‹ Des JésuitesChapitre 13 sur 56 · LBS EXBIICIGES SPIRITUELS , IDÉAL DE LA COBIPAG!<IIE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LBS EXBIICIGES SPIRITUELS , IDÉAL DE LA COBIPAG!<IIE DE JÉSUS

Voilà le premier livre publié par les Jésuites. C'est une méthode de méditation religieuse > un manuel de retraite» composé par leur fondateur dans sa grotte de Manrèse, en 1522» imprimé vingt- cinq aos plus tard» en i 648.

Paul III Tavait approuvé la même année» après deux ans d*examen. 11 déclare les Exercices spirUueà remplis de piété et de samleté^ très utiles et salutaires à l'é' dijication et au profit spirituel^ des fidèles \ il ydijusqn'k louer» approuver et munir de son autorité apostolique tout ce qu'ils renferment» en généreU et en particulier y « omnia et singula in eis contenta (1). • Par un privilège singulier» c'est» je crois» le seul livre ascétique que le Vicaire de Jésus-Gbrist ait recommandé d'une manière aussi solennelle. Du moins n'en citet-on pas un autre dont yintroduction soit une bulle. Tout le monde n'a pas été du même avis que le premier pasteur des âmes. Fidèles, n'entendez-vous pas la voix de leurs nouveaux pasteurs qui vous crient : Prenez garde aux successeurs de Pierre? Us vous ont ouvert de dangereux pâturages; depuis trois

(1) Le texte original est en espagnol ; la version latine fut présentée à Paul III, en 1546. Jmt. S.J.^ t. 2, p. 387. Orlandinas, Hist, Societ, Jesu, 1. 6, n. 75.

siècles on y dépérit. Reste donc à savoir de quel côté sont les loups reyêlus de la peau de brebis.

Le livre des Exerciceê spirituels est aux constitutions des Jésuites ce que la source est au fleuve : il importait de remonter jusque-là. C'était trouver Torigine mystérieuse du Nil. MM. Michelet et Quinet Font peureusement entrepris; et que de merveilles ont payé les heures données à leur expédition mystique! Ils y ont vu une source où coule l'oubli des choses d'ici bas y comme dans les eaux du Léthé; où l'on boit 9 comme dan$ la coupe perfide de Gircé, l'abrutissement et la folie; une machine où l'on entre homme pour en sortir automate; où tous sont fondus dans le même moule, taillés à la même mesure ; n'ayant de mouvement et de vie qu'autant qu'il plaît au général des Jésuites de leur en donner. De Rome il tient les fils secrets qui les fait agir. Pour réduire une âme à cet état, pour disloquer la pensée sous cette machine d'Ignace, trente jours suffisent , triginia dies. Aussi l'exercice est-il violent en proportion de sa durée.

M. Quinet y a vu prîmd des honmies niaisement occupés à tracer sur un papier des lignes de différentes grandeurs qui répondent, suivant sa première relation, à là grandeur des pensées y et, suivant la seconde à la grandeur des péchés (i); secondement, de

(1) n« Leçon, premier tirage, p. 166 ; troisième tirage, p. 178. Une troisième relation portera peut-être qui répondent au wmhre des péehés.TuSiClisiïoh gagner Si\i en exactitude ce qu'elle perdrait en ridicule. Yoy. Inst, S, J., Eœerc, spirit.» t. 2, p. 394, Examen partieulare. Pour se oorrlger d'un irice en particulier, on s'examinera tons les jenrs, et l'on notera ses fautes par des points, sur des lignes dont la longueur devra aller en di-

malheureux patients enfermés dans des chambres obscures 9 qui , tantôt se prosternaient la face contre terre, tantôt se couchaient sur le dos, se levaient, s'asseyaient, passant ainsi par toutes les poses que pouvait réclamer le besoin de leur âme. Cinquième'ment, quelques-uns s'échappaient en exclamations ; Adèmement, d'autres avaient ordre d'avoir des visions ^ coûte que coule, et se tourmentaient à contempler Tenfer avec ses vastes incendies et ses monstres; ouvraient les oreilles aux plaintes et aux vociférations des damnés; subissaient des suffocations et des nau* sées en respirant une odeur putride de fumée, de soufre et de cloaque cadavéreux, en goûtant des choses les plus amèies, telles que des larmes, du fiel , le ver de la conscience, etc.

Mais ce qui surtout a piqué la curiosité du judicieux observateur, c'est la troisième manière de prier, qui; transformant T homme en machine à soupirs et à sanglots , le fait gémir y pleurer, s* écrier ^ suffoquer à l'instant précis, et dans f ordre où C expérience a démontré que cela était le plus profitable (1).

