‹ Des JésuitesChapitre 30 sur 56 · II. t · texte numérisé non relu

II. t

rtiarlin, le 28 avril, c'est à dire onze jours après la menace d'excommunication : « Si le pape n'est appuyé des forces et des conseils d'Espagne; il est liors de sa puissance de rien entreprendre contre cette république. Car^ quant aux armes spirituelles, il n'y a pas ici faute de docteurs, tant jurisconsultes que théologiens, qui prétendent avoir de quoi vérilier que Sa Sainteté les a employées mal à propos; et desjà tous les ecclésiastiques tant réguliers qu'autres, ont promis de n'avoir aucun égard à la dite excommunication, voire de courir sus à quiconque la voudroit publier, fust-ce Monsieur le Nonce en personne; et non seulement le clergé de cesle ville a donné cette assurance au sénat, mais par toutes les villes et communautés vénitiennes. Les curésjcs moines, et, quod magis miroTy les Jésuites en ont autant fait: vrai est que c'esifornUdiney parcequ'ils possèdent douze ou quinze mille escus de rente sur cest estât (4). »

Remarquons en passant que de Fresne n'est pas en htimeur de ménager les Jésuites. Nous verrons bientôt s'ils furent enchaînés parla crainte de perdre les revenus de leurs maisons et de leurs collèges.

Le sénat ne tarda pas à leur proposer officiellement Talternative ou d'obéir à ses décrets ou de sortir des états de la république. Gomme l'excommunication n'était pas encore publiée, et qu'il s'agissait avant tout de la défense de la promulguer, les pères promirent d'obéir. D'ailleurs le terme du délai accordé par le bref du 47 avril était encore éloigné. Dans un

(1) LeHre9 et ambassade^ U 3, p. 17

mois les choses pouvaient changer de face au Vatican ou dans le prégadî.

Cependant, afin de tout prévoir, car Texcommu* nîcatîon ne pouvait manquer d'être à la Gn publiée, les Jésuites se hâtèrent d'envoyer quelqu'un pour consulter leur général. Le 29 avril l'ambassadeur de Venise écrivait donc à d'Al incourt, ambassadeur à Rome. « Le bon P. Possevin arrivera peu de jours après cet ordinaire, et ne faudra de vous aller voir. Outre sa rare piété et érudition, il s'est employé à la rebénédiction de sa Majesté avec tant d'aflection que toute la France lui en est redevable (1). Je vous supplie, Monsieur, le vouloir recueillir comme vous faites les personnes de tel mérite et qualité. 11 est plein de bon zèle; et il s'est si heureusement employé en maintes autresgrandesaffaires, qu'il serait à désirer qu'il se pût entremettre de celle-ci pour faire ouverture de quelque bonne réconciliation. Vous lui pouvez parler franchement comme à une âme qui ne s'oblige à rien qu'à l'honneur de Dieu et au bien de son église (2). >

Le P. Antoine Possevin, à qui le Saint-Siège avait <^nfié plusieurs négociations difficiles, en Allemagne) en Suède, en Pologne, en Russie, avait réellenient conçu quelque espoir d'être utile à la paix; il pria même de Fresne de demander au doge s'il

(l)Le cardinal Tolet, Jésnite, toa( Espagnol qaMI était, IravafUa aassi avec tant d*ardear à la rëconcllialion de Henri IV avec le Saint-Siège, qao ce prince lai en tënrioignr'i Nours depuis sa reconnaissance. Ayant appris, en 4596, la 09or( de son pieax et savant ami, ii lui flt faire un service solennel â Paris et à Rouen.

