II
de la sainte Eglise romaine^ comme nos prédécesseurs ont faity par la grâce de Dieu, depuis le commencement de cette république (i). » D'ailleurs les préparatifs de la guerre dont se menaçaient mutuellement le Vatican et le Pregadi, confirmaient le peuple dans la distinction du Pape et du prince séculier. Dans Paul V on vénérait le successeur de Pierre» mais on ne ménageait pa9 le souverain temporel ennemi de la Seigneurie Sérénissime.
Bientôt les esprits s'enhardireat, et la révolte alla plus loin« grâce aux déclacoations de quelques prédicateurs voués en secret au schisme et à la réforme. JL'ambassftdeur de France, tout disposé qu'il était à blâmer la conduite du Pap^ qu'il accuse d'imprudence, témoigna en viogt lettres différentes sa peine et son étonnement.
« Desjà, mandait-il à ViHeroi, le li juillet, les nullités et abus de l'excommunication sont prescbées touves les fêtes par tous ies quartiers de la ville. Desjà ceste populace tiçat le Pape [^ourenaemi de son salut» qui aime mieux arracher la foi chrétienne de leurs âmes que de borner ses richesses ou son ambition. Desjà les confessions des J4suites sont l'entretien des tavernes et des clapets. De^k l'authorité des Inquisiteurs est par terre; ^t la liberté donnée aux imprimeurs de faire venir tante sorte de livres qm impugnept te Pomifioat. Diûv sait cowoe les esprits italiens m feront leur profit <2).ji Dds le 6 mai, il avait écrit ii d'Alincourt : ic Tant s'en faut
(1) Bapleix, Hisl, de Henri-le^Grand, p^r^VS.
(ii) heures ei ambassade de Messire de Fresoe, f . 3, V* ^^^'
que rexcommunication estonne le séna% que la douleur de cette offense le poussç mesme à dénier les devoirs^ lesquels, autrement, n'eussent Jamais été mis en controverse. » Le 13, en lui annonçant le dé* part des Jésuites, il disait : « Je vous envoyé un placard que les sénateurs ont fait afficher par tout leur estât, où vous trouverez de Ta! greur et du ressentiment plus que Je ne pensais que l'humeur flegmatique de ce climat en deut produire, i Le 19, parlant à Commartin de la même affiche, «vous y remarquerez, lui dit-il, des paroles autant contraires à l'authorité pontificale que jamais les protestants d'Allemagne en aient publié, quoiqu*en apparence elles ne s'adressent qu'à la personne et non au Saint-Siège (1).» Ala tête du mouvement anti-catholique se trouvait PaulSarpi, moine hypocrite et protestant dans l'âme, théologien de la république et mauvais génie des doges, trop connu sous le nom de Fra-Paolo pour que je ugcaici sou caractère. P'ailleurs j'aurai plus tar(i des rév^dtiona à dira sur se» intrigues. U avait pour Qoitègue, dans son projet d'étaUir la réforme à Venise, Fra-Fulgenzio, moins hs^bile, mais plus fougueux que lui. ]L.e premier, trop profond pour dévoiler taatéà an {I9qsé0, cachait «a liberté luthérienne «>Q8 la BO«a des Uberlés de PËglise gallicane. Il ep hisait un droit des gens néeessaite à la conservation le tous les états (2). Ifl^is dans ses rapports intimas
(1) Ma., p. m, 93 et 49.
(2) « Plas on s'efforce, dit de Presae, d'étouffer nos libertés gallteanes, plus elles soat embrassées et recherchées de Mes les nattons : si bien qu'on leor donne ici nom de droit
et secrets avec les ministres d'Angleterre et de Genève^ il parlait sans détour. Dans une de ses lettres, du 5 juillet 1611, il disait : c Le plus essentiel est de ruiner le crédit des Jésuites. En le ruinant on ruine Rome ; et si Rome est perdue, la religion se réformera d'elle-même (i). »
Son compagnon leyait le masque. Le cardinal de Joyeuse, passant par Venise au commencement de mars de Tannée suivante, fut tellement effrayé de sa hardiesse et du concours qu'attiraient ses déclamations tribunitiennes, qu'il conjura les sénateurs de lui imposer silence. La chaire lui fut donc interdite, mais pendant quelques jours seulement. Car dès la fin du même mois, je trouye le peuple accoarant plus que jamais pour l'entendre. Le conseil des Dix avait rendu à son plus fougueux champion la
des gens, nécessaires à la conservation de tontes sortes d'estats ; comme vous aorez yen par l'apologie de P. F. Paolo, pour Gerson, contre le cardinal Bellarmin. » Ibid., p. S33, lettre da 12 octobre i606,'à M. de Yliliers Hotteman« On trouve dans nne lettre de Fra-Paolo, du 20 Juillet 1608} « J*alme beaucoup ridée qu'a M. Gillot de publier les libertés de TEglise, non seulement gallicane, mais universelle. Peut-être Dieu, dans ce siècle, veut-il éteindre la tyrannie par des moyens plus doux que ceux qui forent employés an temps passé. Celui qui a commencé à Jeter les fondements n'a pas achevé l'œuvre. Qui sait si en commençant par le toit (l'autorité du Pape), comme on fait aujourd'hui, l'effet ne sera pas meilleur? » Moria del concilio TriderUino, da Fra- Paolo Sarpi, con note di P. F. Le Gourayer, 1. 1 ; COflveiwfto délia vila di Fra-Paolo, p. IxvJ et IxvtJ.
