PROFESSION DB FOI DE M. QCINBT
(( Ce qu'il y aurait de pis poar lai (le catholicisme) serait de s'obstioer â montrer que sa profession de foi est non seulement différente, mais ennemie de la profession de foi de lËlat. Dans ses institutions fondées sur l'égalité des cnUes exi tants, la France professe , enseigne Tunité da christ ianisme, sous la diversité des Eglises particulières. Voilà sa confession, telle qu'elle est écrite dans la loi soureraine; tous les Français appartiennent légalement â une même Eglise sous des noms différents ; il n'y a ici désormais de schismatiques et d'hérétiques que ceux qui, niant toute autre Eglise que la leur, toute autre autorité que la leur, veulent l'imposera toutes les autres» rejeter toutes les autres sans discussion, et osent dire : Hors de mon Eglise, il n'y a point de salut, lorsque l'Ëtal dit précisément le contraire.
(( Si Ton attend une profession de foi^ je crois, comme l'enseigne l'État dans la loi fondamentale sortie de cinquante années de révolutions et d'épreuves, je crois q l'il y a de l'esprit vivant de Dieu dans toutes les communions sincères de ce pays ; je ne croîs pas que hors de mon Eglise il n'y ait pas de salut.
(( Certes, il faudrait fermer les yeux à la lomière pour ne pas Yoir qu'une Douvelle aurore religieuse point dans le monde; j*en suis tellemeot persuadé que mes idées ont toujours été (ournées de ce côlé... Gomme il est arrivé en toute occasion, on se dispute la propriété exclusive et les prémices de ce Dieu renaissant. Alais ce mouvement reli* gienx, je le vois pins profond, plus universel qu'où ne veut le laisser paraître. Chacun prétend TenfeNuer, le ctreons-* crire , le murer dans une enceinte particulière; mais ce Christ agrandi, renouvelé, sorti comme une seconde fois da sépulcre^ ne se laisse pas si facilement asservir; il se partage, il se donne, il se communique à tous. La grande vie religieuse ne parait pas seulement dans le catholicisme, mais aussi dans le protestantisme; non pas seulement dans la foi positive, mais aui^si d^ins la philosophie. » M. Quinet, Introduction, p. 126, 127; 1" Leçon, p. 134, 135, 146-146.
M. ilichelet n'a pas formulé sa profeision de foi avec autant d'assurance; mais de nombreux passages révèlent chez lui une croyance analogue à celle de son ami. Voyez V Leçon, p. 94-96; Vf Leçon, p. 102. D'ailleurs les sentiments de ces deux professeurs sont les mêmes. M. Quinet, P* Leçon, p. 133.
La charte de 1830 dit : u Chacun professe sa religion avec une égale liberté, et obtient pour son culte la même protection. » Ou nous apprend que cet article de foi veut dire : Chacun peut se sauver dans sa religion. J'avais toujours cru que la liberté légale et la liberté de conscience étaient deux choses aussi distinctes que létal et TËgiise, la politique et la religion; que protéger également tous les cultes, c'était déclarer leur indifférence aux yeux de la loi , qui , en les admettant tous, par là même n'eu reconnaît aucun; qu'on peut se damner tout en évitant l'amende et la prison. Mais voilà les représentants de la France convertis en pères de rSglise; lee chambres devenues des conciles,
N» 2. (Voyez p. 10.)
TKOISIÈMB BDITI0K DE VU. tfIGHXI.1ST ET QUINBT,
C« qae IVfM* Michelét et Quinet, fiers de leur triomphe, appellent troisième édition, je me suis permis de l'appeler troisième tirage. C'est le seul DOm qu'on puisse raisonnablement donner à une publication qui ne diffère des précédentes que par deux ou trois pages de cartons. J'avais pris mes ooles dans la première, et je me retrouve presque toujours dans la troisième eu reculant de douze pages. C'est qu'on y i fait compter les dix premières pages de litres et d'avis, à çeu près blanches, négligées la première fois. Du reste, les çaaliiés et les défauts typographiques sont partout exacte-» meut les mêmes : il est évident que les caractères n'ont pas èlé remaniés. J'en dis autant de la quatrième édition, bien qe'il y ait eu an plus grand nombre de feuillets chaugés.
