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CHAPITRE IX

RUSES DBS JÉSUITES POUR RECRUTER DES SUJETS, AU MOYEN DBS COLLÈGES, DES CONGRÉGATIONS ET DES RETRAITES OU EXERCICES SPIRITUELS.

Commençons par rapporter mot pour mol quelques règles de la Compagnie de Jésus, où l'esprit perce assez sous la. lettre pour frapper les moins clair- Yoyai^.

« Que le provincial veille à ce que les nôtres n'engagent pas trop à entrer dans la Compagnie. » (1)

« Par des entretiens pariicuHers avec ses élèves, le professeur des basses classes leur inculquera des sentiments de piété, de manière à ce qu il he semble en attirer aucun à notre ordre : niais, s'il remarque quelque inclination de ce genre, qu'il s'en repose sur le confesseur. » (2)

Lorsque quelqu'un veut entrer au noviciat, on lui demande : < S'il est bien résolu à vivre et à mourir dans le Seigneur, avec et dans la Compagnie de Jésus, noire Créateur et notre Seigneur; et depuis quand , où et par qui la première inspiration lui en est venue. S'il niait que quelqu'un de la Compagnie l'y eût ex* cité, il faudrait poursuivre l'examen : mais s'il affirmait quelque iniervention^ des nôtres (bien qu'elle eût pu être licite et méritoire), cependant il semble que,

(1) inst. S. /., U 2, p. 80; Regulœ ProoindalU^ c. 4, R. 35.

(2) /bid. p. 203; Rolio sludiarum, ReguUB communes profesayrUms cUusium infmorum^ R. <;•

pour son plus grand avantage spirituel^ il faudrait lui prescrire un temps, afin que, réfléchissant sur ce sujet, il s'abandonnât tout entier à son Créateur et Seigneur, comme si personne de la Compagnie ne l'avait influencé (i). »

Au commencement du livre des Exercices spirituefs, il est dit dans la quinzième des annotations: « Celui qui donne les exercices à un autre ne doit pas le pousser à embrasser la pauvreté et à la promettre, plutôt qu'à l'opposé, ni à un genre de vie plutôt qu'à un autre (2). »

Le Directoire^ ou Guide des exercices, commentant cette règle de S. Ignace, s'exprime ainsi en parlant de ce que doit faire le directeur au moment de l'élection : « Son oflSce est de coopérer à la motion divine, non de la prévenir, mais de la suivre et d'y disposer l'âme de celui qui fait les exercices, en écartant les obstacles, c'est à dire les erreurs, les ruses (ou fraudes du démon), les affections et les inclinations désordonnées. Il ne doit pas le pousser vers un parti ou vers un autre, comme il est dit dans la quinzième des premières annotations. Car, bien que de sa nature il soit permis, et même méritoire d'exhorter à un choix plus parfait, cependant, pour que ces sortes de délibérations se fassent avec plus, de solidité, il est beaucoup mieux de laisser Dieu seul traiter avec sa créature, sans l'intervention d'un tiers, et surtout dans les exercices où Pâme se dispose à ce commerce avec Dieu, En effet, le choix d'une chosQ aussi importante

(1) ibid, t. i, p. 345, Examen générale, c. 3, % 14. {%) Ibid. t. 2, ÂwnotaHones quœdam, aliquid afférentes inielligentiœ ad exercitia spiritualia quœ sequuntur^ p. SOI •

qu'un état de vie ne doit pas s'appuyer sur la persuasion ou le conseil de rhomme, mais seulement sur la volonté divine ; autrement il faudrait craindre ce qu'a dit le Seigneur : Toute plante que n*a pas plantée mon père céleste sera arrachée {MBiïh.f XV, 13). 11 en résulte que celui qui dirige dans cette élection doit lui-même être à sa manière indifférent , afin d'exécuter ayec fidélité TouTrage quilui a été commis et confié, et de n'avoir pour but, pour objet de ses désirs, que le seul accomplissement de la volonté et du bon plaisir de Dieu, n^y mettant rien de son propre esprit. Car, ce serait mettre la faux dans la moisson du Seigneur (i). »

S. Ignace, dans Vannotation citée, avait déjà recommandé au directeur celte indifférence, cet équilibre de la volonté, afin de laisser le créateur lui-même traiter immédiatement avec sa créature, et sa créature avec lui (2).