(i) Ibid,, p. IxviJ. Ses correspondances sont pleines de l'intérêt qu'il portait aux huguenots français. Ibid. Bossaet dit que Fra-Paolo « n'était qu'un protestant sous on flroc,
liberté de combattre contre le Pape pour la République (1).
Le doge Léonard Donaio, inspiré par Fra-Paolo, semble, comme nous le verrons , avoir caché luimême, dans les profondeurs de sa conscience, le dessein de séparer son peuple de la communion catholique. Quoi qu'il en soit, le duc de Joyeuse trace ainsi le caractère des sénateurs dans une lettre écrite de Venise à son roi, sous la date du 6 mars 1607 : « Je crois que si les plus sages, et qui ont acquis le plus d'expérience en ce sénat, y ont le plus d'authorite, les choses y pourront succéder heureusement. Mais ce corps estant composé d'un grand nombre d'hommes passionnés et intéressés, et peu expérimentés aux affaires du monde et moins à ceux de la guerre, cela fait craindre de Tévénement; et serait témérité et légèreté de vous dire si j'espère ou désespère : parceque, par tout ce que je puis entendre, il me semble que les opinions de ce sénat sont entier remeot divisées et qu'il y en a un grand nombre <|ui est désireux de la guerre. En quoi ils s'éloignent si fort de la prudence et maximes tenues par leurs ancêtres^ au gouvernement de leur estât, qu'il est à craindre que Dieu ne le permette ainsi par quelque secret jugement que les hommes ne peuvent pénétrer (2). »
^o< disait la messe sans y croire, et demeorait dans une ^lise dont le calte lai paraissait une idolâtrie. » Histoire des ^^riations, U 7, c. 9 (éd. de Yersailles], 1. 19, p. 495 et 496.
V) lettres et amlxissade de Messire deFresne, t. 3, p. 503; l^Ure à M. d'Alincourt da dernier mars 1607.
(2) ttanascrit de la bibliothèque royal, Fonds Harlay, 265', vol. IMS (pièce 40).
En effet, le gouyernement vénitien n'eut jamais rhumeur martiale. Tout général d*armée lui faisait craindre un tyran; et quand il n'avait pu prévenir la guerre, ni par argent, ni par adresse, il aimait mieux prendre à sa solde des capitaines étrangers que de confier ses troupe» à quelqu'un de ses sujets. C*est cette crainte de la puissance militaire « que figure, dit d'Avrigny, la statue de S. Théodore, autrefois le patron de la République, et qu'elle a changé parcequMl était soldat. Cette statue est élevée sur une des colonnes de la place Saînt-Marc; on voit le saint armé de toutes pièces; il a la lance et le bouclier en main, mais il porte le bouclier à la main droîle et la lance à la gauche, preuve évidente qu'il n'a pas envie de faire grand mal (1). »
Mais à l'époque de l'inierdit, le désir de se venger du Pape tenta le courage des Vénitiens. D'ailleurs Jacques I** et les puissances hérétiques d'Allemagne les poussaient à une rupture éclatante et durable. DeFresne écrivait à La Boderîe, le 18 août 1606: #t On croit ici que l'ambassadeur du roi d'Angleterre fait tout ce qu'il peut pour fomenter le différend (lue nostf e maistre tasche d'accommoder; et qu'il fait de grandes offres à ceste république, au cas qu'elle veuille se^reiidre irréconciliable avec sa Sainteté, et lui faire la guerre gnerroyable... 11 monstre que les forces de son œaistre et des princes protes* taiits ses amis sent plus que sufiBsantes pour roinef le Pape et tous êeè àints (2). »
(1) Mémoires ek^^ùnoUfgiqnêt et do^muiquéé p(mf ^*^ ^ VkMHfe MtflMMll«fi#i d ramée ie05> ftoos Id dats M iO décembre et Jours suivants (Nlsmes, 1781), p. fi6«
(2) ïMres et amhassadej t. 3, p. 170.
VJI. Nous avons laissé le procès des Jésuites pendant; reprenons-le mainlenant que nous connaissons les témoins prêts à disposer contre eux, et les juges qui vont prononcer leur sentence.
A peine la populace ameutée par les prédicateurs schismatiques eut-elle vu, le 9 mai, s'éloigner l8i quatre barques qui emportaient les proscrits, qu'on courut à leur maison pour en visiter toutes les profondeurs mystérieuses. L'attente ne fut pas trompée.. On y trouva des restes d'écrits qu'ils avaient brûlés avant leur départ. De là naquirent de grands soupçons. On interrogea donc tous les débris de leurs papiers, et le bruit se répandit par toute la ville qu'un d'eux avait promis au Pape trois cents esclaves dans les trois cents écoliers qui fréquentaient leur collège; qu'une de leurs règles ordonnait une soumission aveugle aux décisions de l'Eglise, quand même elle déclarerait noir ce qui nous semble blanc (1). Mais ce qui porta l'étonnement à son comble, ce furent plusieurs creusets qu'ils n'avaient pas eu le temps de briser. Leurs amis furent eux-mêmes, diton, fort embarrassés de cette découverte. Car il était évident que les Jésuites fondaient de l'or et de l'argent et battaient monnaie. Mais on ne tarda pas à savoir que ces prétendus creusets n'étaient autre chose que des formes pour arrondir des calottes (2).