9) Mires et ambassade^ (. 3, p. St.

trouverait bon qu'il employât son crédit, à Rome, en faveur de la république. L'ambassadeur s'y refusa. « Cette proposition, dit-il à Henri IV, ne me semblant aucunement à propos, parceque ie sénat exclut généralement tous les ecclésiastiques de la cognaissance des aâaires, et particulièrement est assez peu affectionné ausdits Jésuites, ayant mesme opinion qu^ilà ayent aigri et instigué sa Sainteté à entreprendre ce différend; je le priai de m'excuser, et Tai recommande à M. l'ambassadeur d^Alincourt (1). »

IV. Nonobstant toutes les défenses et les menaces du conseil des Dix, Texcommunicaiion se trouva affichée aux portes de cinq églises, dans la nuit du deux au trois mai. Un moine fut surprisavec un exemplaire du bref; la police le saisit. « H pourra servir d'exemple pour faire peur aux autres, écrivait le malin même de Presne à Villeroi (2). »

Le Sénat ne pouvant donc plus caclier au peuple les censures pontificales, fit afficher trois jours après, le 6 mai, dans tous les états de la seigneurie un manifeste, qui, déclarant la sentence de Paul V injuste, illégale et par conséquent sans e^fet, ordonnait solennellement à tous les vicaires, abbés, prieurs, recieurs des églises paroissiales ei autres prélats ecclésiastiques, de n'en tenir aucun compte (3).

(1) Ibid., p. 24.

(S) md.^ p. 29 et 50.

(Z) Dapleix, HisL de Henri- te- Grande p. 578.

€ I! fut donc enjoint, dit Dupleix, à touà les ordres, Chapitres et autres ecclésiastiques, de continuer selon leur coustume, sou^ peine de bannisse* ment et de privation de leurs revenus et bénéfices. Néantmoins les censures estant trop manifestes, les ordres réformés et lés Jésuites aimèrent mieux sortir de Testât de la seigneurie que de les encourir en y demeurant. Les autres compagnies et ordres, arrêtés par diverses considérations (et singulièrement par la crainte d'estrè privés de leurs biens), ne laissaient pas pourtant d*avoir de grahdes tranchées de conscience, lesquelles le sénat tascha de leur lever ou de les adoucir par les escrits et prédications d'anciens théologiens, la plupart mercenaires, qui abandonnaient S. Pierre pour S. Marc , et s'accommodaietit àla raison politique. Mais TÊglise ne manqua pas aussi de très vigoureux athlètes qui embrassèrent religieusement sa défense. 11 y eut aucuns preslats qcii se disposaient à tout quitter par ce scrupule de conscience; mais le sénat, craignant la conséquence, les retint malgré eux en leurs églises et sièges (1). y^

De Fresne, mieux informé, puisqu'il était sur les lieux, nous apprend que les Théatins, les Capucins et les Minimes furent chassés quelques jours après les Jésuites,et qu'un grand nombre d'ecclésiastiques séculiers i'urent aussi contraints de sacrifier à leur conscience, leur patrie et leurs biens (2).

(0 /bid., p. 378 et 579.

(2) heures et ambassade, t. 3, p. 42 ; Lellrc du 19 mai à M. de ' Commartin.

« Les ambâfisadeurs de l'empereur, du roi d'^Ës* pagne et du duc de Savoye, résidants à Venise, déclarèrent assez, suivant le même historien, rinclination de leur maistre envers le Pape, en ce que, depuis l'interdit, ils ne voulurent plus assister, comme devant, au divin service, en la chapelle Saini- Marc, où le duc faisait ses dévotions ordinaires. Mais le sieur de Fresne Ganaye, ambassadeur de France, continua de s'y trouver comme auparavant, asseurant les Vénitiens que le roi son. maître accommoderait infailliblement ceste affaire (1). »

De Fresne, quoique moins scrupuleux que ne l'aurait voulu son bon père Possevin, n'agit pourtant pas aussi cavalièrement que Dupleix semble le dire. 11 s'excuse d'avoir assisté à la procession de la fête-Dieu avec l'ambassadeur d'Autriche, et parmi les raisons qu'il allègue pour justifier sa conduite, « Je me tiens, dit il, aux privilèges de notre Eglise gallicane, qui nous exempte de toutes censures tandis que nous servons sa Majesté, et nous acquittons loyalement des charges qu'il lui plaist nous commettre. » Cependant il demande sur cet article l'avis de Villeroi, conseiller de Henri IV en ses conseils, et premier secrétaire de ses commandements (2).

