‹ Des JésuitesChapitre 34 sur 56 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

MISSION DE Lk CHINE. (1658*1656.) — LES JË80ITBS ONT-ILS

BENIE Lk CROIX?

I. François Xavier était mort en 1552 aux perles de la Chine. Quatre ans après, un missionnaire dominicain portugais, le père Gaspard de la Gruz, pénétra dans ce vaste empire, mais en fut bientôt exilé. Trois Jésuites italiens, le père Michel Ruggîeri en 1581, le père Pazio en 1582, et le célèbre père Matthieu Ricci en 1583, vinrent recueillir un héritage que Tapôtre des Indes semblait leur avoir légué. Le Ciel bénit leurs travaux, et la mission qu'ils fondèrent fit de rapides progrès dans la plupart des provinces chinoises (1).

Ces succès apostoliques excitèrent le zèle des autres ordres religieux. Ils ne purent cependant arriver à Macao que vers 1633. Ceux qui se présenièrent étaient Castillans ; et les Portugais, maîtres de

(1) Bartoll, Délia Cina, 1.1 ; délie opère, vol. 15, no 152-I6i^ p. S59-281. (Torlno, Mavietti, 1825.) Lellres à Mgr Vévéquede Langres, sur la Congrégation des missions étrangères^ par h- F.'O. Luquet^ prêtre; lettre S* (Paris, Gaume frères, 1845), p. 104, 105. S. François Xavier moarat aux portes de U Chine le 2 décembre 1552, et le père Mattiiieu Ricci, destiné par le Ciel à fonder la mission de Cliine, était né le 6 oclobre de la même année, J&td., 1. 2, n*"' 264, p. 515.

celte ville, leur refusèrent constamment le passage, ou par politique ou par antipathie nationale. Celait pourtant alors la seule voie pour pénétrer dans le Céleste-Empire. Ils attendirent donc aux Philippines pendant un demi-siècle. Enfin le commerce de ces îles avec File de Formose leur donna moyen de se glisser dans la province de Fo-kien , qui n'en était éloignée que d'une journée de navigation (1).

Dès les premières années, les anciens missionnaires furent accusés par les nouveaux venus. Yoici comment le zèle de ces cœurs apostoliques put se trouver en contradiction.

Les Jésuites voyant dans les disciples de Gonfucius, d'un côté une grande disposition à la morale chrétienne, et de l'autre un attachement excessif aux usages du pays , étudièrent avec soin leurs mœurs et leurs croyances religieuses, afin de leur permettre tout ce qui pouvait s'accorder avec les lois évangéliques. Us consultèrent l'évèque de Macao et du Japon , et les théologiens de Rome, et ne se décidèrent qu'après dix-huit ans de délibération. Us adoptèrent alors une règle qui fut depuis donnée par le Saint-Siège lui-même aux Vicaires apostolide la Chine. C'était de ne point obliger ces peu" à changer leurs cérémonieSy leurs coutumes et leurs

(i)BartoU', délia Ctna, 1.4; dellp opere^ yoh 18, p. 507; ^fme des nouveaux chrétiens et des missUmnaires de la Chine^ ^u/apon et des Indes (par le P. Le Tellier), cb. 4, art. 1« Ce dernier ouvrage fat mis à Tindex le 22 décembre 1700 {donec CMgatur). Je ne le consulterai que pour des dates et des (ails hors de toate^ontroverse.

nuxnièrH, à mmê qu'elleê ne fuuent caiHraàre$ à ùi¥tli-

Poura€h/9ver de comprendre cette questim, ftp» peloofi-iUNis que U Gbifiâ ôbéîMaîi à deux «eeies, celle dae iKmzes , dodeiiiB du peupto, eft eeUe des leltrés. Vun^ el l'autre praUquaieni qu$ilque6Ni les mèmea r érémooiea avec dee iolemiens et des croyan* ces différeniiee. La première lanvîroonak de auyeratitioD et d'idolâtrie dea riiee que la eacmuie semèiâit ay^'r toujours regarééaconimepMneaHNitcivîii.L'ap» parenee 49n était donc mauvaîae et i'uaa^edaiigenNii : aussi avaient-ils révolté les premiera JâtnJUM qui les vireftt. Maîa, <m lei ragaurdast da pfais pvèa, eu oonsuliant le« mœurs el les croyaBoes Mutidaides, ils eil^érèrent que les idées des lettrés^ épurées eneare par la doctri&e da€brtst,4e«^ndraîent Jusqu'au peapie et modlieraiettt peu à peu ses iudrftudei. lis crurent donc pouvoir tolérer ee qui» par la fcuesdei cfaoaes ) devait être bientôt abcdi ou eauetifié. Les premiers {mdîcateurs de rEvauglle avaient agi d'à* près 45e principe. Les Apôtres eu-métuea Ba tolérérent-ila paa, pour un tempsi des pratiques fudalqaas