< On les accuse, dit de Fresne à Henri IV, dans ses dépèches du 18 mai, de plusieurs autres choses,
(t) Voyez le chapitre vn de la première partie.
(2) UUloire de la république de Venise^ par Laugier, 1. 39, année 1606 (Paris, 1767), 1. 10, p.3M. Voyez Notes et Héces i^tificativesy n. 5.
comme d'avoir spolié plusieurs maisons, d* avoir envoyé grosse somme d'argent à Rome, d'avoir tenu registre des confessions des personnes de qualité, et, trois ou quatre jours devant leur partement, d'avoir brusié grande quantité de papiers de crainte qu^ils ne fussent veus ; sur toutes lesquelles charges j'entends que le sénat veut faire informer (1). »
Le i9, il mandait à Gommartin : « Les Jésuites auront peine de rentrer jamais plus ici, quand même les affaires se raccommoderaient avec le Pape, pour estre accusés de plusieurs choses sur lesquelles le sénat fait informer. Quand j'apprendrai quelque chose de certain, je ne faudrai de vous en faire part (2), »
Trois semaines après il annonce à Yilleroi que « les informations qui ont esté faites contre eux sont remplies de cas énormes (3). »
Le jour même où l'ambassadeur de France écrivait ces dernières lignes, le 14 juin 1606, plus d'un mois après le départ des proscrits, le sénat porta contre eux une sentence définitive. En voici la teneur telle que je la trouve plusieurs fois répétée dans les correspondances de de Fresne, qui la manda bien vite à tous ses amis, mais avant tout à Gommartin.
La République a fait « une ordonnance fort rigoureuse contre les Jésuites, par laquelle ils sont a jamais exclus de tout ce domaine, sans y pouvoir esire plus restablis, ou leur restablissement mis en déli*
(i) leUres et ambassade, t. s, p. 35.
(Si; md., p. 43.
(3) md,^ Lettre du 14 Juin, p. 78.
béradon^ que le procès qui leur a esté fait ne soit la en présence de ces quatre-vingt sénateurs pour le moins (tous les papalins exclus); et qu'ils n'ayent les cinq sixièmes de ce nombre en leur faveur; qui sont les moyens que tient ce sénat quand il veut rendre une chose impossible (1). »
Voilà, pour me servir des paroles qui suivent ce décret dans la lettre d'Aï incourt, une grande ignonmie faite à une vénérable compagnie religieute,
YllL Etudions maintenant les pièces du procès, et nous verrons si cette sentence formidable fut une vengeance publique et légitime, ou une énorme injustice.
Henri lY, médiateur entre Rome et Venise, s'occupa beaucoup du rétablissement des Jésuites. 11 dut donc singulièrement tenir à connaître la vérité des accusations portées contre eux. Aussi la correspondance de son ambassadeur nous montre-t-elle toutes les démarches faites auprès du sénat pour avoir communication des preuves. Or, que penser d*un tribunal, d'ailleurs mu par la colère, qui refuse obstinément de montrer ses témoins et ses pièces de conviction? Mais renonçons aux raisonnements; je vais faire parler les faits seuls, n'y voulant rien mêler du mien.
Le roi de France écrivit donc, le 18 juillet, à de Fresne, pour avoir des renseignements sur la condamnation des prétendus criminels. Voici ce que son ambassadeur lui répondit, le 23 août suivant :
(1) im.^ Lettres du 16 Jaia à GommartlD, da 17 à d'Alin^ coort, p. 79 et 8S.
€ D'autant que les preuves et informations qui en Ont esté faites spécifient les personnes d*un et d'autre sexe qui ont esté, ou subornez» ou recherchez par lesdits Jésuites pour exécuter leur mauvaise volonté; il a esté jugé nécessaire, pour maintenir Tunion dudit sénat, e( pour autres grandes considérations importantes au bien, repos et seureté de cet estât, de les supprimer (i). »
Cependant, malgré ce parti pris de tout soppri* mer, une pièce de conviction fut exhibée. L'ambassadeur de iP'rance la communiqua àVilleroi, conseiller du roi en ses conseils, et premier secrétaire de ses commandements. « 11 m'a été impossible, lui dit-il, de voir les informations faites contre les Jésuites. Mais un sénateur m'a baillé la copie, ({ug vous trouverez en ce paquet, d'une lettre d'une femme de cette ville à son mari, et en a retenu l'original, prétendant qu'elle monstre qu'ils ont tâché de mutiner ee peuple, en lui persuadant qu'il ne devait plus aller à l'église, et qu'il serait damné s'il obéissait aa sénat (2). »
On conçoit que Henri IV dut se défier de juges qui ne voulaient montrer que leur sentence, et de témoins qui tous avaient peur de la lumière; que la copie d'une lettra écrite par une dame à son mari ne lui sembla pas une réponse péremptoire. Aussi son représentant à Venise, d'abord sévère envers les accusés, épouse-t-il leur cause avec chaleur à mesure qu'il fait des efforts inutiles pour pénétrer les
(i) Ihid., p. 42.