Voilà ce qui peut expliquer cette rapidité d'impression et de àèbit dont parlent les éditeurs , et faire comprendre commeol la seconde édition et la troisième furent proclamées à la fois, le même jour, par la Bibliographie de la France, ou Journal général de ^Imprimerie et de la Librairie^ i^ août 1843, no 32, 3648. On y lit : « Des Jésuites; par MM. Michelet et Quinet. 2* édition; in-12 de douze feuilles deox tiers. — 3* édition; in-12 de douze feuilles deux tiers. » Le nombre de pages, comme je le disais, resta le même, et cependant la pagination changea.
J'aiera devoir adopter le même format qpe ces Messieurs, car ma brochure servant de complément à la leur, il était couyenable qu'on pût nous faire relier ensemble.
N* 3. (Voyez p. 29.)
UNE TRAPUCTIOir ANONYME DBS CONSTITUTIONS.
Au moment où MM. Micheiet et Quîoet faisaleDt impri mer leurs leçons, un adversaire anonyme des Jésuites pa< blîait une traduction nouvelle de leurs constitutions ; œuvre d'autant plus perfide qu'elle commence par une sorte d'im< jpartiallté, afin de mieux surprendre la confiance de ses lec* leurs. Voici les premières lignes de la préface :
« Le but de celte publication est de faire connaître la Société de Jésus par les institutions qui l'ont fondée, par sej lois organiques , par ses réglemens officiels. Nous avons cri) Viue ce serait une chose utile à ses amis comme à ses ad versaires , à tous ceux du moins qui cherchent de bonne loi h vérité sur cette Société fameuse. Il est bon que ceux qui la combattent, et surtout ceux qui la défendent, la connaissent mieux. »
L'auteur va donc traduire les dix livres des cons(ilolions écrites par saint Ignace, Cest la base de l'institut dont elles nesont pourtant qu'une partie : les produire fidèlement comme pièces du procès, et les discuter ensuite, eâtpa cuec 'cément jeter du jour sur la question ; c'eut été do moins procéder légalement.
Mais qu'a fait le rapporteur ? encore un tour de passepasse. Il traduit, il expose à tous les regards une des nombreuses parties de l'institut des Jésuites ; et quand il en vi ^ a la discussion, dans son Appendice, il argumente surloot près les antres parties qu'il n'a pas fait connaître. Voilà de logique ou de la pr* bitè !
Ainsi, dès son premier article, note A , Il citera le "^ toire, le P. Bouhours, Suarez, Laynez, Vlmagoprimi ^^^^^^^ no sermon du P. Valderama, Ribade eira, Aqoaviva, ou ges et auteurs dont il rapporte des lambeaux et ^^ v^ ^ montré le contexte , et tout cela pour développer mec ment quatre rnjts tirés de ses 425 pages de ( rad actionse trouvera même de nombreux chapitres où les cons tiens, traduites pour Tinstruclion du procès, seront lesseu
pièces de l'instilat qai ne figoreront pas. Telle est^ par exemple, la note G Sur les Collectif p. 433; la noie D Sur le Ratio Studiorum^ p. 435; la note E Sur les Ctmgrégatùms , p. 410; la note F Sur les Exereiees Spirituels et le Directe nuf», e(e.^ etc. Je n*ai pas en la peioe de choisir mes exemples; ils se snivent. Pourquoi poser un antécédent, et ne pas en tirer sa conséquence, mais la chercher ailleurs ?