Je comprends facilement la sngesse de toutes ces précautions. Car, comme dit le Guide des exercices, la voie de la perfection est ardue, via perse ardua; elle est exposée aux combats de l'enfer, et dans le cours de la vie religieuse les tentations et les difficultés seront nombreuses ; et le secours ne vous viendra pas de Thomme qui vous y a poussé^ si, levant les yeux au ciel, vous ne pouvez pas dire : le Seigneur seul fut mon guide (3).

(1) Ibid. p. 458 : Difeetorium in ExercHia spiritvalia S. P. N. IgnaHU c 24 ; Qualis esse débet quidiri^t electurum, §§ i et d.

(2) Ibid. : ExercUia spiritualia, p. 392. « DIctaiili exercllia staDdum est in quodam œquilibrio, sinendumque ut citra médium Creator Ipso cum crealara, et haec vlcisslm cum illo rem transigat. »

(5) Jbid. Direct^i p. 458.

Mais ce que je ne puis concevoir, c*est qu'on voie dans toutes ces règles, une manière adroite d'attirer les sujets. Quoi, recommander en général aux Jésuites de ne pas trop attirer à la Compagnie; faire une loi aux jeunes régents de ne pas parler de vocation religieuse à leurs élèves, même lorsqu'ils en remarquent en eux quelque signe; fermer la porte du noviciat à ceux qui afiSrmeraient que quelqu'un des membres de l'Ordre les y a poussés ; exiger du directeur une pleine indifférence pour le genre de vie que va choisir celui qui fait les exercices ; lui ordonner le silence et la neutralité dans une affaire que Dieu seul doit conduire ; c'est là de la ruse, du fanatisme, de la violence!... On pourrait en soupçonner peut-être si ce manuel de désintéressement et de prudence était destiné à la publicité ; mais, il est extrait de livres qui devaient êire secrets, et ne servir qu'aux Jésuites. IL n'est pas nécessaire de le prouver; leurs adversaires l'ont crié assez haut.

11 reste pourtant une grande, une énorme difllculté : ce sont les textes contraires accumulés par M. Quinet. Voyez donc qui de nous deux a fait un tour de passepasse.

Le Directoire ou Guide des exercices recommande de ne pas parler de retraite et de conversion à tort et à travers, et brusquement (importtme atque ex abrupto)^ mais avec discrétion et niodération {discrète et modeste), sans importuner, sans blesser personne (me molesUa aux offetmone) (1) ; et son fidèle interprète lui fait dire : « Pour attirer quelqu'un à la Société, il ne faut pas

(1) Ibid. p. 435. DirectOTium, c. 1 : Quonmdo inducendi sinf homines ad eaereUia, gg 2 et 3.

agir brusquemeni, ex abrupto (i). » Il confond donc rinviotion à devenir bon chrétien avec Tinvilation à se faire jésuite : il traduit Exerçhia spiritualia par SO' ciété de Jésus.

Le même livre parle de gens qui, trop faibles pour des méditations profondes ou de viriles délibéralions, se lourmenlentdans une lutte ihtérieure, dans une sorte d'agonie qui les opprime et les suffoque (m illa qucsi agonia opprimitur et mffocatur). Que conseille-t-il de faire dans ce cas? Tout simplement d'interrompre un exercice qui les fatigue, de les tirer de la retraite et de les renvoyer à leurs affaires. Mais que ces étouffements de Cagonie ont été une heureuse trouvaille pour M. Quînet! Elle valait celle des petites ficelles. Aussi, comme il en a habilement , éloquemmeni, loyalement usé! « Non, s'écrie-t-il, rien de plus profond, je devrais dire de plus infernal, n^a éléinvenlé (2). »

Au reste, que ces méprises ne vous étonnent point. C'est le même interprète qui, quelques lignes plus bas, a rendu hoc postremum (cette dernière circonstance) par jusqu*au bout (3), confondant ainsi un adjectif avec un adverbe, distraction dont les Jésuites ont porté la peine. Car on les croit plutôt coupables d'un crime que ces messieurs d'un contre-sens.

(I) III« t«çon, p. 192.

(3) Ibid., p. 194.

(3) /5W., p. 192. Voyez aax Notes et Pièces justificatives y n. 6, plusieurs autres textes matllés et non compris.

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