N'ayant probablement pas reçu de réponse, il écrivait encore près de deux mois après au même seigneur : « Le bon père Possevin prend tant de soin de mon âme qu'il m'en met en peine ; car il m'escrit s'être trouvé empesché de m'excuser envers le Pape

(1) Baplclx, HisLde Henri-le-Grand, p. 379.

(2) Lettres et ambeissadei t. 3, p. 64; Lettre do 2 Juin,

de ce que je continue d'assister aux cérémonies de ]a république, et qu'il m*a obtenu licence de sa Sainfêté de faire dire messe céans^ comme j*ai fait sou« vent, n'ayant besoin pour ce faire de- licence particulière, pourvu que nul vénitien n'y assiste. Je crois fort bien que sa Sainteté n'épie pas mes actions de si près qu'il y eust pris garde^ si ce bon homme, ne sachant de quoi l'entretenir, ne l'en eust avisé; autrement j'estime qu'il en eust plustost parlé à Monsieur d'Alincourt qu'à nul. Or, combien qu'en mon âme je persiste en ce que je vous ai ci-devant escrit, que les ministres des princes ne sont ni expressément, ni tacitement comprins en cet interdit, (lequel mesme n'est point local ; mais personnel seulement pour les subjets de la république; de sorte qu'il n'empesche point que le service divin ne soit légitimement célébrées églises de celte ville, et que je n'assiste en bonne conscience, n'ayant à respondre si Ton fait mal ou non de sonner les cloches et d'y admettre le peuple), néantmoins, ne désirant me conduire par mon sens particulières actions publiques de ma charge, je vous supplie très-humblement, Monsieur, me commander comme j'aurai d'oresnavant à m'y comporter. Cependant j'ai remercié ce bon homme de ses bons offices, et, pour me desfaire de sa correspondance, je lui ai escrit que je m'en vais pour trois mois aux champs ; ce que je m'asseure qu'il prendra pour exécution du précepte qu'il me donne, de n'assister point aux cérémonies publiques (1). »

(\) Ibid., p. 158 et 139; Lettre du 26 Jaillet.

Quiconque ouvrira les correspondances de de Fresne Canaye, verra qu'elles reflèient le caradère des différents personnages auxquels il écrit. Grave avec Tanfibassàdeur de Rome, dévoué au Pape et favorable aux Jésuites avec le rôi de France, il prend plus de liberté avecVilleroi et surtout avec Cornmartin. Ses lettres à Henri IV suffiraient, ix défaut de tout autre monument de l'époque, pour p'rouvet Tatiachertient de ce prince au vicaire de Jésus-Cbrist et à la Compagnie de Jésus. Mais les historiens Dupleix et Matthieu nous en ont laissé de nombretiic et d'éclatants lémoîguages. Ce n*est pas ici le lieu de les développer. Revenons aux Jésuites de Venise.

V. Leur position tai très embarrassante. Le sénat tenait singulièrement à leur soumission; car leur exemple lui semblait devoir exercer une grande influence. MaisTexcommunication du pape était trop manifeste; et les renseignements qu'ils avaient reçusde Rome ne leur laissaient aucun doute. D'ailleurs les Théatins, les Capucins et les Minimes avaient cessé tout office divin pour observer l'interdit; les ambassadeurs des cours étrangères le reconnaissaient eux-mêmes. Cependant, pour complaire au sénat autant que leur conscience pouvait le permettre, ils promirent d'entendre les confessions et d'instruire la jeunesse, pourvu que le doge ne trouvât pas mauvais qu'ils fermassent leur église. C'était le seul point sur le* quel l'obéissance due au vicaire de Jésus-Christ ne leur permettait pas de transiger. Le sénat voulut tout ou rien; et de Fresne, dans une lettre du 43 mai, raconte ainsi à Henri IV leur départ de Venise, c Non seulement il leur a éléenjoinct de partir de