L'infidélité des citations ie V Appendice rend cette marche ploB perfide encore. Je n'entrerai point dans les déts^ils » je o'eo finirais pas. D'ailleurs , en réfutant les citations incon- Ustables de M. Quinet, j'ai réfuté la moitié de celles-ci. Elles oot uo Intime degré de parenté que je m'expliquerais difficifemeni . si je ne savais que tous ces messieurs rajeunissent les TieUI«s objections, et puisent aux mêmes sources.
Ajoutez que les cent pages de conclusions sont extraites des Mémoires de Biperl de Monclar, qui vécut ennemi des âierela de l'Eglise comme de l'institut de la Compagnie de Jésus, ei mourut , le 12 février 1773, en rétractant ce qu'il avait écrit contre les Papes et les Jésuites. Sa rétractation (bt. selon son désir, publiée en chaire par le vicaire de la paroisse. L'évèque d'Apt en fit dresser un procès* verbal qu'il envoya à Clément XIV. Voyez Feller, Dictionnaire historié que. L'auteur de la Notice sur ce parlementaire janséniste daai la Biographie universelle , quoique fort peu sévère envers lui, n'a pas nié cet acte, qu'il appelle uaacte de repentir tl de soumission.
N° 4. (Voyez pag. 69,)
DBSPOnSMB B0 GBNBBAL DBS JBSUITBS.
J'ai cru qu'on lirait avec intérêt les pages suivantes. Je les emprunte à Cérutti {Apologie de l'Institut des Jésuites, cliap. 2i).
C'est une vérité également attestée par l'expérience et
reconnue par tonales législateurs philosophes, qu'on est d'autant moins attaché à un gouvernement qu'il est plus despotique. Or^ les Jésuites passent pour être aussi attachés à leur état que les anciens Romains Vêtaient à leur patrie (i). Le gouTernement des Jésuites doit donc passer pour être, si ce n'est aussi républicain que celui de ce peuple célèbre , du moins aussi peu despotique.
Le règne du despotisme fut toujours le règne de la confusion , car le caprice n'a que des mouvements et point de vues; chez les Jésuites tout est réglé par Tlnstitul ou par l'usage ; le règne de l'instabilité , car Fempire du despote n'est jamais que celui de la passion qui s'éteint, du caractère qui varie , du favori qui change, de l'homme qui est bientôt remplacé; rien n'est arbitraire ni changeant dans l'autorité du général , ilnslitut l'assujettit à des lois stables et certainés; l'homme change , la loi est toujours la même : Je règne enfin de l'inaction et de l'ignoi'ance, car quelle est la vigilance d'un sultan? celle de sou visir; quelle est l'étendue de ses idées? celle de son divan. Le général des Jésuites partage son temps entre les devoirs de son état et ceux de sa place; il est obligé d'agir sans cesse, et de sans cesse observer^ pratiquer et faire pratiquer les lo/s de l'Institut , de présider à la marche et au mouvement de la société, de se transporter en esprit dans les différentes régions , de jeter un coup d'oeil impartial sur lès besoins de chacun de ses inférieurs , de prêter une oreille également attentive à leurs demandes et à leurs plaintes , d'examiner ceux qu'il faut placer ou déplacer, de s'informer des bonnes qualités pour les récompenser avec justice, des mauvaises pour les corriger avec succès, des talents et des forces pour y proportionner les emplois et les travaux, d'arrêter le mal dès qu'il commence , de fournie les moyens lorsqu'ils sont nécessaires, d'étouffer les dissensions qui pourraient naître, de prévenir les abus s'il s'en glissait, de faire partout connaître et suivre l'esprit de la règle, aimer et estimer le Corps , respecter et servir le public, cultiver
(0 Second compte-rendu au Parlement de Rennes^ p. U.
et répandre les lettres, régner et propager la religion. Telle esl la vie du général (1); s'il venait à en changer, llnstitiit Teat qu'on le change lai-même (2). Or, quel despote que celui qui est obligé de rendre tous ses sujets heureux sous peine de n'en plus avoir?