(1] Réponte an livre intitulé : BxtraîU des asêeriiont, ftf} t. S : îAolàirie, c. % prefNwOlon «•, p. its, 114 (é4. tT^I* Histoire apologétique de la conduite des Jésuites à la ChiM^ adressée à MM. des missions étrangères^ p. 5 et 6 (éd. 1700). Vôtlâ encore une défsnsc que ïe tète et la éouletir dut reàr due trop amère. Préjugés légHtmes en faveur du décret d^à^ leœandre VU et de ia pratique des Jésuites au sujet des honnevft que les Chinois rendent à Confucius et à leurs ancêtres, titéê des pp. Dominicains et des PP, franciscains^ missionnaires i^ la Chine (éd. 1700}.

abolies par la loi cbréliean^? Saint Grégoire lé Thaumaturge établit des festins aux fêtes des martyrs, pour imiter ceuK que les païens faisaient aux fêtes de leurs dieux. En montant sur 4e siège de Néocésarée^ii n'avait trouvé que dix-sept fidèles , et lorsqu'il qvitta son diocèse pour aller au ciel, i! n*y laissa que dix-sept idolâtres.

Un écrivain grave et religieux, tout en plaidant la cause d'une congrégation longtemps opposée auxfé- Stiites, conclut ainsi Thistoire des missionnaires qu'il défend et sacrifie tout ensemble à la réputation de ses confrères :

t Nous croyons que s'ils fassent restés seuls à la Chine y ou que les autres missionnaires eussent pu adopter leur pratique à cet égard, il eut été possible, dans un temps plus âti moins rapproché, défaire perdre aux cérémonies contesiées le caractère superstitieux qu*on leur reprochait. Ainsi , en tolérant pour un temf>s un mal purement matériel^ et alors seulement protable, on aurait ménagé les esprits et 'ait faire , par ce moyen , des progrès plus rapides à ootre sainte religion dans ces contrées. Telles étaient certainement les vues des missionnaires de la €om- P^gnie de lésus. S'ils se trompaient en cela, du tnoîns ne pouvait-on leur reprocher aucune mauvaise intention, et c'est là un fait qu'il est important de rétablir, parce qu'on l'a trop méconnu (4).»

Les religieux de quelques ordres trouvèrent que la condescendance des lésuites allait trop loin , et

(1) Uitrts à Mgr i'éeéqtte de Langres, etc. , par J,*F,-0, LunwitVLettrB««,p,ir9^

— Sales dénoncèrent à Rome. Pour plus de clarté, divisons ces accusations en deux classes; elles seront distinctes par leur époque comme par leur nature. Les unes touchent au berceau de la mission, et furent trop exagérées pour se soutenir; les autres, fondées sur des difficultés réelles, occupèrent le Saint-Siège pendant un siècle, et ne triomphèrent de la résistance des Jésuites qu'en ruinant tout ensemble les espérances des accusateurs et des accusés. Je vais les traiter dans deux chapitres différents.

II. Lorsque les nouveaux apôtres venus pour aider les successeurs de François Xavier virent avec des yeux européens les pratiques usitées par les Chinois et tolérées par leurs premiers missionnaires, ils furent grandement scandalisés. Us se hâtèrent donc, et même un peu trop, de porter leurs plaintes à l'autorité ecclésiastique. Car une information contre les Jésuites fut dressée, dtt-on, dès 1633, c*est à dire quelques mois après l'arrivée des nouveaux missionnaires. Elle fit grand bruit aux Philippines. En effet, d'après la relation venue du grand empire, les enfants de S. Ignace permettaient à leurs néophites de se prosterner devant l'idole de Ghin-Hoam, d'honorer leurs ancêtres par des cérémonies superstitieuses, et de sacrifier à Gonfucius; ils cachaient le mystère de la croix; ils n'osaient administrer Textrême-onction, et négligeaient les cérémonies sa* crées du baptême.

