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CHAPITRE S

DE L*ÊDtJCÀT10N DES IÉ8C1TE8.

« Pus un homme en trois cents ans! » L'exclamation est de M. Michelet : M. Quinet la prouve. Car l'un soupire , l'autre argumente ; et nous avons vu comment. Vorci sa thèse en résumé. Des Exercices spirtmets, éducation mécanique, il ne peut sortir que des automates ; Cobéissance aveugle pèse sur le génie comme la main glacée de la mort sur le front du cadavre; une règle athée est le tombeau de l'âme et de l'enthousiasme; une philosophie qui interdit l'étude des grands sujets et des questions nouvelles , resserre l'esprit humain, rend les progrès de la science impossibles : d'ailleurs l'orgueil castillan de Loyola , voulant empêcher qu'aucun des siens mon -

àtàsa hauteur, leur imprima la nécessité systématique de réprimer les grands instincts , et de développer les petits. Se ranger sous sa loi, ce n'est donc rien autre chose que faire vœu de médiocrité morale (i).

Ces formidables conséquences, M. Quinet les tire, le livre en main , de l'institut même des Jésuites. Or nous avons vu avec quelle fidélité il mutile, il interprète les livres qu'il cite. La question de droit jusqu'à nouvelle preuve, ne saurait donc embarrasser.

(1) M.. Michelet : P' Lepon, p. 44; II« Uço% p.5l ; lY* Uçon, p. 80.— M* Quinet, passim.

Mais le fait est là : les deux accusateurs de la Compagnie de Jésus l'invoquent contre elle ; il faut Fexamîner.

A Tœavre on connatf TarÙsao.

^ L'éducation des Jésuites a pesé sur deux classes d'hommes ; sur eux-mêmes, et sur les élèves qu'ils ont donnés à l'État et à l'Église. Voilà deux questions historiques diJQTérenles. Répondons successivement à Tune et à l'autre par des faits.

Cérutii, réfutant la même objection, disait en 4762: « Que penser d'un homme qui condamne comme vicieuse et barbare une éducation qui a formé tant de grands hommes dans i'épée ? les Bourbon, les Çondé, les Contî, les Bouillon, les Rohan, les Soubise, les Luxembourg, les Villars, les Montmorency, les Duras, les Brancas, les Gramont, les Boufflers, les Richelieu, les Nivernois, les Moriemart, les d'Etrées, les Broglie, les Choiseul, les Beau veau, les Créqui, etc., etc.. etc. Tant de grands hommes dans l'église : les La Rochefoucauld, les Polignac, les Fléchier, Jes Bossuet» les Huet, Ips Bissy, les Mailly, les Fleury, les Tencin, les Rochechouart, les de Luynes, les Lan guet, les Belzunce, etc. Tant de grands hommes dans la robe : les Lamoignon, les Séguier, les Pontchartraîn, les Bignon, les Novion, les d'Argenson, les de Mesme, les Talon, les Lejais, les d'Aligre, les d'Ormesson, les Portail, lés Le Bret, les Pothier, les Bouhier, les Montesquieu, les Maupeou, les Pelletier, les Amelot, les Nicolaï, les Mole, les Hénault, etc., etc. Tant de grands hommes dans les lettres et dans les sciences : les Juste-Lipse, les Régis, les Descartes, les Cassinî, les Varignon,

les Malézieux, les Tourneforty les Corneille, les Rousseau, les Crébillon, les Molière, les Fontenelle, lesLamonaye, les Mairan, les Buffon, les d'Olivet, les Voltaire, les Gresset, les Pompignan, les LaComdamine, etc., etc., etc. (1). »

Voilà donc les automates que l'éducation mécanique des Jésuites a donnés à la France ; les petits in»lincts qu'elle s'est plu à développer. Je pourrais joindre à cette liste, d'ailleurs fort incomplète, les grands hommes que la Compagnie de Jésus emmaillota dans le reste de TEurope. Mais en voilà plus qu'il n'en faut pour repousser l'insulte.

Quels noms représentent, au plus beau siècle de notre patrie, la poésie et l'éloquence, le génie militaire et la philosophie, l'épiscopat, la science et la magistrature ? Ne les avons-nous pas rencontrés pour la plupart dans les cadres historiques des collèges qu'on accuse ? Corneille et Racine ; Molière et Laîontaine; Fléchier, Bossuet, Fénélon, Bourdaloue; le vainqueur de Rocroi et Turenne son émule-, Descartes et Pascal ne font-ils pas l'orgueil de la France? ^bbien, sur ces douze génies, sept burent à la source qtf on appelle tarie, empoisonnée (2).