Qu'on nous trouve un despote qui voulût souffrir sans cesse auprès de lui un surveillant, un admoniteur. Gependaot le général des Jésuites est forcé d'en souffrir un qui , cboisi par la Société, observe sa conduite, éclaire ses démarches, l'avertit de ses défauts, lui expose ses devoirs, et ne peut en conscience lui faire gr^ce sur rien (3).
Qu'oD nous trouve un despote qui ne s'arroge et le droit de propriété , et le droit de jouissance , et quelquefois le droil d aliénation. Le général des Jésuites n'a ni le droit d'aliénation , ni celui de jouissance , ni celui de propriété. Hien n'est à lui. Les biens de la Société appartiennent â ta Société : ils sont tous sans exception inhérents à la commaiiaalé et inséparables de la maison qui les possède (4). Rien n'est pour lui. Ce que les constitutions de plusieurs sociétés religieuses accordent à tant de généraux d'ordre, les constitutions des Jééuites le refusent à leur général; il n'a ni fonds, ni revenus, ni pension annuelle. Rien n^est en ta disposition, à Texception des biens que le donateur laisserait libres à la Société, sans les destiner à aucun lieu, à aucQQ objet déterminé (5). £n vertu de cette exception portée par la loi , le général peut disposer de ces biens , mais àe quelle manière? £n les annexant à quelque maison qui
[I] Instit., S. /., 1. 1, Constitutionum, pars 9, c. 3 et 6, p. 436 et 442.
(3) JAi(/., c. 4, n. 4, p. 439.
{i)Iàid,, n. 7, p. 440. c<Sexta(resin qna Societas auctoritatem et proTidentiam faabet erga Generalem ) locam faaberet in qaibnsdam casibns.... cDJasmodi essent... ex redîtibna collegiomm aliqaid ad pfoprios snmptns assamere, Tel coivis extra Sooietatem douare ; vel
aliqna stabilia bona domoram aat coUegioram alienare si quid
ergo homm accideret, potest ac débet Societas ( si de re^ 8uffîcien< tissime constaret ) enm officio privare.»
(5) Itue. S, /., c. 5, n, 6, p. 4:37.
ne soit pas celle qu'il habile : jamais il n'en peut disposer autremeut. Pour ce qui est des bieos de donalion , des bieDs de fondation , des bieos d'acqwels , annexés , iobërcnls , incorporés à une maison, le général peut en permettre Taliènation à raison d'une évidente utilité, ou d'une nécessité notoire (1); mais il ne peut les aliéner lui-même, llustitut le lui défend expressément (2).
A quoi se réduit donc l'autorité de ce despote relativement au temporel? A celle qu'un tuteur exerce sur les biens de son pupille : il en est l'économe et non le maître , Tadministrateur et non le propriétaire; il en a la surintendance et non la disposition (3) ; il lui est enjoint d'y porter l'œil , et défendu d'y porter la main.
De même l'Institut exige dans la Société la perpétuité de chef , soit parceque cette perpétuité délivre la Société do besoin ruineux d'assembler trop souvent des quatre parties du monde une congrégation générale (4), soit parcequ'eile donne au général et plus de connaissance de Flostitat pour le faire observer , et plus de connaissance des sujets pour les bien placer (5), soit parceque c'est un moyen de diminuer les mauvais choix, soit parceque c'est un moyen de tarir les: sources deFambition (6). Mais comme celte perpétuité du chef aurait pu le rendre redoutable à son corps , si l'on y avait ajouté la perpétuité de l'autorité , l'Institut a détaché l'une de l'autre ; il a voulu que le chef fût perpétuel , mais non pas que son autorité fût perpétuelle. Le général est à vie , mais on peut le déposer. Tant qu'il commande en père , tant qu'il gouverne en sage, l'Institut exige qu*on lui obéisse comme au chef de la Société, qu'on le révère comme l'image de Jésus-Christ. S'il venait à commander en despote, s'il venait k gouverner en insensé, Flnstitut veut qu'on lui ôte une autorité dont il abuse.
