II
conjoter fbrt insCamment de leur décidrer s'il n*y avait point quelques noms dans ces lettres. »
« Cn si»nine je puis dire à Votre Majesté que cette action lui a acquis pins de gloire, a fait plus de bien à la religion et au repos de cet estât, que personne n'eust osé se promettre. Quand le Pape cn saura rentière vérité, il aura sujet de recongnoltre qu*il doit à Votre Majesté, après Dieu, le restablissement de Vanthoritédu Saint-Siège en un lieu si important (1)...»
« La pluspartdes sénateurs détenus comme captifs IBOUS les bravades de ceulx qui ne faisaient sonner que l'honneur et Tintérest de la République, n'attendaient que quelqu'un qui rompît la glace pour se éescouvrir et reprendre leur premier train (avec Borne)...; et si le Pape sait en profiter, on verra plus de dévotion à Venise envers le Saint-Siège qu'on n'en a peut*êlre jamais veu. Car ce dernier coup a ruiné entièrement l'authorité de ces théologiens que l'on fie savait par où aborder , et les a mis en terme de se garder désormais autant de la République que du pape Ifti-^même (2). »
IV. Quatre jours après avoir communiqué aux sénateurs ces lettres mystérieuses, preuve d'une grande trame ourdie contre la religion catholique par Fra*Paolo et ses collègues, Ghampigny avaiV dicté à son secrétaire et signé la relation que nous venons de lire. Il était fort tard, et le courrier allait partir pour Paris lorsqu'un pronotaire du Pregadi Vint prier l'ambassadeur , de la part du doge et du
{i) Ibid., verM.
(2) Ibtd., ft« folio, recto
sénat, dese trouver le lendetnam au ooUége à Theiire ordinaire de son audience. 11 retint donc sa dépêche, afin d'y Joindre les détails de la séance à laquelle on rappelait.
Léonard Donato s*y trouva. Cbampigny.lai fit un compliment sur le recouvranent de sa santé. Le doge le reçut avec beaucoup de courtoisie» et le pria ensuite d'entendre un remerciement que le sénat avait voulu faire par écrit. Un pronotaire lui en fit la lecture 9 et le jour même il en rendit compte au roi en ces termes:
t Cet acte porte remerciement à Votre Maîesté de la communication qu'il a plu leur faire deces lettres, l'asseurant que les sénateurs l'avaient reçéue comme preuve sîgnaldedesa bien veillanee. .. qu'ils lai»iaient néantmoins de croire qu'ils n'avaient jamais toléré parle passé ni ne souffriraient à Tad venir qu'il s*atteDtast rien dans leur ville an pré|ttdice de la religion catholique» et toutes fois que l'advis reçeu d'elle les y ferait encore veiller plus que jamais, et apporter diligence sur diligence contre telles emreprises pour maintenir l'ancienne piétér, eoaeorde et puissance de leur estât ( I ). »
Cet acte 9 tout solennel qn'il esl, semble moins fra(^ntque les MedamaâmiM qvm» umv$nêUe$ du sénat tu moment de la délîbér«iion. Maie ces espressions, pourètreplus mesurées» n'en font pas moins eomprendre la position où se trouvait alors Venise, trataillée jusque dans ses cheCi par le parti prêtes-
0) Ma. de la Btbllothèqne royale, Fonda Harlay, SSSS relevé, yol. 10!5. (Pièce 159, !•» folio, reeio.}
tant. G^esl ainsi que Ghampigny l'interprète quand il dit : < Sire , ce remerciement par escrit est preuve manifeste et essentielle de Taffection avec laquelle le sénat a reçeu ce premier office de Tauthorité réacquîse à ceux qui en favorisent la substance, et il montre la diminution des autres devenus désagréables au sénat (1). » On n'avoua pas, il est vrai, la pan que la noblesse avait pu prendre à ces ténébreuses menées. Mais Thonneur du gouvernement s'y opposait : c'eût été déclarer hautement sa connivence ou son incurie. D'ailleurs, comment dévoiler ces grands coupables , et comment les poursuivre si , comme nous l'avons vu , ils s'étaient abrités sous le manteau du doge lui-même?