(2) /did.| p. 186, Lettre du S3 août.
mystères de leur condamnation. Deux mois et demi après la lettre au roi, rendant compte à l'ambassadeur de Rome, sous la date du 4 novembre, de ses démarches auprès du doge, afin de lui faire agréer les articles que Paul V exigeait pour une réconciliation mutuelle, il s'exprime ainsi.
Le prince m*a dit « Que si en la généralité des religieux (dont le pape demande le rétablissement) on entendait comprendre tes Jésuites, ceux-là étaient bannis de cet estât à perpétuité par un décret du sénat, fondé sur si grandes et fortes raisons qu'il ne croit pas qu'il peut jamais être révoqué. Sur quoi je repartis avec toutes les raisons que raffection dont sa majesté honore l'ordre desdits Jésuites, et les grands services qu'il a rendus et rend journellement à l'Église, m'ont pu suggérer ; concluant qu'il valait mieux chastier ceux qui seront convaincue d'avoir faict, dit ou escrîpt chose dont la République se puisse douloir, que de flestrir tout un ordre desjà reçu par toute la Chrestienneté, voire par tout le monde,et auquel le nombre des innocens est sans com« paraison plus grand que ne peut être celui des coupables; adjoustant qu'encores que je n'eusse présentement let très de sa Majesté pour faire instance en faveur desdits Jésuites, si pouvois-je asseurer qu'elle à une si particulière dévotion audit Ordre, que difficilement pourroit-elle soufTrîr qu'il demeurast seul exclus du bénéfice de cette réconciliation; et au lieu de s'en resjouîr avec tout le reste de la Chrestienneté, eust subject d'en gémir, et se douloir dé sentir seul la sévérité d'un sénat si équitable; pouvant maintenir ne l'avoir point méritée, tandis ^uq
les causes sur lesquelles on l'a fondée sont incogneuês(l).»
Le sénat» pour éluder les instances de Henri IV et de son ambassadeur, finit par dire qu*il communiquerait au chef de l'Église les causes secrètes de la condamnation des Jésuites; que sa Sainteté, lorsqu'elle les aurait connues, en demeurerait satisfaite. Allons donc chercher au Vatican ce que le Pregadi s'obstine à ne confier qu'au vicaire de Jésus-Christ.
IX. La réconciliation entre Rome et Venise s'avançait, grâce au zèle religieux du roi de France. Le cardinal de Joyeuse, envoyé à Rome en ambassade extraordinaire pour négocier la paix, avait enfin triomphé de tous les obstacles. Cependant Paul V, prêt à révoquer ses anathèmes, était retenu par une dernière difficulté. Le rétablissement de la Compagnie de Jésus dans un état d'où elle n'était sortie que par obéissance à ses ordres, était à ses yeux une condition indispensable au traité qu'on voulait conclure. Signer leur exclusion, lui semblait signer sa condamnation personnelle.
Mais l'adroit négociateur, voyant bien que les sénateurs vénitiens ne consentiraient point à la révocation solennelle de leur sentence, imagina un terme moyen qui lui sembla devoir tout concilier. N'exigeons pas, dit-il au pape, que le rappel des Jésuites soit énoncé dans le traité; vous en ferez un article secret et préalable. Je me charge de l'obtenir, en m'en remettant à la générosité du sénat. Paul V y consentiti quoiqu'avec beaucoup de peine.
(i) Ibid., p. 265.
Le cardinal du Perron semble revendiquer Thonneur de ce triomphe sur les dernières répugnances du Pontife. 11 était indisposé, et cherchait à s'en tirer avec Taide des médecins au moyen d'une diette. c II me la fallut rompre dimanche, écriyait-il à de Fresne, le 25 mars 1607, à cause de la résolution et prière que me ûrent M. le cardinal de Joyeuse et messieurs les autres cardinaux français, de sortir ce jouplà du lit et de la chambre pour aller essayer de combattre et vaincre l'esprit du Pape. Cette sortie m'a fait renchoir en un état beaucoup pire qu'auparavant. Il est vrai que je n'y ai point de regret, grâce à Dieu : d'autant que la chose se passa heureusement et si heureusement qu'après deux heures de combat je lui fis franchir la difiiculté des Jésuites (1). »
L'ambassadeur de Venise ayant reçu cette nouvelle par un courrier dépêché tout exprès, écrivait, le 4 avril, à Puisieux : « L'almanach qui avait prédit que celte bienheureuse réconciliation se ferait le vingt-cinquième de mars, se trouve avoir rencontré (2). »
Le cardinal de Joyeuse partît donc de Rome avec l'espoir d'un accommodement qui allait causer bien de la joie à Henri lY, et faire grand honneur à la France. Car, depuis plusieurs mois l'ambassadeur d'Espagne, Don Francesco de Castro, disputait au nôtre la gloire de rendre Venise au Saint-Siège.