Il y aura bientôt huit ans, Paris fut aussi ébranlé par une singulière découverte. Herschel, au cap de Bonne- Espérance, avait, à Taide de son monstrueux télescope, aperçu et détaillé tout ce qui se passe dans la lune. Les presses ne pouvaient su£Bre à Tavidité des lecteurs ; et Ton faisait foule à la porte du libraire,

minaant comme le nombre des péchés. Voilà, siaon le texte, au moins le sens exact des règles et du tableau tracés par S. Ignace pour l'examen particulier. Je renvoie an passage des Exercices; il est trop long pour être rapporté.

(1) M.MIchelet, Vleçon^ p. 44, poMlm. M. Qninet, Xi* Leçon, p. 178, 179, 180, 181.

comme l'on vient de faire> pour la brochure de MM. Michelet et Quînet, au comptoir des imprimeurs^ unis. La relation était incroyable : mais on ciiait des autorités; d'ailleurs le silence des aslronomes de rinstitut était y comme aujourd'hui le silence des Jésuites, une preuve évidente d'adhésion, au moins d'embarras. Enfin le prestige disparut. Les spéculaleurs y gagnèrent ; le public en fut pour son argent; mais il regretta moins son illusion que ces cinquante centimes. Les tribunaux furent muets; les chefs du gouvernement furent attrapés comme les autres.

Et le Roi que dll-il? — Le Roi se prit à rlre(l).

Ce n'est pas la première fois qu'on a vu d'étranges choses dans la chambre obscure des Jésuites. Mais était-ce la peine de faire de nouveaux tableaux? Il fallait copier les anciens, car ils ont une poésie qui aurait dû tenter les pinceaux de MM. Michelet et Quinet. Ces messieurs, il est vrai, ne copient jamais, pas même les textes qu'ils citent. Comparez leur satire avec celle d'un ancien calviniste, et ne m'accusez pas d'affaiblir la frayeur qu'ils ont excitée.

€ Quels sont donc ces enchantements, ces sortilèges avec lesquels les papistes-jésuites bouleversent le cerveau des gens, dans certaines chambres écartées, soliiaires, où, au moyen d'une nuit factice, de ténèbres eh plein midi, de l'absence de toute lumière, ils maintiennent une perpétuelle mélancolie, une continuelle horreur? Malheur à qui s'y trouve pris! 11 peut bien , comme celui qui descendait dans

(i) Boileaa, ÈpUre iv, à Lamoignon,

l'antre de Trophonius, s'écrier sur le seuil : Adieu allégresse, adieu beau temps!

« De là, où entre un homme, sort un insensé, un tronc siupide, mort à tous les goûts du monde, ne vivant plus qu*à la tristesse et aux gémissements.

« Qui s'y trouve, ne voit rien, invisible à lui-même^ sinon quand l'un de ces sorciers, à Tair saisi et parlant à demi-voix, vient deux fois le jour lui donner certains signes magiques tracés en quelques lignes sur un bout de papier, qu'il laisse au misérable afin qu'en les ruminant il achève de s'enchanter luimême.

« Qui peut compter les chimères qu'ils forment, les fantômes qu'ils publient, leurs visions et leurs rêves? Ils pleurent, ils crient, ils rugissent , comme si la fumée de l'enfer leur mordait aux yeux, comme s'ils en semaient les flammes d'avance. Ils jurent de vivre dorénavant comme s'ils avaient à mourir chaque soir, de ne toucher les choses de la terre que du bout des doigts.

« Quand ils sortent enfin de là, stupéfaits, ils contemplent le monde comme s'ils venaient de naître et le voyaient pour la première fois. Ils le regardent , mais non avec les mêmes yeux qu'auparavant. On dirait qu'il a changé de face pendant leur absence. Ils n'y voient plus qu'une mer agitée par une tempêta , où le naufrage est aussi facile que le trajet est nécessaire. Aussi, à chaque pas, leur semble-t-il qu'ils s'égarent au se brisent. Ils finissent donc par se résoudre à gagner le port , en se retirant dans un cloître.