(1) Apologie de Vinstitut des Jésuites, c. xx (édit. de i763).

(S) Bossaet fit ses ëlades classiques chez les Jésuites, àDijon, et sa philosophie, seulement, à Paris, an collège de Navarre. Voyez son histoire par le cardinal de Baasset, 1. 1. Céruttl cile aussi Fénélon parmi les élèves des Jésuites. Sur quel fondement? Je Tignore. Les historiens que j'ai consultés aUeslent seulement ses relations intimes avec les membres delaCompagnie de Jésus qu'il aimait et estimait beaucoup. QQandmême la critique retrancherait quelques autres noms «ieeellellsle Imposante, qu'y gagneraient les accusateurs du

On me dit» et je le comprends, que c'est user de ruse et changer la thèse, que de substituer aux mai* très accusés des hommes célèbres par leur mérite personnel, qui, une fois sortis des collèges, grandirent sous rinfluence nationale, développèrent les dons de la nature loin de l'ombre létbifère dont les Jésuites avaient couvert leur berceau. Mais ou bien c'est pour les élèves qu'ils forment, ou bien c'est pour euxmêmes que vous redoutez l'effet de leur discipline morale et scientifique. Dans le premier cas, les ombres des plus grands hommes de la France se lèvent pour vous rassurer. Voltaire lui-même vous dira s'il a eu à se plaindre de la stérilité littéraire de ses maîtres. A peine sortis de leurs mains, il fixait déjà Tattention de la France : à vingt et un an, il avait commencé la Henriade (1)« Bossuet à quinze ans était encore élève des Jésuites ; à seize ans Paris l'admirait comme un prodige.

Mais si c'est pour les Jésuites eux-mêmes que votre philantropie s'allume, écoutez une seconde fois Cefutti (2).

< Que penser d'un homme qui veut être juge en matière de belles-lettres, et qui trouve si peu de bons ouvrages de littérature au milieu de tant d'écrits,

îtaHo studiorum. Le nombre des hommes célèbres qu'il a formés serait toujours assez grand pour le défendre. D'ailleurs les vides pourraient être abondamment remplis par les élèves oubliés ou négligés dans cet aperçu rapide.

(i) On rapporta, dit-on, au P. Porée que Voltaire, son élève, avait dit de lui qu'il ne savait pas faire les vers français : Au moins mes élèves les font-ils bien, répondit le modeste professeur. >.

(2) Apologie des Jésuites, c. 20.

fruits immortels d'un Perpinien, d'un Gossart, d*tm Bouiiours, d'un Vavasseur, d'un Rapin, d'un la Rue(l), d'un louvency, d'un Gommire, d'un Frison, d'un Vftaière, d'un Le Fôvre, d'un Folard, d'unPorée^ d'un Brumoy, d'un Giannettazi, d'un Garpani, d'uQ Lagomarsinî, d'un Masenius, d'un Yallius, d'un SidroQJus, d'un Sarbievius, d'un Bencius, d'un l^ii, d'un Ferrari, d'un Sanadon, d'un Baudory. d'un Buffier, d'un La Sanle, d'un André, d'unDesiMllons, etc. (2) ?

«Que penser d*un homme qui veut être juge en Mière de philosophie, et qui parmi les philosophes (3) de réputation, ne compte ni Esparsa, niArnaga, niFonseca, ni Perez, ni Seheîner, ni Kirchef , oiFabri, ni Cabée, ni Gasati, ni Lana, ni Lieutattd, niBoDfe, ni Pardies, ni Gouy, ni Renaud, niGaslel, ûiPaalian, etc., etc., etc.? »

W Cet orateur élOQueot ^ait en même temps «n p«ète sa- ^'^. Si 88« poésies latioe« avalent liesola d'éloges, noas (dirions qu'elles ont eu pour admUrataar et même pour tradue* leur le grand Corneille.

-1 U se pourrait faire que plusieurs de ces célébrités fussent peu connues ou médiocrement appréciées par certains ^^tm ; mais comme il est encore quelques hommes qui ofl( droH de safTrage en ces matières, indiquons au moins le léifioigQa]ge du 'véoérable traducteur de Sannazar, de Tida, etc. ^0 peut voir cdDMae 11 s'exprime k ce sqjet dans sa préface 3B |)oème Jéms mftgnl, |iar le P. Thomas Gèva (Paris, 4843), PH-iY,cxvj-.cxiij.