L'archevêque deManilleetl'évêquedeZébut furent tellement alarmés de cette nouvelle, qu'ils la transviirent vite à Urbain VIII. Mais ces. deux prélats écrivirent au même pape, en 1637, qu'étant mieux

informéfiy ils so croyaient obligés en conscience à justifier les Pères de la Compagnie de Jésus contre de si injustes accusations, et à défendre de tout leur pouvoir l'innocence de ces ouvriers apostoliques, aussi bien que la vérité (1).

Cependant Texpérience n'ayant pas encore tempéré le zèle des réformateurs, ils prêchèrent avec tant de chaleur et de liberté contre les cérémonies tolérées, qu'une persécution bouleversa, en 1638^ la province de Fo-Kien, théâtre de leurs travaux. Voici comme en parlait, quelques années après, le célèbre Daniel Bartoli, dans son histoire de la Chine. 11 était Jésuite; maïs son livre fut approuvé par le maître du sacré palais, qui était Dominicain. Or tout le monde sait que les Dominicains ne cherchèrent pas, dans cette querelle, à exagérer les témoignages favorables aux Jésuites. On écoutera donc l'enfant d'Ignace abrité sous le manteau de S. Dominique.

< Ayant, dit-il, à raconter les persécutions arrivées dans le Fo-Kien, je m'y porte à regret; aussi me tirerai-^je le plus brièvement possible d'un sujet qui me dégoûte. Si même ceux qui, sans le vouloir, furent l'occasion de ces malheurs, n'avaient confessé leur faute en voyant les mauvais effets d'une conduite qu'ils avaient crue bonne; si l'expérience d'une pareille erreur ne pouvait être une leçon pour l'avenir, j'étais tout disposé à omettre le peu que

(1) HUtoire apologétique de la conduite des Jésuites en Chine, adressée à MM. des missions éirangères (éd. 1700], p. 8-10. Détme des nouveaux chrétiens et deê missionnaires^ etc., p. I, c.4,art.i, p. 175 et 176.

j'en vais dire et que je dois à l'intégrité dé l'hisiotre. » « La chrétienié que nous avions dans le Fo-Kien, très nombreuse et très fervente , était le fruit des fatigues et du zèle du père Jules Aleni, qui la fonda en 4625(1). De toutes les provineet de Tempire, c'est une des moins éclairées, ensevelie qu'elle est dans les ténèbres de l'idolâtrie la plus épaisse. Ses iiabitantfl ont des habitudes ^osMères, et quelque chose de sauvage et de barbare en comparaison des autres Chinois. On y parle pour ainsi dire autant de langues qu'il y a de eîtés ; car diactui prc^sque, transformant dans sa bouche la langue commune, semble en faire son idiome ^rticulier... Mais elle a cela de bon et de favorable à lintroduction et à l'établis^emeiit solide de l'Évangile , qu'on y est sans dédain et sans répugnance pour les éttangers : habitués à commercer liors de la Gtii«e, ces braves gens ne s'émerveillent pas de la ¥ue des étraogers qui viennent dans leur pays (t). »

« Les conversions s'y multipliaient plus qu'en aucune partie du royaume; et, ce qui nous réjouissait davantage, elles allaient croissant dans une 8i heureuse proportion, 4)«ie les huit et neuf cents baptisés de chaque année semblaient devoir être à peine te quart ëe la moisson promise pour les années suivantes. Les nouvelles églises se multipliaient; déjà dix-sept étaient debout. Le père Manuel Diaz Gastel* blanco et le père Aleni ne pouvaient suffire à l'immense oeuvre .qui qbaque jour allait jcroissa«i|;« Ces

(1) Barteli, ùelîa dna, 4. 4;40ife«per»,Tel, 48, n. I5l^p. 906.

(2) /bid., n. s, p. 24.

