CHAPITRE I
schismatique a accompli sur les rives du Dnieper et de la Vistule, la révolution athée est en train de l’imiter au pied du Saint-Gothard et du Grand Saint-Bernard. Le sacrilège y règne eu maître; les monastères, dont les premiers habitants .avaient civilisé l’antique Helvétie, disparaissent un à un; une tyrannie brutale y est exercée* au nom de la libel lé, suides populations désarmées, sur un clergé auquel on ne peut reprocher que sa trop grande résignation. Mais la vieille et robuste race de ces paysans, quoique écrasée par le nombre, résiste opiniâtrément au joug de la démagogie; il pèse sur leurs personnes, sur leurs biens, mais non sur leurs cœurs indomptés. Le sang du martyr Leu, de ce paysan de Lucerne assassiné par le radicalisme qu’il avait loyalement vaincu dans l’arène de la légalité; la captivité et l’exil de l’évêque de Fribourg, gages sacrés de cet amour de Dieu qui est seul fort comme la mort , ne demeureront pas une semence stérile. Et d’ailleurs, si Lucerne et les cantons primitifs sont devenus pour un temps la proie de l’esprit du mal, en revanche la métropole du calvinisme, Genève, a vu en frémissant le catholicisme reparaître dans ses murs. Les sages de cette orgueilleuse cité avaient cru faire merveille en obtenant du congrès de Vienne que des
l4 DES INTÉRÊTS CATHOLIQUES.
populations catholiques , enlevées à la maison de Savoie, fussent livrées au canton de Genève; ils ne calculaient pas que, grâce au principe de liberté religieuse inventé par leurs pères et retourné contre eux, ils introduisaient ainsi l’ennemi dans la place. Saint François de Sales n’eut pas été moins étonné que Théodore de Bèze, si on leur avait annoncé que, deux siècles après eux, il y aurait dans la ville de Calvin une presse catholique, qu’on y verrait deux églises catholiques, et quelles seraient trop petites pour contenir la foule des fidèles. Il y a deux siècles, je crois, on construisait à Genève des fortifications, avec des fonds provenant de souscriptions faites dans toute l’Europe protestante, au profit de ce boulevard de la réforme. Aujourd’hui le rationalisme est venu; il a rasé les bastions du protestantisme, et sur leur emplacement on voit sortir lentement de terre une nouvelle église catholique. C’est le cas de répéter, avec une satisfaction modeste mais légitime, la devise que les Genevois ont empruntée à la Vulgate et gravée sur la porte de leur cité : Post tenebras, spero tucem.
Sans doute encore, les deux péninsules du midi de l’Europe, l’Italie et l’Espagne, n’ont point encore parcouru tout le cercle de l’er-