(^) L'auteur^ suivant en eeci la division ordinaire des classes loi place l'étude de la physique dans le cours de philosophie, ^rèuQi dans une seule indication les philosophes proprement <^i(s et les auleurs qui ont écrit sur les sciences physiques i^^ilomphie naturelle).

- dOS -

fn« Que penser d'un homme qui veut être juge eu matière d'éloquence, et qui trouve à peine deux ou

trois orateurs parmi les de Lîngendes, les Texier, les Lacolombière, les Bourdaloue, les Cheminais, les La Rue, les Scarga, les Vieira, les Segneri, les Giroust, les Bretonneau, les Lombard, tes Dufay, les La Pesse, les Pallu^ les Guny, les Segaud, les Pérusseau, les de Neuville > les Griffet, les Le Chapelain^etc, eic, etc.?

« Que penser d'un homme qui veut être juge en • matière d'érudition, et qui à Petau et à Sirmond n'associe ni un Bollandus , ni un Heschenîus, ni un Pabebrok,, ni leurs continuateurs; ni un Fronton du Duc, ni un Lacerda, ni un Delrio, ni un Laccary, ni un Pedruzzi, ni un Piovène , ni un Vitry, ni un Hardouin, ni un Souciet, ni un Labbe, ni un Brîet, ni un Germon, ni un Garnier, ni un Gretzer, ni un Abram, ni un BalthuSy ni un Ménétrier, ni un Tourneniine, ni un Decolonia, ni un Oudin, ni un Froelich, ni un Keri,ni un Nicolai, ni un Panel, ni un Burie), ni un Lazzerî, ni un Gordara, ni un Decker, ni un Gaubil, ni un Parennin, ni un Sicard , ni ce Berthier, qui par ses jugements a été si longtemps l'oracle des hommes de lettres, et qui, par ses écrits et par ses mœurs, sera toujours leur modèle; ni ce Brothier, qui fera douter un jour s'il a suppléé ou retrouvé Tacite, etc., etc., eic? « Que penser d'un homme qui veut être juge en matière de mathématiques, et qui reconnaît si peu de mathématiciens dans la foule célèbre des Clavius, des Guldin, des Tacquet, des De Châles, des Fournier, des Grégoire de Saint-Vincent, des Schall, des Verbiest, des Koegler, des Gerbillon, des Grandami, des Grimaldi, des Riccioli, des Laloubère, des Hôte, des

, des Mairci des Bôseovieh, des Ximenes» des Rîccatiy lied Hell, des Huberti, des Pezenas, des Be« raod, etc. (i).

I Que penser d'un homme qui veut être juge en matière d'histoire , et qui parmi les historiens de considération se contente de nommer Mariana et Bougeant, sans Taire mention ni de Strada» ni de Haffei, ni de Tursellin, tous trois célèbres par une latinité etpiaspure et plus majestueuse que celle de Mariana; ni de Daniel^ ni de Duhalde, ni de Le Comte, ni de Bartoli, ni de d'Orléans, ni de Maimbourg, ni de VerJQs, ni de Gbarlevoix, ni de Balbinus, ni de Martini, ni de d'Avrîgny, ni de Duchène, ni des auteurs <ie l'hisloire de l'Église gallicane, ni de ceux de l'histoire romaine, malgré leur style quelquefois minutieux, quelquefois ampoulé; ni de l'historien du peuple de Dieu, malgré ses paradoxes hasardés et ^opinions condamnables; ni de celui de Zénobie ^Ues révolutions de la Chine; ni de celui dePé- \ etc., etc., etc.

< Qoe penser d'un homme qui veut être juge en

(^J Irlande a dit : « Parmi les calomnies que la rage des prô* ^esfaQ(8 et des Jansénistes exhalait contre eux (tes Jésoites), ^remarquai La Ghalotals, qui porta rignoraace et l'aveugle- ^eot jQsqa'à dire que les Jésuites n'avaient pas produit de OâtbéiBaticiens. Je faisais alors la table de mon astronomie; i^inis QQ article sur les Jésuites astronomes; leur nombre Mitonna. J'eus occasion de voir La Ghalotais â Saintes» en '^73: Je loi reprochai son injustice; il en convint. » La singumé du témoignage rendu aux Jésuites par ce philosophe ^omèlrc m'aurait engagé â le rapporter tout entier, s'il n'avait ^ reproduit déjà plusieurs fois. Voyez les Annales philoso'^ *%««, mûraUi, etc. {Paris, isoo), 1. 1, 229 et sulv. I. • A