-. 87 Tgrandei eonversloiis excitèrent le eèle des autres religieux qui vinrent des Iles Philippines. »

€ lis arrivèrent disposas à faire mieux que nous, c'est à dire tout autrement. Aussi n'ayant encore aucune eonnaissance des cérémonies religieuses et dfiles qui sont en usage parmi les Chinois, cornmeneèrent4ts à prècber publiquement , mais par interprète, quelesantiquesroisdelaChin€(quî, selon la direnologie du pays, ont vécu peu de temps après le déluge, et dont la vie paese pour avoir été pleine de merveilleuses vertus morales) étaient damnés dans l'enfer ; que Confucius, le docteur et le maitre commun de tout I empire, était aassi damné ; que les Jésuites toléraient l'idolâtrie en permettant anx dirétiens 'de faire à ce Confucius des inclinations profondes jusqu'à terre, auxqaeHes ces nouveaux venus donnaient le nom d'adorations, quoique ce ne soit en effet que de simples révérences purement dviles, et pratiquées par tous les chrétiens pour honorer leurs souverains, leurs pères et leurs maîtres, même encore vivants. »

« l>e là grand scandale parmi les chrétiens, grande émoiîon dans le peuple, indignation étiez les man* darins, qu'aussitôt mille accusateurs assiég^'rent. l\ n'en fallut pas plus... Ayant fait «venir ces prôdica* teurs devant leure Iribunaux, ils les mirent entre «es mains des soldats, avec ordre de les conduire, paf le plus court chemin, à Macao ; et le Iendema4n apparurent de irès menaçants édite affichés, suivant la coutume, sur les portes, premièrement de la capi*tale, puis de toutes les autres villes, en détestation de h loi chrétienne : qtiîconque la professait avait

ordre de la renier sous les peines les plus graves. » € Le père Manuel Diaz (Jésuite) logea ces religieux durant sept jours. Un d'eux était malade, il en prit tout le soin possible. Il leur fournit de l'argent pour aller jusqu'à Hacao, et un chrétien très charitable , qui avait beaucoup de crédit, afin de les défendre contre Tlnsolence des soldats auxquels on les avait donnés en garde. »

« Pendant que ces religieux s'en allaient ainsi, il en survint d'autres , dont Tun , comme pour aigrir les affaires de plus en plus, arracha dedessuila porte de la ville Tédit affiché par le gouverneur , et puis se sauva. Cette imprudence, avec plusieurs autres effets d'un zèle étrange , dont le récit serait peu agréable , firent réitérer jusqu'à ciiiq fois les édits contre la loi chrétienne. Gomme c'était par les Jésuites qu'elle avait été apportée et répandue dans les provinces, les pères Jules Aleni et Manuel Diaz furent nommés dans ces édits, et condamnés au bannissement, et cela avec si peu d'espérance de pardon, qu'on ne voulut pas même les entendre ni les voir, bien que les gouverneurs fussent leurs amis. Ils furent donc contraints de s'éloigner , au grand regret des chrétiens, qui , réunis dans l'église pour réciter les litanies avec leurs missionnaires, au moment du départ, les enipèchèrent par leurs pleurs, leurs sanglots et leurs cris , de se faire entendre et d'achever. »

« Ainsi tout l'avantage qui revint de cette nouvelle entreprise, pour le service de Dieu et pour le bien des âmes, ce fut qu'au lieu de neuf cents idolâtres à peu près qui se convertissaient par an dans cette

province, à peine cette année-là en put-on convertir cent ; que Fo-Gheu , la ville capitale , qui avec ses dépendances avait coutume d'en fournir jusqu'à cinq cents , à peine en donna une trentaine; et qu'il fallut beaucoup travailler pour rétablir en plusieurs années ce que d'autres avaient si aisément ruiné. Toutes les églises , à la réserve d'une seule, furent prises par les idolâtres, qui les ârent Servir, les unes de maisons, les autres de magasins, les autres d'étables (i). »

111. Cependant le père Aleni ayant adouci peu à peu l'esprit des magistrats, revint à trois milles delà capitale, puis s'y montra sans danger, entouré de ses chrétiens ; enfin le 14 juillet 1637, il racheta son église, et y célébra publiquement (2).

Mais la position n'était plus la même. Tout en réparant le passé, il était plein d'inquiétudes pour l'avenir. Car les missionnaires de Manille pouvaient revenir à l'improviste, poussés par un zèle réel , mais trop précipité. Il fut bientôt rassuré en partie par la venue du père François dJAscalona ou de Jésus, missionnaire Franciscain. J'emprunte encore les lignes suivantes àBarloli :

c Ce religieux, d'excellente vie, et rempli de très saints désirs, étant arrivé à Fo-Gheu, vint loger dans la pauvre demeure du père Aleni , et lui dit qu'après avoir reconnu l'inutilité de ses fatigues , parcequ'il ne savait pas la langue et moins encore l'écriture des Chinois, parcequ'il ne pouvait se faire à leurs mœurs et à leurs habitudes, il retournait à

(1J Ibid., n 251. p. 507-509.

i!2) Ibid., n. n^, p. 510-512.

