption; la liberté, qui, bien loin d’être hostile à l’au-

1 « .... Les opinions du comte de Maistre étaient pour ces « libertés justes et honnêtes qui empêchent les peuples d’en ■< convoiter de coupables. Cette manière de voir, qu’il ne ca- « chait nullement, ne lui fut pas favorable, dans un temps « où les esprits échauffés regardaient la modération comme « un crime. M. de Maistre fut soupçonné de jacobinisme , et « représenté à la cour comme un esprit enclin aux nouveau- • tés, et dont il fallait se garder. » ( Istt/rs et opinions, i85i, t. I,p. 6.)

torité, ne peut coexister qu’avec elle, mais dont la disparition fait trop souvent dégénérer l’autorité en despotisme.

Encore une fois, je n’entends professer ici aucune théorie absolue, universelle, exclusivement applicable à tous les siècles et à tous les peuples. Je prétends seulement que , chez la plupart des peuples chrétiens, et dans l’état actuel du monde, la liberté est un bien, un bien relatif, non absolu. Sauf en ce qui touche aux lois directement établies et révélées par Dieu, je liens que l’absolu est en tout l’ennemi de la vérité, telle qu’elle s’adapte à l’infirmité humaine.

Donc la liberté peut et doit varier dans son application et dans son étendue, selon les temps et les lieux, selon les hommes et les choses. Mais, partout où elle existe, elle a cet incomparable avantage, qu’elle crée ou qu’elle réclame des garanties indispensables contre les abus du pouvoir. Elle les place dans des constitutions écrites ou traditionnelles , dans des lois qui lient réciproquement les peuples et leurs chefs, dans ces pactes qui, depuis l’origine du monde, ont toujours été la condition et le palladium des sociétés régulières et durables. Ces garanties sont toujours incomplètes, souvent éphémères; mais elles sont toujours nécessaires, toujours regrettables et toujours

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