matière de controverse et de tfaéologie, et qui ea ex- 4^ptant Maidonat et Bellarmiiiy condamne à Toubli et un Masius, et un Cornélius a Lapide ^ et un Ribera, «t un Bonfrerius» et un Menochius, et un Viguier^.et on Sanctius, et un Molina« et un Suarez, et im Lessius, et unVasquezy et un Becan, et un Tîrin, et un •Tolet, le partisan et Tami d'Henri iV, et un Théophile Rayaaud, et un Simonet» et un Benedettî^ et un •Scheffmacher, et un Seedorf, et un Hutb, etc., etc. » Dans ce dernier article, le célèbre Lugo, et bien •d'autres nbéologiens, controversistes, canonistes, ou hiierprètes de l'Écriture sainte, sont passés sous 'Sflenee ; peut-être par égard pour la futilité du dlxhultlèine siècle.

- Quelques lecteurs pourront trouvée ces listes chargées; d'autres les trouveront au contraire fort ineomplètes : ils s'étonneront de ne pas y voir figurer Sckhel, le Linné de la nuinismatique; Lanci et Lupi^ -ces deux antiquaires si distingués; Possevin, Andrès» Tiraboschi et Dobrowski, connus de tous tes savants ipour leurs travaux sur l'histoire^ littéraire; le linguiste Hervas; Hartzheim^ Hansîz, Pray, Farlati, Goleti et Terreros, dont les recherches historiques et diplomatiques méritaient bien quelque mention ; Horcelii, le maître de l'épigraphique ; Zaccaria , qui a écrit sur vingt sujets divers sans presque jamais fléchir, et a laissé cent six ouvrages imprimés; l'historien Masdeu; les latinistes Boscovich, Cunichy Zamagna, Gordara, Balde, Gazet, Sautel, Ceva; Maltret, éditeur et traducteur de Procope; Beschî, prodige de science et de génie dans la littérature tamoule; le poète et bibliographe Denys; les astronomes Keggio, Gotiignies, Poczobut, Pilgram, Hallersiein, De Cesaris, etc., etc., etc.

Gérutd n'a donc pas grossi ses énnmérations en poussant à bout toutes les ressources de sa matière; et moi y qui indique ces additions. Je suis si loin d'épuiser le sujet, que je n'ai pas môme ouvert ia Biikàèque des écrivains de la Compagnie de Jé$us. de soDt^es souvenirs que j'enregistre comme ils s'offrent moi. Du reste, veut-on le témoignage d'un homme impartial? Les Bénédictins de Saint-Maur ont la répotation de se connaître en histoire littéraire; or voici ce qu'écrivait Dom Lobineau (i) à propos des Jésuites : « II n'y a point d'Ordre dans l'Église qui ait «produit plus d'écrivains en tout genre de littéra- « ture ; leurs maisons de Paris en ont donné un grand « nombre, soit théologiens, soit philosophes, histo* I riens, mathématiciens, poètes^ gramniairiens et < autres, etc. »

A cette liste d'écrivains nombreux dans tous les t^nres, et dont plusieurs sont célèbres, nous devons Wer les auteurs ascétiques. Aucun ordre* religieux fl'en a produit autant; et cette partie delà littérature sacrée suffirait seule à l'éloge d'une compagnie des- ^^^^ avant tout au salut des âmes. Je citerai qùelfu^Boms piincipaux. Tout le monde lit Rodrigue^ Moit dans toutes les langues; on peut l'appeler le ^tre par excellence de la perfection chrétienne et religieuse, Port-Royal lui-même a fait son éloge (2),

W ttUloîre de la ville de Paris, llv. xxi, n^ 85 (t. 2, p. h02).

{% On trouve un grand éloge da P. Alphonse Rodriguez et ^^Fraliqite de là Perfection chrétienne et religieuse, dans une ^adaclion de son Traité, attribuée selon Morert à Messieurs ^«^ort-Royal. Elle est signée Binet. [Parts, J.-B. Goignard, fie Saint- Jacques, 4S75, 2 vol. in->).