« Quant aux Jésuites, s'ils ont parmi eux quelque cerveau dérangé, ils le mettent dans cette fournaise , l'y recuisent, le refondent tout entier. A force de

coups de marteau, ils finissent par le dompter et le façonner à leur guise. De mou qu'il était, ils en font on homme dur à lui-même; d'indomptable, ils le rendent souple au joug de l'obéissance ; s'il est paresseux y ilB le remuent ; s'il chancelle , ils raffermissent (i). »

N'avez-vous pas remarqué que de tous ceux qui nous ont fait des relations sur la fantasmagorie de la chambre obscure des Jésuites, pas un ne nous a dit : je lai vue. Qu'ils fassent pendant un mois, triginta dieSy l€S exercices de S. Ignace; et ils auront droit d'en parler» Demandez aux deux professeurs du Collège de France dans quelle maison de la Gomipagnie delésus, sous quel maUre spirituel, ils ont essayé la gymnastique qu'ifs décrivent ; par combien de visions et d'extases ils ont passé; combien de fois, pour le bien de leur âme, on les a fait mettre sur le dos et sur le ventre , on leur a ordonàé de prier en cadence , et de suffoquer à timtant préds.

Mais , dira-t-on , ils ont lu. Lire et comprendre sont deux choses fort différentes. Le soldat romain qui tua, malgré la défense de Marcellus, le géomètre

défenseur de Syracuse, n'aurait pas ensanglanté les

iigDes mystérieuses qu*il voyait tracées, s'il les avait comprises. Les calculs du génie furent à ses yeux des traits de démence. Quoi, il se trouve des gens qui peuvent feuilleter un traité de géométrie sans y voir autre chose que des figures muettes et bizarres , parcourir une thèse de métaphysique sans y trouver de raison ; et vous vous étonnez que des hommes du monde n'aient rien compris à la doctrine d'uîie école que jamais ils ne fréquentèrent !

(i) Bartoli : Vita di S. Ignatio, 1. i (In Roma, 1659), p, 43.

Voulez-vous qu'ils aient entendu ce qu'ils ont a peine lu? J'y consens. Mais prenez-y garde. Vous allez défendre leur science aux dépens de leur bonne foi. Entrons dans quelques détails.

M. Quinet dit que S. Ignace campasaune physiologie, un manuel, ou plutôt encore la formule de t extase et de la sainteté (1). Or je le défie de montrer un seul texte du livre des Exercices spirituels où il soit question d'eactase, un seul passage où S. Ignace excite ses disciples aux ravissements. J'en conclus qu'il argumente sur un livre qu'il ne comprend pas; qu'il a traduit méditation^ examen de conscience » ou quelque moi semblable, par extase : et vous, vous soutenez qu*il nous a trompés avec connaissance de cause! Qui de nous lui fait plus d'honueur? 11 est vrai qu'à Tappui de son assertion, il cite ces mots servatis ubtque iisdem formuUs, Voilà bien le mot de formule; mais celui dV^^a^^ où est-il? Il s*agil dans le contexte de formules et de règles pour la méditation (2).

Mais y direz- vous, c'est une conséquence tirée de l'ensemble du livre^ Si quelque. chose peut faire connaître l'ensemble et le but d'un livre, c'est son titre. Or, voici le titre de l'ouvrage inculpé : Exercices spirituels pour instruire t homme à se vaincre kù-même, el à régler sa vie par une détermination libre de toute affection vicieuse (3). Se vaincre soi-même, dompter ses passions, est-ce prétendre à l'extase? Le royaume des .deux souffre violence: ce n'est pas à ses joies, c'est aux combats intérieurs, c'est aux triomphes sur les

(1) II« Leçon, p. 177.

(2) imt, S. J., t. 2, p. 414,, NotaMum porro^ etc.

(3) inst. s. /., t, 2i p, 595,

passions, qu'Ignace appelle ses disciples et qu'il les initie.

Convenons donc, pour sauver le plus possible rhonneur de M. Quinet, qu'il n'a pas réfléchi sur le tiire. Je réclame la même excuse pour la première page des Ectercicei. Elle renferme une considération purement philosophique sur la fin de l'homme; et ce premier exercice est^ dans le plan de l'ouvrage comme dans l'intention avouée de l'auteur, le pririàpe^ le fondement de tous les autres. Son titre luî^ même l'indique : Principium mve fimdamentum (1). Or, je vous le demande, si M. Quinet avait connu cette base de la méthode de S. Ignace, aurait-il pu sans mauvaise foi jurer ses grands dieux qu'elle part ton* j(nsr$ de timpresshn matérielle (2).