D'ailleurs du succès de leurs négociations dépen-
(1) Ui ambasMde$ et négœiatUmê du cardinal du Pemm
(Paris, 1635, in- 4»), p. 735.
(2) leUreB ei amHssade de Messire de Fresue, t. 3, p. 5t3»
dait la prépondérance que Henri IV ou Philippe III allaient acquérir en Italie. Us mettaient donc tout en œuvre pour amener le Pape et le doge à un accord impossible^ si de part et d'autre on ne faisait des concessions. Or tandis que le roi de France faisait tant d'efforts pour le rétablissement des confrères des PP. Possevin et Tolet, qui tous tes deux avaient contribué à sa réconciliation avec le Saint-Siège, la politique espagnole, spéculant sur leur humiliation, conjurait en secret PaufV de les abandonner. Don Francesco tenait beaucoup à porter aux sénateurs la nouvelle de ce sacrifice. C'était pour lui le plus sûr moyen de se faire valoir auprès du doge.
X. Le cardinal de Joyeuse étant de retour à Venise, le lundi saint de Tannée 1607, trouva le sénat employé soir et matin aux dévotions et cérémonies de l'Église. Son arrivée causa dans la ville une grande joie; car elle annonçait la réconciliation avec le Saint-Siège. Mais le Pregadi refusant de rien conclure avant la fin des fêtes, sous prétexte de religion, mais en réalité par un raffinement de politique, la tristesse et les soupçons s'emparèrent de tous les esprits. Le peuple enfin détrompé aurait voulu que l'interdit fût aussitôt levé, et avec le plus d'appareil possible. Les solennités de la semaine sainte lui semblaient très propres à la publique réconciliation. Le cardinal aussi s'était hâté pour profiter de ces saints jours. Mais les sénateurs en jugèrent autrement; et toute la ville, voire tout l'état, ait de Ffesine, en f e^tif trn déplaisir incroyable. « Cfl^ ajoute-t-il, autant que le sénat abhorre l'absolotioo pour ne vouloir advouer d'avoir esté valableifl^û^
excommunié, autant tous les sujets la désirent pour la seureté de leurs consciences, et voudroient qu'elle H ûsi avec toute solemnîté. Mais ces seigneurs, qui se tiennent plus obligés à la conservation de leur dignité qu'à la satisfaction de leurs subjects» oiit esté bien aises à mon advîs de couler ces jours de dévotion, afin que la révocation des censures soit moins apparente, et afin aussi de faire moins descou- Trir le désir qu'ils ont de sortir de ce fascheux passage (1). »
Cependant les sénateurs se réunirent en collège^ dans Taprès-diné du mercredi-saint, non pour aviser promptement à la cérémonie de Tabsolution des censures, mais pour la réception du cardinal, qui leur exposa l'objet de sa mission. Voici comment il rend compte à Henri IV des derniers efibrts qu'il fit dans cette séance pour vaincre l'obstination des sénateurs, et des réponses qui lui furent faites. Je tire ces curieux détails d'un mémoire inédit signé de la main même du cardinal de Joyeuse.
« £n leur parlant sur ce qui restait à résoudre, ce fut premièrement avec une grande véhémence sur le fait des Jésuites. Je les assurai que le pape m'avait dit plus de quatre fois qu'il était contraint de rompre tout avant que de se relascher sur ce point, non pour la considération des Jésuites, mais pour n'avoir de quoi répondre à ceux qui lui disaient qu'abandonnant ce point, il abandonnait l'autorité du Saint- Siège... »
(1) heures et ambassade de Messire de Fresne, t. 3 : Lettre au roi da 19 avril, p. 525; Lettres du 14 avril « d'AlIncourt et au cardinal du Perron, p. W et 522.
« Quand jerépondais à sa Sainteté (leur dis-je)que les Jésuites n'avaient point esté chassés à cause de rinterdit (mais pour d'autres causes), elle me répliquait que tout le monde voyait et savait que le motif de leur bannissement avait été l'observation de l'interdif; que peu de gens savaient ces prétendues causes particulières; et que ceux qui les sçauraîent, ne les croyraient pas.
c J'ajoutai que rompant le traité sur ce point là^ ils auraient contr'eux le jugement de tous les princes de la Ghrestienté, qui leur en donneraient le tort et le blasme... Que la paix faite sans cela serait paix en apparence, mais en efiect plus grande guerre, et avec plus d'aigreur dans les esprits qu'auparavant; que leurs embassadeurs ne trouveraient à Rome que tristesse et aversion à leur arrivée, et l'esprit du pape troublé des sanglants reproches qu'il recevrait tous les jours... que s'ils pensaient estre toujours à temps de le gratifier en ce point là, ils s'abusaient; car ce qui leur serait maintenant d'or, ne leur serait point (même) alors du plomb (1). »
Après avoir accumulé les arguments pour démontrer aux sénateurs la peine qu'ils feraient à Paul Y et au roi de France, le tort qu'ils se feraient à euxmêmes, en excluant les Jésuites de la paix géifêrale, le cardinal recourant à sa dernière ressource, crut pouvoir concilier leur ressentiment contre ces religieux et les intérêts de leur politique en proposant un pardon momentané. Il finit donc par leur repré-
(1) Manuscrits de la bibliothèque royale^ Fonds Harlai, 965', vol. 1015 (Pièce 59, 1er folio, virso et 2* reeto). J'ai cru devoir modifier légèrement Torthographe du manuscrit.
