‹ Des JésuitesChapitre 15 sur 56 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

M. MICHELBT.

Pourquoi donc ai-je fii peu parlé de M. Michelet et si longuement de son collègue? C'est que presque partout leurs accusations se confondent. Réfuter les plus fortes me semblait répondre aux plus bibles.

Ils ont un grand trait de ressemblanœ, tous les deux ayant beaucoup lu dans leur imagination, qui, je l'avoue, est brillante et féconde, et fort peu dans Hnstitut qu'ils attaquaient. En sorte que S.Ignace peut dire à l'un comme à l'autre ce que Martial disait à un déclamateur de son temps : « C'est réellement mon livre que vous débitez, 6 Fideniinus; mais du moment qu'il a passé par votre bouche, il commence à devenir le vôtre (1). »

M.Micbelet a pourtant quelques traits de caractère gui lui sont propres. Aussi lui ferai-je, à lui seul, les honneurs de tout ce chapitre.

M. Quinet cite avec profusion ; M. Michelet avec une parcimonie inexplicable. Au reste la pensée d'un historien-poète aime à se dégager des entraves de la critique lourde à sa phrase comme à son invention.

(1) « Qaem récitas, meas est, ô Fideotine, libellas : a Sed maie cum recitas, incipit esse taus. »

Epigr,, l.i, 39.

inventée par les Jésuites, aussi rusés qu'ambitieti\% avait été adoptée par la chancellerie romaine près de* trois siècles avant la naissance de S. Ignace? D'ailleurs n'avais-je pas lu dans son Institut qu^fl est des règles, de nombreuses règles auxquelles le général, avec rassemblée de FOrdre, ne peuvent rien changer sans Tautorisation et le bon plaisir du Pape(i)? Ne savais-Je pas enfin que Clément XIV n'avait eu besoinr que d'un coup de plume pour briser ce glaive donc oq fait la terreur de Rome?

Mais je m'oublie. Je raisonne l'histoire avec un homme qui la chante. Je la lis dans les livres en présence d'un homme qui la trouve dans sa pensée.

O conteur agréable! vous pouvez tout oser sans crainte qu'on vous accuse d*imposture. Vous vous êtes justifié vous-même d'avance en prévenant vos lecteurs que vous preniez parfois la forme poétique.. Le mensonge est un privilège accordé aux poètes» par tous les âges; Horace Ta formulé; et pour trom-^ per en conscience, vous n'avez pas besoin de recourir à une bulle du Saint-Siège. Il sufiBra de dire que la scène se passe au moment où vous mettez la tête à Ut fenêtre, réveillé par le grand vol de la chauve'Souris(^y,

Cependant restez dans votre chaire, entouré d uu triple rang de dames; et ne venez pas, la lyre errmain, demander justice. C'est avec des méditations poétiques et d'amusants paradoxes que vous entrefNraiiezi

(!) C'est ce qQ*on appelle SvbHaniiaiia inHUiUi. ^ (8) M. Micbelet, V« Ufon^ p. 88. « Hier encore, Je l'avoue,. J'étais tout entier dans mon travail... lorsqa'entendant à me» vitres ce grand vol de la chaove-soaris, il m'a bien faille mettre |^ tète à la fenètrç et regarder ce qui se passait, n

de plaidei" contrô vos adversaires f Et dans vos mou- Temeots dithyrambiques, dans vos épanehements intimes» vous parlez de vos travaux et de vos'm'alaises aussi souvent que de leurs crimes!

Supposons que vous arriviez à la cour royale avec TOtre réquisitoire fantastique. Que diraient ces graves magistrats accoutumés aux formes sévères de la justice? Dans le vieil aréopage, à Athènes même, patrie des orateurs, ils auraient puni jusqu*aux transports d'ane éloquence suspecte de vouloir remplacer la raison par le pathétique. A Paris, ils se souviendraient de la république de Platon ; et, loin de vous jeter l'insulte, ils souriraient un moment à vos songes agréables, à vos brillants jeux d'esprit : puis, rappelés à des réflexions plus sérieuses, ils vous renverraient ailleurs, mais poliment, après avoir couronné de fleurs ^08 cheveux blanchis dans l'atmosphère du génie, Yous promettant tout au plus de vous entendre dans les salons lorsquUls auraient déposé leurs robes.

La justice ne peut rire des saints joujoux des dames, At des ^gnes de croix de S. Louis; ni du prêtre sem- *"*W« à la triste giroflée maladive qu'il élève sur sa fenêtre; ^ ^ la mère qui envoie la jeune fille au couvent patîeque , devenant moins jeune, on voit fleurir à regret ffàdesoi la chère, l'adorée, mais trop éblouissante fleur ; ^^ de vos généalogies de la laideur physique et mo- ^K transmise aux Jésuites, de père en fils, par les Templiers ©t par les Albigeois, par ces misérables figures •"Roupies dans nos cathédrales sous le poids d'un pilier ^'^> et tâchant powrtant de lever la tête ; par les fils olnéj du limon, qui aujourd'hui pétrissent de leurs mem^ m équivoques la fange tiède du NU; par le diable -enfin,

chez qui ce qu*U y dde souverainement diaboUque, c'^eH de $*adorer (1).

O poète, chose légère et sacrée, suivant Texpression de Socrate, quel autre Dieu vous inspira donc le jour où ces grandes paroles , dît-on , vous échappèrent ?

« On ne saurait jamais assez louer le dévouement de ces nouveaux moines. Leur dévouement, leur héroïsme en Europe nous est connu ; mais il faut les suivre en Asie. 11 faut voir la facilité, l'empressement avec lesquels ils cherchent, ils reçoivent le martyre. Ce sont là des titres à la gloire; chez nous le dévouement ne meurt pas. Et puis qu'elle est belle leur obéissance» qu'elle est grande, qu'elle est sublime !.•••

« Au moindre mot, un Jésuite, d'une haute nai^^ sance souvent, au moindre mot , sans attendre une heure, il obéit, fallut-il partir pour les extrémités du monde. Ainsi, quand S. François Xavier reçoit de S. Ignace l'ordre dé partir pour les Indes, il ne fait rien autre chose, il met se^ souliers, et il |)art povir les Indes....

« C'est qu'il n'y avait jamais pour eux ni familles, ni parens, ni amis-, mais Dieu Dieu seul çt l'obéissance. «

« Et François Xavier aborde aux Indes. Sop cœur est impénétrable aux flèches empoisonnées ; il subjugue les hommes, et il, les subjugue par son regard; et, aujourdhui, si l'on n'avait pas détruit leur ou-? vrage, la Chine serait un peuple civilisé. Un Jfésuite Y était déjà ministre.

(1) M. MIchelet, p. 17, 25, 25^ 51 et soiv. Yoy. passim (ontes les leçons de ce brillaiil professeur.

c Mais un mot de Rome leur ôta toute leur influence, et ce mot a enlevé deux à trois milliards d'hommes à la civilisation européenne.

« En un mot, pour caractériser Tesprit des Jésuites» ce fut un esprit monumental (1). »

0) Voyez VAmi de la Religion, 25 août 1S58.

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