(I) Insi,y S. y.) Litterœ apostolat t. I, p. 60.
{2)Inst. S* J.^Constit,, pars 8, c. 3, n. 2; pars 9, c. 3, ii. 5 et 18; t. I, p. 427, 437 et 438.
(3) Ibid.^ pars 4, c. 10, u. 2, p. 392.
(4) lbid.y p. 9, c. 1, Déclarât^ C»t P* ^34. (6) Ibid., c. Ij coi, I.
(6) Fnst. S» J.f c. I, Dcciarat.f A.
Oavrons Ips libelles : nous y troaverous que rinslitot sou* met la Société â l'empire d'un seul , pour qu'il la cooduise plus sâreirheot au ternie d'ambltiou qu'elle se propose.
Ouvrons rinstitul : nous le verrous n'établir l'unité de chef que pour rinlérèl de runion(l), et nous l'entendons condamner rortement l'ambition dans les particuliers, el plus fortemeal encore dans le général (2).
Ouvrons les libelles : ils prétendront que le général des Jésuites est affranchi par l'Institut de l'obéissance due au Saint-Siège.
Il serait bien étonnant que le Saint -Siège eût approuvé^ ratifié , préc*)uisé ce qui serait contraire au Saint-Siège , comme il est bien ridicule que des geos qui en méconnaissent les droits affectent d'en vouloir venger les intérêts. Mais ouvrons Tlnstitut : nous verrons que l'obéissance due au Sairil-SIégc y est recommandée et prescrite au général dans les lermcs les plus précis , et nous trouverons que de même ^ les particuliers doivent obéir à leur recteur, les recteurs à le^tr provincial , les provinciaux au général, de même le général doit obéir au souverain pontife (3).
Ouvrons les libelles : ils accuseront l'Institut de ne donner
ao général la surintendance du temporel des collèges que
pour donner à son avarice la faculté d'y puiser impunément.
Ouvrons llostitut : nous y trouverons que le général est
diargé de l'administration des biens parceque ne pouvant
les convertir à son usage, ni à celui de ses proches, ni à
ctiiii des maisons professes, où il doit fixer sa résidence, il
esté présumer qu'il les gérera et avec plus de fidélité et
aiec plus de désintéressement (4).
Ouvrons les libelles : pour prouver le despotisme du général, ils citeront une bulle qui, selon eux, donne au général le pouvoir de faire de nouvelles constitutions. Le» bulles qui approuvent l'Institut ne sont pas l'Institut
(1) Ibid., pars 10, c. unie. r. 9, p. 447.
\3) Ibid,, n. 0, p. 446 ; pars 8, c. 6, n. 2, p. 430.
(3) Ibid., EpistolaS. Ignatii de Fin, obed., t. 2, p. 166»
(4) Imt, S* /., Con;tit:, pars 4, c. 2, n. 6, t. 1, p. 381.
lui-même, comme TapprobatioD d'an ouvrage ne fait pas l'ouvrage. Mais ouvrons celte bulle, nous verrons qu'elle restreint ce pouvoir dans la personne d'Ignace et de ses neuf premiers compagnons (1). Les libelles chargent les Jésuites d'aujourd'hui des erreurs où tombèrent quelques Jésuites d'autrefois; voudraient-ils en récompense décorer tous les généraux et tous les Jésuites d'un privilège qui ne fut accordé qu'au fondateur et qu'aux neuf premiers Jesuites ?
Ouvrons les libelles : ils s'obstineront à soutenir que le général des Jésuites a le pouvoir de changer toutes les constitutions.
Ouvrons l'Institut, et nous y trouverons une règle qui lui défend expressément d'en changer une seule [2).
Ouvrons les libelles : ils nous soutiendront que le général a seul le droit d'assembler les congrégations générales, et qu'ainsi le pouvoir que la congrégation générale a de droit sur le général, est nul par le fait.