€ 11 ne semblait plus rester autre chose> dit Ghampigny, pour l'entier accomplissement de mon office. Je ne pouvais toutes fois bien digérer l'escapade de ceux qui avaient mis en avant que ces lettres pouvaient avoir esté supposées par quelque Jésuite (et remises ainsi) à Votre Majesté. Pour ce, après que le pronotaire eut fini sa lecture, prenant la parole, je les priai de croire que comme cette communication n'avait eu d'autres fondements que le zèle très pur et saint désir de la conservation de leur repos et tranquillité, de mesme elle n'avait pas esté mise en avant sans estre bien espluchée et examinée^ avec toutes les considérations dignes de la gravité, sincérité et majesté du prince qui l'avait faite... J*^' joutai que Votre Majesté avait eu égard à la vanité du ministre qui peut- estre avait escrit des choses pli^
(î) Ibid., verto.
conformes à ses désirs qu'à la vérité (1)... ; mais que plus elle avait trouvé ses espérances exorbitantes, et plus elle avait estimé nécessaire que le sénat en fijstadverti... »
« Le prince me répondit qu'ils se tenaient d'autant plus asseurés de la sincérité et candeur de Votre Majesté qu'elle n'avait jamais agi que loyalement, mesme avec ses ennemis. Il s'estendit aussi sur le soin qu'ils avaient delà religion, sur la vigilance des inquisiteurs et la difficulté de tenir aucune assemblée secrète qui ne vint à la congnoissance des magistrats (2). »
Si ces assemblées étaient difficiles à Venise, à cause de la police ombrageuse et pénétrante des Dix, la connivence de leur chef pouvait en doubler le secret.
y. Le parti protestant baissa donc la tête; mais il ne perdit pas courage; on en trouve la preuve dans les honneurs publics qui environnèrent Fra- Paolo jusqu'à sa mort. Il alla rendre compte à Dieu le 14 janvier 1623. Le sénat voulut alors lui faire élever un monument; mais le Pape Urbain Vlll en empêcha Vexécution. En effet, c'eût été faire injure au Saint- Siège et encourager la réforme , puisque ce moine, révolté contre le Vicaire de Jésus-Christ, avait fini par être condamné à Rome, sans avoir jamais donné aucun signe de repentir (3).
Fra-'Fulgenzio lui survécut, et écrivit, dit-on, sa
(1) ibitf.
(2) /bid., Se folio^ reeto.
(3) Dam, HiiMrt de la république de VenUe^ 1, 29, 14, 1. 4, P.M8.
vie. L'ânêcdote suivante me semble propre à terminer ce eoup d'ooil sur les sympeihies religieuses de ces deux moines. Elle est racontée en italien par un des panégyristes du premier : je ne ferai que la traduire.
«Après la mort du père Paul Sarpî, un docteur nommé Duncomb , se trouvant à Venise avec quelques seigneurs anglais , dont il était gouferneur, tomba malade, et parut préoccupé par des pensées forttristes. Le père Fulgence lui en demanda lemotif, et se remit tout entier à sa disposition. Le docteur lui répondit qu'il avait toujours demandé à Bien la grâce de mourir dans un lieu où il pût communier suivant l'usage de l'église anglicane y c'est à dire, sous les deux espèces, et que malheureusemeat Venise lui en ôtait tout espoir. C'eût été une difficulté pour tout autre; pour le père Fulgence ce fut une bagatelle. Il se hâta de le consoler en lui disant qu'il avait aussi les prières traduites en langue vulgaire (comme les protestants); que, s'il le désirait, il vien* drait lui-même, avec quelques-uns de ses confrères, lui porter la communion sous les deux espèces. C'est d'autant plus facile, ajouta*t-il, qu'il y a encore dans notre couvent sept on huit disciples du père Paul, qui, de temps en temps, se réunissent pour communier ainsi (1). »
Il fallait que la mémoire de ces deux hommes s'affaiblît à Venise pour que les Jésuites pussent y rentrer. Aussi ne les ai-je trouvés rétablis par le
Fra^Paolo, p. LXYin.
sénat qu'en 1657 , cinquante et un ans après leur expulsion, vingi-quatre ans après la naort de Fra' Paolo. Leur rappel fut résolu à la pluralité decen« seize voix contre cinquante*trois (1).
(1) D'Âvrigoy, Mémoires chronologiques^ année 1657, sous la date da 19 Janvier.