Bossuet appelle Baltasar Alvarez admirable ; un des plia sublimes contemplatifs de son siècle. Il nomme de même Louis Du Pont parmi les plus grands spirituels de sa Compagnie et de son siècle. Il dit que Surin est consommé dans la spiritualité (i). Parmi les écrivains du même genre ne cite-t-on pas les PP. Saint-Jure, Lallemanty Nouet, Nepveu, Rigoleuc, Bouhours^ Huby, Gaussin, Btnet, Leblanc, de Bonnefons, Suquety Ghtfflet, Suffren, Guilloré, Le Valois, Rapîn, Grasset, Pallu, Groiset, Hayneuve, Sanadon, Gentil, Belon, Druzbicki, Judde, Vaubert, Gonnelieu (2), Giraudeau, Grou, Gallifet, Griffet , Berthier, Petit- Didier, Gaudier, Ribadeneira, Roberti, Vincent Garaffe, Aquaviva, Busée, François Arias, Lancicius, Alvarez de Paz, Nieremberg, Bellecius, Drexelius, Dirkink^ Loarte, Nigroni, Pinamonti, Segneri, Muzzarelii, Piatti, Siniscalchî, Neumayr, Scaramelli, Lohner, Gosier, Bellarmin, Rogacci, Galalayud, etc.? J'ai jeté ces noms sans ordre et sans travail, à mesure qu'ils se présentaient à ma mémoire. On y reconnaît plusieurs écrivains déjà cités parmi les orateurs et les poètes; c'est tout naturel. On a dit du P. Rapin qu'il donnait, tous les ans, six mois au monde et six mois à Dieu • Getle plaisanterie formule au moins le caractère d'hommes à qui le commerce du monde

(i; Instruction sur les états d'oraison (édit. de Lebel, Versailles, 1817), t. 2, p. 267, 268; Préface swr Vinstructim pasto^ raie de M, de Cambrai^ l, 28, p. 702.

(2) Auteur des Pratiques Jointes â une traduction de Vlmi^ talion raite, non par ce Jésuite, mais par le libraire Gusson. La version, assez mauvaise, a conservé un crédit surprenant sous rabri que lai prêtait le nom du P. de Gonnelieu placé dans son titre.

littéraire ne fit jamais perdre le souvenir de leur oratoire et de leur crucifix.

Cette indication rapide des auteurs ascétiques qu'a formés la Compagnie de Jésus serait à rinstant augmentée, doublée peuiêtre, par tout libraire aecoutumé au commerce des ouvrages ecclésiastiques. Il n'aurait qu'à chercher dans ses souvenirs quels sont les livres qu'on demande le plus souvent , et qui sont presque assurés d'un prompt placement. Cette estimation, toute industrielle qu'elle peut paraître, ne saurait être dédaignée; elle est l'expression irrécusable d'une opinion à peu près unanime parmi ceux qui ibnt cas encore de la vie chrétienne ; et ce sont là évidemment les vrais juges (Ij.

(1) Yofci une particularité, bizarre st Ton veut, mais dont on pourra reconnaître la portée dans la question présente,* et quoi qu'il en soit, elle aura du moins iMntérêt dune curiosité blbiiograpliique : espèce de mérite que certaines gens prisent tort aujourd'hui.

J'avais cru remarquer que, dans leurs acquisitions, plusieurs libraires de France et de l'étranger acceptaient ou même demandaient certains ouvrages comme de confiance et sans connalire ancunement le mérite réel de ces livres. Il me semMail que souvent la qualité de Jésuite, Jointe au nom de l'Butear, était toute la garantie de ces spéculations; et, comme ces molifs continuaient longtemps à les guider, il fallait bien Que l'événement ne les détromiât point. Un fait, entre autres, est venu justifier ce soupçon. Dans le no 1 de la Feuille d'An- ^^onces (Intelligenz Blatt) jointe au Journal des Bibliothécaires (Serapeum) publié â Leipzick par M. Naumann^ le libraire éditeur se prononce pour le calcul que j'avais prêté à un bon nombre de ses confrères. Il publie (15 Janvier 1840^ p. 8] une liste de desiderata pour lesquels 11 est disposé à entrer en r marché avec tous les possesseurs de livres anciens ; et au

H* Michelet teconnaU chez les Jésuites des 4toira« souvent savantes; M. Quinet appelle leur compagnie féconde en hommes kabUes (1). Si les Jésuites sont habiles et savants^ cela semble sufiSre à leur miuistôre. Faut*il donc de grands hommes pour tenir un collége, pour prêcher et confesser? Le grand siècle se trompa-t-il lorsque, pour former les auteurs du Cid et du Misanthrope, Taigle de Meaux et }e vaipqueur de Rocroi, il crut pouvoir se cont^iter de maîtres sapanis et habiles (2) ?