semer que « s'ils désiraient se desfaire des Jésuitespour un bon coup, toujours leur estait-il plus expé» dient de les remettre à cesf heure, car ne le faisant point, ils seraient toujours pressés par le Pape et les autres princes de les reprendre ; où s'en défaisant d'ici à quelque temps sur un autre subjet, personne ne dirait mot, et Thonneur du Pape n'y serait point intéressé (1). »
XL Ce discours fit impression sur le collège. Le doge, après avoir remercié l'ambassadeur, énuméra de nouveau les griefs qui avaient motivé la sentence. « Néanmoins, ajoute le cardinal, je recon» nus bien qu'il parlait plutôt suivant les mouvements et intentions de la République que les siennes propres, et que les raisons que j'avais déduites avaient fait fort grande émotion en cette compagnie, et que si Taffaire n'eût dépendu que d'eux, peut-être Teussions-nous gagnée (2). »
De qui donc dépendait-elle? La réponse officielle à son discours va nous le faire comprendre. Le jour suivant, les chevaliers Mocenigo et Badoero, qui tous les deux avaient été ambassadeurs auprès de Henri IV, vinrent trouver le cardinal de Joyeuse au nom des sénateurs, et lui avouèrent, en présence de deFresne, « que ses raisons avaient fait grand effet envers le collège, et l'avaient plié; mais qu'il n'estait non plus en leur pouvoir d'amener tout le Pregadik leurs opinions que de transporter le clocher de Saint- Marc avec les deux mains-, et qu'ils s'estaient liés
(I) ïbid., ^ folio y verso, (a) Ibid. 5« folio^ reclo.
avec des lois si rigoureuses pour la seule forme de délibérer sur cette matière, qu'ils avaient jeté une pierre dans un puits, laquelle il leur était impossible de recouvrer (1). »
La paix se conclut enfin entre Paul Y et le Pregadi; les censures furent levées; mais les Jésuites ne furent pas rétablis, grâce surtout, suivant de Fresne, à la basse politique de don Francesco de Castro, qui, pour jouer un mauvais touraux diplomates français, obtint secrètement du Pape la suppression d'un article que le cardinal de Joyeuse demandait avec instance. L'ambassadeur de Venise, apprenant cette nouvelle à Tarchevêque d'Urbin, s'exprime ainsi au sujet de l'intrigue espagnole t ^ Toute l'infamie en restera à qui l'a méritée, recherchée même par des motifs ambitieux et vains. Ils se sont imaginé qu'en procurant à la képublique une chose si agréable, ils gagneraient tant d'autorité que non seulement ils demeureraient maîtres enfin de la négociation, mais encore qu'ils en recevraient pour eux-mêmes une très grande récompense, comme d'être faits nobles Vénitiens, et autres prétentions qui toutes se sont évanouies. t)ans tout ce traité il ne leur reste qu'une chose qu'ils puissent légitimement s'approprier, c'est d'avoir triomphé de ces pauvres Jésuites (2). »
J'accepte cette version. Cependant, regardée de près, elle condamne tout le monde à la fois. En effet si les agents d'Espagne agirent bassement, Paul V
(1) /btd., 3« folio t verso.
(^) UUres et ambassade, t. 5, p. 557. Cette lettre écrite en italien n'a pas de date.
et le cardinal de Joyeuse n'auraient pas joué un rôle fort honorable; le premier, en excitant le représen-i tant d'Henri IV à poursuivre en £on nom la demande d'un article dont il avait accordé sous main la suppression; le second, en devenant la dupe d'une ruse qu'il aurait dû découvrir. Si je pouvais demanda quelque solution aux annales de la Compagnie de Jésus, je produirais un récit plus probable. D'après Jouvencyi le général des Jésuites voyant que le réta* blissement de son ordre à Venise mettait trop d'obstacles à la paix, chargea le cardinal de Joyeuse de prier le Pape, en son nom, de renoncer à cet article (1). Ainsi les dernières instances n'auraient été qu'une dernière ressource entièrement concertée antre Paul V et le cardinal médiateur, avec ordre de passer outre en cas de refus ; don Francesco en au* rait eu la confidence i et aurait découvert le secret par ambition et jalousie. Au reste une lettre envoyée de Rome par le cardinal du Perron à de Fresne nous fournit un second éclaircissement. La voici. « Les vanités de don Francesco ne persuaderont pas à ceux qui ont des yeux ce qu'il prétend. Car pour le fait des Jésuites, tant s'en faut qu'il eust obtenu du Pape ce qu'il dit, qu'au contraire il manda ici à sa saincteté, deux jours après l'arrivée de M. le cardinal de Joyeuse, que si elle vouloit tenir bon pour les Jésuites, il avoit disposé les affaires à Venise en sorte que sans doute ils seroient rétablis. £t la réponse qu'il dit avoir eue du Pape, en faveur du roi d'Espagne, que sa saincteté n'en feroit pas d'instance, il
(l> UUU s. J. paré. quinUBf 1. 12, n» 119.