Ouvrons l'Institut, et nous y verrons qu'il ne dépend pas du général de convoquer les congrégations générales qui le concernent lui-même (3).
Ouvrons les libelles: ils accuseront le général des Jésuites d'entretenir partout des espions, pour pénétrer les secrets des cours et les iutérêts des familles.
Ouvrons llnslitut : nous y trouverons une règle qui lui défend expressément de se mêler d'aucune affaire étrangère à la Société, sous prétexte même de piété et de religion (4)«
Ouvrons les libelles : ils nous demanderont pourquoi ie général réside â Rome.
Ouvrons l'Institut : il nous apprendra que la raison pour laquelle le général doit résider le plus communément à Rome, c'est qup de cette capitale du monie chrétien il loi sera plus aisé de lier avec ses inférieurs répandus dans la
(l)/i&/rf.,BaIla Panli nï,t. [,p. lo.
(2) Ibid,t ConstiC.j pars 4, c. 10, n. 2, p. 392.
(3) Ibid.y pars 8, c. 4, n. 2, p. 429.
(4) Ifist, S. /,, pai'8 9, c. G, n. 4, p. 4i2.
ebrétienté, le coinmerce nécessaire pour le maintien e^ le gouvernement de la Société (1). Nous pourrions ajouter qu'il est impossible que le général d'un ordre répandu dans plosieurs royaumeç différents puisse se trouver dans tous également, et ne, s'établisse dans Tun d'eux préférablement à tous les autres; que la France n'a sur ce poiut aucun privilège, et que puisqu'on souffre dans les autres royaumes que quelques ordres religieux qui y sont établis aient leur gbéral en France, la France doit souffrir que quelques ordres religieux établis chez elle aient leur général dans an royaume étranger. Nous pourrions faire remarquer que Rome ne doit pas être regardée comme un royaume étranger lorsqu'il s'agit d'un corps religieux; que le centre de l'Église, qiie le séjour des papes doit être naturellement le centre des différens Ordres créés pour TËglise, approuvés par les papes.
^Qu& devrions nous arrêter bien moins encore à réfuter ^6 insensés qui comparent le général des Jésuites à Crom- ^ell, au Vieux de la montagne, comparaisons semblables à celles qu'inventèrent autrefois, et que répètent encore aujourd'hui , tant de fougueux protestants , lorsqu'ils croient recoDuaitre dans le pape l'antechrisl figuré par la bêle Hiu i'écarlale, dont il est parlé dans TApocalypse ; nous arrêter bien moins encore à réfuter ces visionnaires qui, parcourant le chaos des possibles , supposent le général fanaWque de bonne foi; supposilion dépourvue de fondement
cUe vraisemblance, puisque, comme nous l'avons rapporté, k boa sens et la probité sont les premières qualités que i'Iiisiilni cherche dans un géuéral (2 ; suppo iiion absurde, puisqu'il est absurde de supposer qu'un vertueux vieillard ÇQi, prêt à rendre à Dieu compte de son administration, ne doit occuper que quelques années la place du généralat , la K^arde comme le ^^ége de tous les crimes; puisqu'il est absurde de supposer que des religieux qui ont tout sacrifié 'à l'espérance de trouver sous Tempire de llnstilut la plus
[U Ibid., pars 8, c. I, n. 7, p. 424.
{-) Rid., pars 9, c. 2, nn. 1 et 6, p. 434.
grande perfeclion dont un chrétien soit susceptible , se crussent obligés , en vertu de cet Institut même , à commettre les plus grands forfaits dont un homme soit capable; puisque, quand même il y aurait un général fanatique qui abuserait de son pouvoir , il serait absurde de supposer qu'il n'y eût ni un pape assez raisonnable, ni des Jésuites assez vertueux pour le déposer conformément aux lois dé l'Église et de l'Institut; supposition qui ne prouve rien ou qui prouve trop, puisque ce qu elle prouverait contre la place du général, elle le prouverait contre toute sorte de places. Car en est-il une seule qui ne puisse être occupée par quelque méchant ou par quelque imbécile? et un prince, et un magistrat, et un évèque, et un commandant, et un père même, ne peuvent-ils pas abuser par malice ou par imprudence de leur autorité autant que le général des Jésuites peut abuser de la sienne?