Mais à qui donc appartient -il de proclamer les grands hommes? Est-ce à M. Quînet? 11 en donne un aux Jésuites, puisqu'il avoue qu'Ignace de Loyola n'a pu les créer sans génie. Est-ce à la voix publique?

premier rang 11 place tous les écrits qui auront un Jésuite pour auteur (aile Scbrirten deç JesuiteA}. On poarralt citer des demandes semblables annoncées par des librairies considérables; mais celle-là doit suffire. Il s'agit de la ville la plus renommée en ce genre, et toute l'Europe sait depuis longtemps si M. T. O. Weigel s'entend au commerce des livres.

(1) lY» Leçon, p. 81; IIU Leçon, p. i99,

(2) Le vainqueur de Rocroi n'était pas seulement redevable aux Jésuites des connaissances classiques qu'il avait reçues dans leur collège de Bourges. Ce fut^ dit-on, un frère jésuite nommé Dubrçul, qui lui enseigna l'art des fortlflcations. Ceci n'étonnera pas ceux qui savent que les Jésuites ont formé directement plusieurs habiles officiers de notre ancienne marine militaire. Le P. Paul Hoste (ou l'Hoste], professeur de mathématiques â Toulon, fonda par ses ouvrages la tac-^ tique navale en France, et par là même en Angleterre; car une traduction abrégée de son livre sur les évolutions navales fut longtemps le manuel des écoles de marine dans les ports de la Grande-Bretagae, où on l'appelait le livre du Jésuite,

lais tous les yoyageurs, loas les miesionnaires » TEarope catholique et les Indes leur en donnent un second; puiiique dans François Xavier, mort la croix en main, aux portes de la Chine, Us reconnaissent rbéroique intrépidité de Gama, jointe au zèle béroï-» que de Paul; puisqu'ils rappellent le premier apôtre des temps modernes. Est-ce aux grands hommes euxmêmes qu'est réservée Tappréciation du génie? Le pios grand orateur de la France, frappé de la logique puissante de Bourdaloue, Bossuet di&2iii : Cet homme sera éternellement notre maître en tout{i). Est ce enfin l'Église qui doit canoniser les venus héroïques? Elle a placé onze membres de la (Compagnie de Jésus sur les auieta.

Pour devenir grands, selon vous, Tenthousiasme leur manque. Mais rappelez-vous que des milliers de Jésuites furent poussés aux missions lointaines par l'enthousiasme du martyre. Ouvrez les annales des fiéaux qui, depuis deux siècles, ont ravagé les contrées catholiques, et vous verrez si leurs devanciers ont manqué de dévouement. Vous les trouverez, au lit des pestiférés, respirant la mort sans crainte, et toinbant par centaines.

h termine ce chapitre sur les Jésuites automates, par ces paroles de Bossuet :

«Et vous» célèbre (2) Compagnie, qui ne portez

(1) OEuwet complètes de Boardaloae, t. i : Notice sur Bovr- ^^ioue (Lebel, Versatiles, iSiS), p. xx. Bossaet se montra on peu moins difficile et peut-être ua peu plus modeste que U. Mlehelet, qui Jette par grâce aa célèbre Jésaite le Utre ^ bon prédicateur, I V« Leçon, p. 80.

{% !>• Bèforis a cru important de remarquer que Bossaet

pas en vain le nom de Jésus, à qui la grâce a inspiré ce grand dessein de conduire les enfants de IXieu, dès leur plus bas âge, jusqu'à la maturité do rhonnme parfait en Jésus-Christ; à qui Dieu a donné vers la fin des temps des docteurs» des apôtres, des évangélistes, afin de faire éclater partout l'univers, et jusque dans les terres les plus inconnues, la gloire de l'Évangile ; ne cessez d'y faire servir, selon votre sainte institution, tous les talents de l'esprit, de Téloquence, Ja politesse, la littérature. (1) »

avait d'abord mis sainte et savante^ qui effacés ensuite firent place au mot célèbre (édit. de Versailles) Belle remarque! Pourquoi désigner comme sainte la Compagnie de Jésus, puisqu'il assurera bientôt qu'elle ne porte pas en vain son grand nom; et à quoi bon l'appeler «avanie, puisqu'U va dire que Dieu lui a donné des docteurs, et qu'elle ne doit point cesser de faire servir à la gloire de VÉvangile, tous les talents de l'esprii^ de l'éloquence, etc.? Le mot célhhre était donc le seul qui ne fît pas double emploi.

(1) 3« Sermon^ pour la fête de la Cixtor^cisixm. ( Lebel, Versatiles, 4816), tome il, p. 528.

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