CHAPITRE I
ligion dans ce grand pays. Il a fallu d’autres remèdes, d’autres leçons: les leçons n’ont pas manqué, les remèdes sont venus à leur suite.
Aujourd’hui, quel changement et quel progrès! Le protestantisme allemand, criblé des coups du rationalisme et du panthéisme qu’il a fait éclore, a perdu son âme : il ne subsiste plus qu’à l’état de corps artificiellement maintenu par le concours énergique de l’Etat. La vie réelle s’est retirée de lui; de doctrine, il n’eu a plus, il n’en ose plus enseigner. Qu’on aille voir ce qu’est devenue, dans la patrie de Luther, cette fameuse doctrine de la justification par la foi seule, doctrine si commode qu’on peut s’étonner qu’elle ne soit pas devenue le symbole de tous les libertins du monde : elle n’est plus professée nulle part. Qu’on aille compter le nombre des protestants allemands disposés à signer, dans son texte primitif, la confession d’Augsbourg : ils tiendraient tous dans une bourgade.
Il existe, à la vérité, un groupe intelligent et courageux de pi f/lis tes, dont le foyer est à Berlin, et dont il s’échappe de temps à autre un éclair de vérité , et même de justice, à l’égard du catholicisme; mais ils comptent, si je ne me trompe, plus d’adeptes politiques et militaires que de théologiens; ils rencontrent plus de sympathies sur le trône que chez le
l8 DES INTÉRÊTS CATHODIQUES.
peuple. En dehors d’eux, le protestantisme n’est plus qu’un nom qui sert de masque à toutes les théories négatives et destructives que la philosophie moderne a développées. Se dire pro lestant, c’est simplement déclarer qu’on n’est pas catholique, et quelquefois qu’on n’est plus chrétien. Au milieu de cette poussière du désert, le catholicisme surgit avec sa doctrine immuable et son austère discipline, tel qu’il siégeait au concile de Trente, et tel que dix générations de réformateurs sans postérité Font inutilement battu en brèche. 11 a traversé intact les guerres intestines et la conquête étrangère; il a bravé les diplomates et les juristes; if a survécu aux despotes et aux démagogues, à Joseph U et à Robert Blum. Tout ce qui semblait le plus propre à l'abattre n’a servi qu’à le propager et à le fortifier. Le vieil édifice du saint-empire romain, en s’écroulant, a. brisé la plupart des liens qui l’entravaient, et lui a ouvert des 1 voies nouvelles. C’en est fait die l’odieuse maxime de l’ancien droit germanique*: Cujus re.gio, il Uns religio, maxime qui assignait des limites territoriales à l’expansion de la vérité, et condamnait les populations à suivre en aveugles les caprices et les passions de leurs maîtres 1 . La Prusse, eu conquérant
1 En vertu de ee principe, consacré par la paix de Passau en i55a, les habitants du Palatinat durent passer quatre fois