1) a entrevu quelque part, il est bien vrai, qu'on pouvait méditer la face prosternée contre terre, ou couché sur le dos, ou levé, ou assis. Mais avec un peu plus d*attentiott« au lieu d'y voir les évolutions successives d'une gymnastique incroyable à force de ridicule, il aurait découvert qu'il a'agit tout simplement du choix d'une posture plus ou moins favor%b\e à la réflexion, et laissée à la liberté de chaque indJTidu. S. Ignace tenait si peu au matériel de ses exercices qu'il dit à ses disciples: Promenez-vous, ou asseyez- vous si vous êtes fatigué; tenez-vous debout, ou bien étendez-vous à terre. Peu importe, pourvu que vous méditiez bien. Cependant lorsque dans la prière vous vous adressez à Dieu ou aux saints, prenez une attitude respectueuse (3).

0) ma.

(2) Ile leçon, p. 180.

(5} inst. S. /., t. 2 , p. 400, Add. quarta; p. 590, Annot. lertia. I. 3-

Mais que dire des trenU jours qui suffisent pour briser par cette méthode la volonté, la raison, à peu près comme un cavalier dompte son coursier? de cette fanfaronnade de S. Ignace, qui, fort de la vertu de son traitement empirique, ne danande que trente jours, triginla dies, pour rédmre une âme (i)?

Dans les apophtegmes commentés ainsi par M. Quinet, il est écrit : « Les exercices ne sont pas déterminés par le nombre des jours, mais par Teffet qu'on y cherche. Les uns y parviennent plus vite; les autres plus tard. C'est une affaire qui ne dépend pas de la longueur du temps, mais de la mesure du profit. Cependant la durée ordinaire des exercices est de trente jours ou environ (â). » L'interpfète loyal et fidèle ignorait-il ce texte, ou le connaissait-il? Je lui laisse le choix de la réponse. Moi, j'aime mieux accuser sa science : libre à lui de sacrifier auire chose pour sauver son diplôme.

11 m'en coûte de ne pouvoir le suivre pas à pas dans la route qu'il a tracée lui-même à nia critique. Mais nous n'en sommes encore qu'au titre ; et pour ne pas lasser mes lecteurs, je me résigne à sauter à pieds joints comme lui. £n Tentendant énoncer, dans les règles pour arriver à l'état de samteU, et souligner comme textuels ses primé, secondmnenty cinquièmement, sixièmement, \ous avez cru sans doute qu'il citait une énumération de S. Ignace (3). Détrompez-vous. H ^ enjambé non seulement le ierHà et le quarto, mais des

(1) M.Quinet.Ite Leçon, p. 178.

(2) jnst. S, J., t. 2, Exerc. spirit,^ Annotatio quartat p. 390; Plreclorium, cap. xvu, n° l. c. xxxix, n» 7, p. 452 et 471.

(3) llf> Leçon fPtiiQ.

et des exercices diCTérents, pour joindre des numéros qui n'avaient d*autre rapport que leur liai* son arithmétique. C'est une peccadille.

Ce n'est plus à la science mystique du commentalear des exercices qu'il faut s'en prendre, c'est à son oubli du premier, du plus connu de tous les livres. Aurait-il eu le courage de trouver de la fantasmagorie dans les grandes figures de la contemplation de l'enfer, s'il s'était rappelé que tous leurs traits sont empruntés à la sainte Écriture?

< Si quelqu'un adore la bête et son image,... il boira du vin de la fureur de Dieu , vin pur dans le calice de sa colère; il sera tourmenté dans le feu et (bns le soufre en présence des anges... et la fumée de leur tourment s'élèvera dans les siècles des «iècles (4). »

« Elle ouvrît le puits de l'abîme : et 11 s'éleva une famée semblable à celle d'une grande fournaise (2). »

«Quant aux timides, aux incrédules,... et à tous Im menteurs, leur partage sera d'être dans l'étang brûlant d% feu et de soufre (3). »

^ Là seront des pleurs et des grincements de dents. »

* hns la géhenne, dans le brasier inextinguible, le ?erqui ronge les pécheurs ne meurt pas, et le feu ne s'éteint jamais (4). »

< Et les habiUnUs de ta Jérusalem nouvelle sortiront, et ils verront les cadavres des hommes qui ont prévariqué contre moi : leur ver ne mourra point et leur feu

(1) Apocal., c. xiv« V. 9, iO et 11.

(2) HHd» c. IX, V. a.

{à) ipocal., c. XXI, V. 8.