ceue ville et de tout Testai mais même on leur a prononcé qu'ils n'y seraient plus roçus : et de fait lear maison de cette ville a desja esié donnée à d'autres religieux, et tout leut revenu, qu'on dit estre d'environ trente mille ducats, a été séquestré, et dit'On qu^ii 6ë divisera entre les plus pauvres monastères et lieux pies, dont néantmoins l'ordonnance n'est pas encore faite (i). Mais il est bien vrai qu'on les a fait sortir trois jours plutôt qu'ils ne pensaient, et avec plus de rigueur qu'il ne semblait convenable à personnes de cette qualité; parcequ'on les a accusés d'avoir suborné les autres religieux à abandonner la ville avec eux, afln d'esmouvoir le peuple; et d'avoir aussi esté des pretniers à instiguer le pape contre ccuerépubhque, luiprottiettant que son excommunication n'aurait ici moins de vertu que celle du feu pape Clément à Ferrare : de sorte qu'il a esté besoiii de leur donner escorte à leur partement, pour empescher qu'ils ne fussent offensés par le peuple, qui les appelait espions d'Espagne, et se réjouissait de les voir chasser comme s'ils eussent été deuement convaincus de trahison (2). »

Par une singulière contradiction, au moment mèm« où les Vénitiens accusaient les Jésuites d'être vendus à l'Espagne, les Espagnols les poursuivaient à Rome

(1) Nous verrons plus tard en quelles mains pieases leur maison passa.

(2) Lettres et ambassade de Messlre de Fresne Ganaye, t. 3, p. 34. Cette narratfdn du départ des Jésuites est suivie des aceosaCiotis^otil otl les chargeait. On les retrouvera dans la satle du chapitre.

parcequ'ils étaient trop Français. Nous sommes au treize mai; et le vingt-trois janvier de la même année^ le cardinal du Perron, assistant à la fameuse congrégation De auxilusj où les Dominicains et les Jésuites disputèrent sur le libre arbitre avec tant de science et de chaleur, avait écrit à Henri IV : « Les Espagnols font profession ouverte de protéger les Jacobins, en haine, comme je crois, de raffectîon que le Père général des Jésuites, et presque tous ceux de son Ordre (excepté ceux qui despendent des PP. Mendozze et Personius, comme particulièrement les Jésuites Anglais) ont monstre à vostre Majesté : et semble que d'une dispute de religion, ils en veuillent faire une querelle d*estat(i). »

Au reste, attendons que les cours de l'Europe se mêlent d'accorder le Pape et le doge, et nous verrons si les Jésuites et les Espagnols firent cause commune.

J'avais promis de fermer également les annales des Jésuites et celles de leurs adversaires : mais ouvrons-les à la fois pour un moment, afin de comparer les diflérentes relations du départ des proscrits. Deux autres raisons m'y engagent; je veux indiquer la source de VAnde in mathora répété par M. Quinef, puisqu'il n'a pas jugé à propos de la publier luimême; et faire revivre en même tenips un monument historique lacéré par une main puissante et mystérieuse.

(1) Les ambassades et négociations <fu cardinal du Perron, p. 548 (Paris, 1633, in-40}. Le général des Jésuites à celte époque était le célèbre Claude Aquaviva.

On lit dans une histoire du différend entre Venise et le Saini-Siége, imprimée pour cause à Genève ffiéiropole du calvinisme, ei anonyme bien qu'écrite par Fra Paolo, le plus célèbre et le plus profond ennemi qu'aient eu les Jésuites à cette époque : « Ils partirent le soir, à deux heures de nuit, ayant chacun leur crucifix pendu au cou, pour montrer que le Christ partait avec eux, A ce spectacle accourut une grande multitude qui remplit tous les environs de leur demeure, sur terre comme sureau ; et quand leur supérieur, qui entra le dernier dans la barque, demanda la bénédiction du vicaire patriarcal, venu pour prendre possession de leur église, il s'éleva une clameur de tout le peuple, qui cria en vénitien, Ande mmat*hora, allez à votre perte ('1). »

Voici maintenant une relation faite par les Jésuites eux-mêmes, imprimée six ans ?vani celle de Fra Paolo, et mutilée aujourd'hui dans toutes les bibliothèques publiques et particulières. Les exemplaires 61) sont rares; et sur huit, les seuls que j'aie trouvés après bien des recherches, un seulement s'est rencontré intact (2), On y lit : « Vers le temps de l'idn- 9^11*9 arrivèrent les barques. Nous y déposâmes le