Une espèce de monstre, rampant sans cesse aux pieds des rois et des pontifes, pour épier le moment de surprenrire leur vigilance et d'usurper leur place; joignant à la voix d'un enthousiaste les mouvements d'un fanatique, au génie d'un despote le cœur d'un assassin^, toutes les manières d'un fourbe â tous les traits d'un scélérat; commandant à une troupe servile d'impies adorateurs qu'il voit à ses genoux, qu'il charge de ses fers, dont il bande les yeux, dont il trouble le cerveau, qu'il abreuve de fiel, qu'il arme de poignards, qu'il conduit au carnage, qu'il dresse à tous les crimes en les exhortant à toutes les vertus; tenant du haut des sept collines où il a fixé sou repaire quarante mille yeux ouverts sur l'intérieur des cours, sur l'intérieur des familles, quarante mille bras levés sur la tète des rois, sur la tète des peuples; répandant partout sur l'autel, sur le trône, dans les places publiques, dans les maisons particulières , la vapeur de la superstition, le souffle de la discorde, l'exhalaison de la mort; buvant dans une coupe préparée par le sacrilège, foréseulce par le brigandage, le sang, l'or tout ensemble de Fancien, du nouveau monde; cachant sa tète dans le ciel, de ses mains ravageant la terre et de ses pieds foulant les enfers ; voilà à peu près le général des Jésuites tel que la
b.iiue eu délire le peitil à la préveotion, et (el que daoâ l'accès du vertige la préventîoti Tétale à rimbécillité.
Ce fantôme, (oal eitravagant, toat ridicule qu*il est, est pourtant ce qui a soulevé contre les Jésuites la plus grande parife de la Frauce. On l'a promené de ville en ville, de iribuDal en tribunal, de maison en maison. Partout il a servi d'épouvantail aux sots, d'amusement aux indifférents, de sujet de pitié aux sages, et de sujet de condamnation contre b Jésuites.
Fr^tnçais, si jamais la raison vous dessille les yeux, regardez de près ce qui vous épouvante de loin; regardez dans riQïiitbl ce qui vous effraie dans les libelles, el vous rirez Toos-mëmes d*uue terreur qui fait rire les nations voisines , el vous rougirez d'un aveuglement qui fera rougir yoa Mveax.
Ces pages forent écrites en 1762.
N« 5. (Voyez p. 73.) TexU de S. Ignace sur ies pémtenees exUrUures. PœDite&ti» faclendae.
Exierior (pœnitenlia) est froctas interioris, vîdelicel castigalio aliqua de commissîs, qas tribus potissimam modis assomi potest.
Primo, circa yietum, sobtractîs quibusdam uon soperflois solum rqaod temperaotis est, dod pœoiteotis), sed eliam cooveDÎeDlibus alimeatis : et eo fit melius, qao plus sabtrahitar, vilata inlerim natars corroptione, aat debililate gravi , sea înfirmitale.
Secundo, circa somni et strati modom, snblatîs non mollibns tantum, aat deliciosis rebas , sed aliis etiam opporlam's, qaantom licet, citra vitas, aat yaletadiois grave periculom. Quapropter de somno necessario nihil demeodom est , nisi aliqaantisper ad consuelndinem (si cui est nimii somni) moderandam.
Tertio , circa ipsam earnem , nt inflictam sentiat dolorem, admotis, gestatisqae ciliciis, fanibas, aut veclibus ferreis , vel incassis verberibos ac plagis , vel aliîs austeritatis generibtts assomptis. In qoibos Umen omnibus magis expedire yidelar , at doloris sensas in carne tantum sit, nec penetret ossa com infirmitatis periculo. Quare flagellis potissimam ulemar ex fanicalis mioatis qu» cxteriorcs affligant partes, non aotem adeo interîores , at vaLetudincm ad?ersam caasare possint (1).