(4) Matlb., c. vni, v. 12; Marc, c. », v. 4i, 45, 44, 45»

ne s'éteindra jamais, et leur vision sera pour tout œil jusqu'à satiété (i). »

Qu'on me permette donc encore une fois de soupçonner les connaissances ascétiques et bibliques de M. ^uinet, plutôt que sa loyauté ou son respect pour les paroles de Jésus-Christ, de S. Jean et d'Isaïe. 11 est vrai qu'on ne rencontre pas de monstre dans les tableaux que je viens d'indiquer, comme dans la citation du célèbre professeur; mais il ne s'en trouve pas non plus dans le texte qu'il a prétendu fidèlement traduire. C'est encore une peccadille à lui pardoïkner.

Le cas devient de plus en plus grave. Ce qu'il dit de la troisième manière de prier, ferait croire qu'il a peu d'habitude de la prière vocale. Le texte porte : Troisième manière de prier , par tin certain accord de paroles et de repos, per quandam vocum et temporutn commensurationem ; c'est à dire, de mots prononcés et de pauses données à la méditation de ces mots, pour enpénétrer le sens. Ne récitez pas machinalement le Pater, VAve, le Credo; mais arrêtez-vous entre chaque parole autant de temps qu'on en met à respirer (2).

S. Ignace ne dit-il pas précisément le contraire de ce que son plaisant interprète lui fait dire? M. Quinet n'avait donc pas compris les lamentations de son pieux collègue sur les ruines de l'Église et le marmot" tement des prières, lorsqu'il s'écrie : « Ce qui reste ,

(1) Isa., c. Lxvi, V. 24.

(2) Inst, S. J., t. 2, p. 417. «c Javat hic modos, at assoescamus facere orationem vocalem cam attentlone et devotione débita, ut servemas lUad apostoli : orabo spirita, oratK) et mente. (I Cor. XIV, 15.) Quare hoc exercltlam est valdè aille Ils qol obllgall sont ad horas canonicas, vel ad alias oratlones vocales. » Direct, c. xxxvu, no is, p. 478.

c'est une machine qui joue la religion, qui contrefait Tadoration, à peu près comme en certains pays de rOrienl les dévots ont des instruments qui prient à leur place» imitant par un certain bruit monotone le marmottement des prières (1). »

Ne puis-je donc pas renvoyer les paroles suivantes de M. Michelet à son ami : « Nous voilà descendus bien bas... Il se fait de grandes ténèbres... Quels signes de croix ferait S. Louis, s'il revenait (et vous entendait) (2)!»

Cependant, en prêtant à M. Quinet la meilleure volonté du monde, J'avoue que Tordre de suffoquer à chaque mot a dû l'embarrasser et le scandaliser. Car il a lu « que l'on observe bien les intervalles égaux entre les aspirations, les suffocations et les paroles. » Mais où donc ra*t-il lu? C'est dans sa citation, dans sa traduction, et non pas dans le texte latin, qu'il a eu du reste la loyauté de transcrire en note, paria anhelituum ne vocum interstitia observet. Oh ! mon ami, votis voilà descendu bien bas.., S. Louis ne resterait pas deux jours (au collège de France). Il aimerait mieux retourner en captivité chez les Sarrasins (et s'en remettre à leur fidélité) (3).

Suivent, dans la brochure de M. Quinet, deux pages délirantes, terminées par de grands mouvements d^éloquence. Je lui en fais grâce ainsi qu'à mes lecteurs. J'en ai dit assez, je pense, pour montrer que le mal n'est pas dans la source où les Jésuites s'abreuvent depuis trois siècles, mais dans la fidélité de

(i) M* Michelet, YI» leçon, p. 102.

(2) M. Michelet, iM.; Introd.y p. 23.

(3) tm.

celui qui y jette le poison à pleines mains, et s*écrie : Voyez et goûtez s'ils ne boivent pas Tabrutissement et la mort. Ne croyez-vous pas entendre Scarron ou La Motte Houdard s'écriant : Messieurs, voilà du Virgile, voilà de rHomèref II ne manquuit plus à M. Quinet que de faire ^ lui aussi, comparaître rombre du grand homme pour le complimenter. J'aurais voulu rendre sur-le-champ à S. Ignace son hef-d'œuvre tronqué et défiguré. Mais une dissertalion grave sur la nature des exercices spirilttets, pourrait effrayer ceux de mes lecteurs qui, comme La Motte, n'aiment pas, au moment du combat, les discours longs et sérieux. Il en est d'autres du contraire qui, non contents de voir réfuter l'erreur, désireront connaître la vérité. C'est à ceux-là que je dédie mon étude sur le premier livre de la Compagnie de Jésus. Je l'ai rejetée à la fin de la première partie en forme d'appendice.

Page 1