n'a publié l'avoir eue de sa saincteté que du mardi 3 d'avril : et j'avois eu de sa saincteté dès le dimanche premier d'avril; celle que vous aurez veue (i). »
J'ai trouvé, il est vrai» l'ambassadeur de Philippe III jouant à Venise un triste rôle. J'ea laisse le récit au cardinal de Joyeuse dans son mémoire à Henri lY. c Les sénateurs s'estonnaientfort, dit-il > que je fusse venu leur parler de nouveau des Jesuites, veu que don Francesco était allé plus d'une fois au collège sans autre subjei que pour leur faire sçavoir qu'il avait surmonté cesle difficulté envers le Pape, lequel avait donné cela au roi son maistre, et à lui en particulier, de se relascher en ce point pour l'amour d'eux; et avait affecté que la République lui en recognust l'obligation. »
Cette confidence était de nature à déconcerter le diplomate français. Mais les deux envoyés du sénat qui lui firent ce reproche le tirèrent un peu d'embarras par l'anecdote qu'ils ajoutèrent. « Et me dirent qu'ils avaient eu fort à contre cœur de voir que don Francesco lui-même était venu après moi pour leur remuer encore ceste difficulté, après avoir triomphé de l'avoir surmontée. » Le Doge lui reprocha ses variations difficiles à comprendre, et il en fut honteux, disant pour s'excuser qu'il avait parlé des Jésuites pour l'amour du cardinal et à sa prière (^).
En effet, soit pour tromper le cardinal, soit pour se ménager au moins quelque part dans un accom-
(1) Les ambassades et négociations du cardinal du Perron, p. 747« (Paris, 1653).
(2) Lettre ms. du card. de Joyeuse, déjà citée, 5« foliOn verso.
modement qui lui échappait des mains , l'ambas* sadeur d'Espagne aflecta, vers la fin des négociations, de pousser rafTaire des Jésuites. A peine sorti du collège où il avait chanté la palinodie pour Tamour de son rival , il lui envoya son secrétaire pour lai rendre compte de sa démarche en faveur des proscrits, c En se séparant de moi, écrivit le duc de Joyeuse à Henri lY, ce secrétaire me dist que son maistre ne désirait que suivre entièrement mes conseils, et que si je lui disais qu'il se jetast par la fenestre il le fairait volontiers (1). »
XII. Concluons. Les Jésuites furent donc proscrits de Venise parcequ'ils avaient préféré S. Pierre à S. Marc. Ce fut aussi la cause réelle du formidable décret porté contre eux, un mois après leur départ ; mais ce ne fut pas la cause publiquement avouée. Gomment en effet les condamner pour avoir obéi aux censures? Elles furent observées par trois autres ordres religieux, les Théatins, les Minimeset les Capucins sortis des terres do la République au nombre de huit cents, s'il faut en croire Fra-Paolo (2) ; tous les ambassadeurs des puissances catholiques les respecté* rent aussi ; et, suivant Mura tori, parmi les théologiens qui alors écrivirent pour et contre, le plus grand nombre, sans comparaison, soutint la validité de l'interdit (3). Le peuple vénitien lui-même les reconnut
(1) Ibid,, 3« folio^ recto,
(2) Hisloria parlicolare deUe cote passaie tra'l sommo pontefice Paulo Vêla serenissima repuWca di Venetia 1. 7, p. 70. (in Geneva^ I6!t4.)
(z) AnmH d'italia^ anno 1606.
enfin^ puisqu'il en demanda si longtemps et si vivement l'absolution. 11 fallait, pour justifier la colère du Pregadif recourir à d'autres accusations. Les Jésuites, respectés à Venise depuis un demi-siècle, furent donc tout à coup punis pour des crimes énor" mes qui, suivant l'expression de Paul Y, ne furent ni prouvés ni crus (1). Condamnés par le doge, ils furent absous par Henri IV. Ses démarches en leur faveur sont un monument de leur innocence.
Mais Paris d'alors que pensa-t-il de la conduite des Jésuites? Pierre de TÉioile, dans le Supplément à ses M émoire8' Journaux y s'il est réellement de lui, semble avoir voulu résumer l'opinion publique en ces deux lignes, qui auraient été écrites dans le mois même où les Jésuites sacrifièrent tout pour obéir à leur conscience. « Un grand personnage de notre temps l'ayant entendu, dit ces mots : Viriliter cœperunt, muUebriter desinent (2) , » Leur détermination fut donc jugée virile; et Tévénement fil mentir la prophétie, puisque leur courage fut jusqu'au bout sans faiblesse.
(1} Je n'ai pas voulu perdre le temps A réfuter en déUU des accusations qui ne furent ni prouvée^ ni crues. D*aUleurs j'aurais élé fort enobarrassé pour discuter un procès sans Information et sans procédure, dans lequel les Juges toot A la fols accusateurs , témoins et parties, pré(eadlr«iit« qu'on devait les croire sur parole.