Manille, d'oà il était parii. H ajouta qu'il était bien fâché d'avoir trop tard , à nos dépens et à ceux de cette sainte chrétienté» appris, lui et les autres, que pour convertir ces peuples , il fallait employer des moyens.tout différents; que vraiment la Chine n'était pas une conquête à faire en un jour, d'un coup de nsAîn, et comme d'assaut; qu'il y fallait grande adresse, grande patience, et, ce qui est le fruit de longues années et de longues études, une grande connaissance des choses propres à ce royaume. Il finit par ces paroles mêmes : « Si les pères de la Compagnie avaient agi autrement qu'ils n'ont agi constamment depuis tant d'années, la Chine n*aurait aujourd'hui ni pères ni chrétienté »(i).

H fallait en effet, dans ce pays, plus qu'en tout autre, prudence et longanimité. Rappelons'-nous que Le premier missionnaire de la Chine, le père Dominicain Gaspard de la Cruz, ayant commencé par renverser une pagode^ fut aussitôt chassé de l'empire (3).

IV. Dès Tannée de la persécution, un missionnaire de Tordre de Saint-Domiaique , le père Jean« Baptiste de Moralez, prie les Jésuites de répondre à douze questions , et sans attendre leur réponse qui tarde quelques mois, parcequ'ils voulurent consuN ter ceux d'entre eux qui avaient le plusd'exp^ience, il «'embarque à Bfacao, arrive à Rome« et présente au Saint-Siège un écrit intitulé : Que$tionê de$ mit"

(1) Ibid.y n. 976, p. 552.

(2) Lettres à Mgr Vévéque de tjmgreêy etc., par J.-F.O. iuqaet, Lettre 2«, p. 103.

mmbtêi de tm Chmey propoMéeê à te ioerée Cùngréga' tion de la ffropagandê, par le R, P. J.-B, de Morale% leur precureiar (A), Ce mémoire conlenatt plusieurs dtffi* Ciiités sur les céfémontes ehipoises et sur d'autres points de discipline, en dix-sept articles : voici le dernier.

c Sommes^noos tenus, nous, prédicateurs de TÉ* YSngiley de prêcher dans ce royaume Jésus*€hrist crudié, et de montrer sa itH sainte image» surtout dans nos églises ? La cause de ce doute vient de ee que les gentils sont scandalisés d'une telle prédiea<» tion et de ce spectacle, et le regardent comme ttne très grande folie. »

La congrégation, confirmée par Innocent X, répon* dit : « Les qualificateurs ont pensé qu'on ne doit par nulle raison de prudence, par nul prétexte, dif«« férer d'tiMtruire de la passion de Jésus^Chrîst après le baptême; mais qu'il faut absoluitient que eette instruction le précède. Quant'à la prédication ac« tuelle de Jésus-Christ crucifié, quoique les ministres de rÉvangilo n'y soient pas tenus dans chacun de leurs sermons, mais qu'ils doivent seulement pro^ poser la parole de Dieu et les divins mystères pru« demment et à propos, et les expliquer suivant la portée des catéchumènes, cependant ils ne sont pas obligés de s'abstenir de prêcher la passion du San* vetir, parla raison que les gentils s'en scandalisent, ou l'imputent à folie. »

(1) Répgnte m livre inUMé : ^gukoiU 4ês assfirlions» êle., t. 5 : f4olâUries c. S, propof. Se, p. 114. uui. apoloféiique de la conduite des Jésuites de la Chine, p^ 13*

« Ils ont aussi pensé qu'il était convenable que dans les églises il y eût des images de Jésus-Christ crucifié; et qu'ainsi il fallait avoir soin qu'elles fussent exposées autant que cela peut se faire à propos (1). »

Certes, il n'était pas nécessaire de recourir à l'autorité suprême pour avoir réclaircissement d'un pareil doute. Mais ces missionnaires qui n'osaient montrer la croix, étaient-ils Jésuites? Existèrent-ils même en Chine? Voilà deux questions à résoudre avant d'accuser la Compagnie de Jésus. Revenons aux faits.