(1) Histùria particolare délie cose passale tra'l sommo Ponle- Ace Paolo Vêla serenissima republica di Venetia, gli anml605 , 1606, 1607, divisa in Ire libri, Viva San Marco, {in Geneva 1624),

(2) liUerœ annuœ Socielatis Jesu anni 1606, 1607 et 1608, da((B mor« ex Provinciis ad R. P. Generalem Prœpositum, ejus- Amque auelorilate typis expressœ, (Mogunllœ I6ï8.) Je n'ai trouvé ce volume dans aucune des bibliothèques de Paris, bien qu'elles eussent quelques tomes de la collection des UUns annuelle* dont il fait partie. P'où vient celte suppres^

peu d'objets qu*on nous permit d'emporter, étani toujours sous Toeil des officiers envoyés pour épier tous nos mouvemenls. Le vicaire vint ensuite avec les économes. Alors ayant récité dans notre église les litanies et les prières de Vitinéraire^ pour obtenir un heureux voyage, nous nous dirigeâmes ver3 les barques. Là tout était plein de nos amis tristes et déplorant notre départ ; cependant personne n'eut la permi9sion de nous aborder. Ainsi distribués sur quatre bateaux^ et mêlés aux soldats qui nous gardaienty nous quittâmes Venise (1). i

A Padoue (ville aussi soumise à la SeigniBurie), le supérieur du collège denoanda la permission de laisser deux frères laïques pour garder la muisoQ. Mais le magistrat lui répondit que le décret de Venise s'y opposait. Le Père répliqua qu'il y avaitaucoUégeun malade réduit à un tel état qu'on ne pouvait, au jugement du médecin, le transporter sans lexposar à une mort certaine ; qu'il était juste de lui permettre de rester avec une ou deux personnes poqr le soigner. Cela même fut refusé Quapd le^ Pères

$ortirent de la ville, toutes les rues, toutes les fenêtres étaient remplies de spectateurs dont p%» un n'eut la permission de leur parler. Les contenances étaient différentes suivant les différentes dispositions à l'égard des exilés. Leurs ennemis riaient;

sioQ presque universelle de quarante à cinquante pages qoi déposaient en faveur des exilés, contre l'emportement des magistrats de Venise? Nous verrons, dans le chapitre cinquième, un second monument glorieux aux Jésuites, détrait presque partout de la mêine manière.

(i) md., p. 75.

mm ]q nombre rie leurs amis qui pleuraient remportait de beaucoup. On en vil se mettre à genoux et demander la bénédiction dos Pères avec larmes ei sanglots. L*émotion fut universelle à la vue du prêtre malade porté sur un matelas par six frères; et pourtant parmi de jeunes Vénitiens, il s'en rencontra qui, dans ce misérable spectacle, au milieu des pleurs de la foule, trouvèrent matière à leurs rires (i). »

Je laisse à juger au lecteur laquelle de ces deux relations est la plus probable. Dans la première, les Jésuites, respectés à Venise depuis cinquante ans, partent sans trouver la moindre sympathie; dans la seconde, ils sont à la fois insultés et pleures.

Yl. Pour comprendre Tanimosité d'un peuple aussi catholique que les Vénitiens contre le Saint-Siège et ceux qui, suivant l'expression de Dupleix, préférèrent S. Pierre à S. Marc, il faut jeter un coup â*oeil sur la conduite du sénat et sur les prédications des ecclésiastiques et des religieux dévoués à son parti.

Le manifeste que le public avait vu paraître, le 3 mai au matin, faisait de la querelle entre Rome et Venise une affaire entièrement politique. Les sénateurs, tout en montrant qu'il ne s'agissait que de droits temporels, et que Paul V voulait empiéter sur leur gouvernement, protestaient de leur soumission entière au vicaire de Jésus-Gbrist. « Notre résolution est très ferme, disaient-ils, de vouloir continuer en la sainte foi catholique et apostolique, et en l'obéissance

(1) ibid.^p. 79et8l.

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