(2) Collection des mémoires relatifs à l'Histoire de France, par M. Petitot,. t. 47; Supplément des MémoireS'jourMta^ Juin lede, p. 535. On conteste plutôt rauthenllcUé que l'exac* titude du Supplément que Je elle. Toyez (. 45, Notice m Pierre de l'Estoile,p,96jlSe\40:
Je ne prétends pourtant pas les excuser en tout. Je veux qu'un dernier mot témoigne de ma franchise et de mon impartialité. J'ai exclu le témoignage des historiées dB U Compagnie de Jésus , comme suspects dans un procès qui les regarde. J'y reviens pour y prendre un aveu qui peut faire honneur à leur sincérité. Voici ce qu'on lit dans les Annales rédigées par le P. Jouvency :
c Pressé > d'un c6lé par les ordres de Rome , et de l'wire par le$ aoUieitationa du sénat» le supérieur des nôlves» nesaebaat à quoi se résoudre, incliaa v^s U parti te plus sévère, ma^é t'âvi« ie quâlques-tt^adeseftCOBSultears'^ tandis que p»r une voie pkis douce, il eût pu peu^-ètre remédier a» mal. Qb dit aussi qy» quelques-uns des noires, vouiant détendre lesceBSurespontifieales, altèrent un peti p(as loin que ne Sauraient demandé la nécessité et peutêtre kl pr^denes. Je- a'en trou^ve aucun nommément accusé ; cependant je suis porté à le croire de quelques-uns. Gav vottkoi* que duns une grande réunien 4'honuiies, môme les pkis sages, il ne se trou^ve petsonne qui pèehe en parokê (suivant l'expression de FÀpMre)^ c'est plus exiger que la condition humaine ne le eomporte. Ces excès seront toujours sévèrement défendus parles supéneurs des ordres religieux; nais toujours aussi se trourera-t-il' quel^icPim qui Iss commette ^). »
CHAnTRE m.
HENU lY DÉCOCYBK UNE CONIDBÀTION DB FRA-PAOLO
ET DE FBÀ-FOLGENZIO.
Etudions maintenant Thistoire de ceux qui firent chasser les Jésuites de Venise. La justice le demande. D'ailleurs les faits , qui vont être racontés pour la première fois peut-être d'une manière authentique , sont assez curieux, si je ne me trompe, pour fixer l'attention des lecteurs.
I. On avait exagéré les biens des proscrits et la crainte qu'ils avaient de les perdre. Le sénat avait résolu de les distribuer en bonnes œuvres ; Henri lY veillait à cequ*on les conservât intacts jusqu'à l'accommodement général. Le 24 juin i606, le Pregadl divisé agitait la question de savoir si Ton devait dès lors distribuer les maisons et revenus des Jésuites, ou si elles demeureraient saisies sous la main du prince (1). » Fra-Fulgenzio trancha la difficulté, en recueillant la succession de ceux qu'il avait fait bannir à jamais. En effet, le cardinal de Joyeuse le trouva, en 1607, établi dans leur maison. Sans doute que le sénat la lui avait donnée pour récompenser son zèle; car de tous, suivant le cardinal, c'était celui qui uvail prêché le plus scandaleusement contre l'autorité du pape. Non : il l'avait trouvée commode, et s'y était
(1) Lettre etamboisade de MesHre Philippe Canayej seigneur de rresnct t* 3, p. 83, lettre A d'Allacoarf .
mis de sa propre autorité. Ce trait de désintéressement du pi us fougueux ennemi des Jésuites termine l'ambassade du cardinal pacificateur. Voici ce qu'il en écrivit, le 3 mai, au roi de France.
c Je représentai aux sénateurs en collège (où je fus pour prendre congé de la République) |que cela pourrait grandement offenser le Pape, qui impute* rait à un esprit de vengeance qu'en une maison de laquelle avait esté chassé un ordre de si grand mérite, ils logeassent un qui est tenu pour hérétique, et que cela peut-estre pourrait estre cause de nou* velles aigreurs. Sur quoi ils m'ont dit que> non«seulement il y avait esté mis sans leur commandement, mais encore contre leur intention , comme de fait il l'en avaient fait déloger (1). »
Les prêtres et les religieux qui avaient encouru l'irrégularité par la violation de l'interdit demandèrent l'absolution avec tant d'empressement que le cardinal ne put y suffire. Dans sa lettre à Henri lY, <iue je viens de citer, il raconte « qu'ayant commis iiceto£Bce les ecclésiastiques les plus capables, auxquels il avait donné le pouvoir d'absoudre des censures, les sénateurs, malgré cet expédient, lui firent savoir qu'ils étaient en fort grande peine, de ce que lesprestres et les religieux de tout leur estât ne voulaient point célébrer la messe qu'ils ne fussent absous et dispensés de l'irrégularité, en sorte que Venise se trouvait comme dans un nouvel interdit (3). »
(t) Manuscrits de la Bibliothèque royale. Fonds Harlay, ^\ vol. 1013. (Lettre au roi, du 3 mai leoï. (Pièce 68, !•»
frKo.)
(«) Ibid.