(I) tnst. S, /., Exerc, spirii., S bebd. tmnotatio lOj t. 2,p. iOl.
N° 5. (Voyez p. 73.)
. Traduction* Pénitences à faire.
UpéDitence extérieure est le fruit de la pénitence intérieore: c'est un châtiment qa'on s'inflige pour ses péchés; fie peut se pratiquer surtout de trois manières.
Premièrement , daus la nourriture , en se privant de cetmets, non seulement superflus (c'est vertu de tempénDce,noa pas de pénitence), mais aussi convenables, et imnse prive, mieux on fait, en évitant toutefois de se ruito le tempérament par un affaiblissement grave ou une
^''oodement , dans la mesure du sommeil et la condition litilit, eo retranchant non seulement ce qui sent la mollesse <lles délices, mais aussi ce que demanderait la commodité, ^Dtant qu'on peut le faire sans que la vie et la sauté soient S^^^emeot exposées. 11 ne faut donc rien prendre sur le ymmi nécessaire, si ce n'est pour peu de temps, afin de Nérer l'habitude de trop dormir si quelqu'un l'avait con- («clée.
^Toisièmemeni, dans sa chair même, en lui infligeant des ^nices par l'usage des ciliées , des cordes et des chaînes ^^'^''i on bien par des flagellations et des blessures, ou tout âoire genre d'austérités. £n tout cela pourtant il semble plus *^<)i'YenabIe que la douleur se fasse seulement sentir dans ^ chair, et ne pénètre pas jusqu'aux os avec danger d'in- ^'<é. Servons- nous donc principalement de disciplines ^ avec de petites cordes qni affligent les parties extéf neoreg^ et non pas les intérienres au point de compronaeltre
N- 6.(Vay.p.8D.)
TEXTES DE M. QUINBT, ET TEXTES YEEITABLES
(ne coDfondei pas).
TexU de Jf . Qmmt sur les pénitences extérieures.
« Pour allirer qaelqa'nn à la Sociélé, il ne Tâol pas agir brusquement, ex abrupto. 11 faut allendre qoelqae bonne occasion, par exemple, que celte personne éproave uo chagrin extérieur, ou encore qu'elle Casse de maucaùei affairtt. Une excellente commodité se trouye aussi dans les vicfs méme(i),n
Texte du Guide des Exercices :
CAVUT PRIMUM.
Quomodo inducendi sint homines ad Eicernlia (2).
1. Dicitur in nostris conslitolionibus, cum £xerd(ioroni ratio reddilur, non solnm îd agi del>ere ot aliis salîsfiat, sed etiam ut iii aliis desiderium excitetor, ut eisdera jovari, Telint. Ex qiio apparet, oportere hoc esse Nosiris propositom, ut qootquot possunt ad agenda Exercilîa suariter ioducant : qooniam corn charités et zelus aniinarnm nos mo- Yere debeat, ad desiderandam et procurand«im earom salatem et perfectionem, eadem etiam impeltere débet ad eam rem, quae adeo apta et adeo efficax est ad illud utramqoe in eis operandom.
2. Est tameo opus prudentia, ut id discrète et modeste fiai, nempe tempore et loco convenienti, sine rooiestîa ant ofTensione : et nominatim cavendo ne snspicio priebeftlar, quod ad religiosum stalum trahere Telimus. Honc alitem modam prudenlem et cautum invitandi ad Exercitia sugge-
(2) JnsL S. /., t. 2, p. 435.
N* 6. (Voyez p. 80.)
En comparant ce que M. Qoinet et le Guide des Exerdces ont dit, soutenez-vous que le célèbre prof«>s<eor traduit loojoars Exercitia spirilualia par Société de Jésus,
Traduction.