Le père de M oralez retourna en Chine avec ses réponses, en 1649. Les publia«t-il? Non; sur dix-sept, il en supprima neuf et modifia les huit autres. Or parmi les articles qu'il cacha aux missionnaires inculpés, se trouve celui qui regardait Jésus-Christ mis en croix. Il le crut donc inutile, lorsqu'il fut mieux informé de leur conduite (2).

Ajoutez que pas un mot du décret n'indique les Jésuites ; que la réponse des cardinaux suppose la vérité de l'exposé, établit le droit et non le fait; que jamais par la suite ce criminel abus ne fut reproché

(1) Bullarium poniifieium sacrœ CongregatUmis de propagania fide (Eoms, 1SS9), 1. 1 , p. 125. Apologie des Dominlcaitu, miaionnairet de la Chine (en réponse an P. Le Telller], par on rellgiesx docteur et professeur en théologie, de l'ordre de 8. Dominique (Cologne, 1700), t. 2, Documenta eontrovereîam spectaniia^ p. 157. Toyez Notes et pièces Justificatives, n« 2.

(2) Réponse au livre intitulé: Extraits des assertions^ etc., U 3 : Idolâtrie^ c. t, propos. 2«, p, 1 16. Hist. apologétique de la conduite des Jésuites de la CAIne, p. 17.20.

parle Saint-Siège aux apôtres de la Chine; que la congrégation, sans rien préjuger sur la yérité des faits et l'exactitude d'un tel exposé, ne prononça sur les questions proposées qu'avec cette clause, en attendant que Sa Sainteté, ou le Saint-Stége apostolique en ait autrement ordonné. C'est ce qui du reste arriva en quelque sorte onze années après.

Informés à Pékin de toutes les inculpations auxquelles donnaient lieu les fausses interprétations de leur conduite, les Jésuites députèrent à leur tour le père Martini. Arrivé à Rome, en 1655, il exposa ses doutes sur les points contestés entre les missionnaires; et le 23 mars de l'année suivante» la congrégation de l'inquisition lui dicta des règles qui, le même jour, furent approuvées par un décret d'Alexandre VU.

Les mémoires du Dominicain et du Jésuite ne se ressemblaient pas; les réponses furent donc différentes sans pourtant se contredire. Aussi ClémentlX confirma-t-îï trois ans après les décrets de i645 et de 1656 (d).

V. Que pouvait donc tirer H. Quinet de ces monuments historiques? £coutons-Ie. «Ces hommes de la Société de Jésus, en enseignant le Christ, ne cachaient rien qu'une chose, la passion, la douleur, le calvaire. Ces chrétiens ne reniaient que la croix;

(1) népmte au livre iniUM: Extraits du auerêiùm^ elc., t. S, p. lie. aUL apologét. de la eondttiU dn Jénaiêeê dam la (Mm, p. 21-30. Pr4iu§és légii, en faveur du déeret d'Alêman» dre y II eldela praiiqu» des Jéeuiteê^ eie. (édil. 1700). BuUe du 9 août 1743, Ex quo sênguiflfiilwlkLrim^M^^

p. 18S et 189, § S, 3 et 4.

Uhi pudêt CbrMum pumKm ei cnfc^ffMm prmdicarê. Ils ont honte de oiontrer le Christ de la psssion, nr le crucifix (6ft sont les termes de la ecmgrégalioii des cardinaux et du pape Innocent X ) (1). »

Non, ce ne sont pas- les termes des cardtomx, les p«roles dlnnocent X. Ces mots injurieux tous les chercheres en vain dans le BnUmire de U Propagande. Il fallait mente être étranger au style de la cour romaine quand elle répond à des dovles, poar ne fias soupçonner l'authenticité de paroles aussi peu mesurées. J'ai rapporté le texte en entier, sans y etaanger, sans y retrancher une syllabe.

Mais où donc M. Qulnei a-t-il pris ce texte étrange? Dans les Extrmm de$ attmfhnê^ pièces déplora- Mes d'un procès sans défense, arsenal de calomnies de tout genre, monument qu'il faudrait ensevelir dans TouMi, non à cause de ceux contre lesquels H fut é>eTé, mais pour l'honneur de ceux qui Vé^erèfent (2). ËGoniez œ qui fut vérifié, eoUmianné pw les cammiMâireê du parlmimUf ce qui fut dépoté mt gr^e

fl) iVe leçon, p. Î17 et 218.

(2) Totct le titre exact de ce Itvre également inconcevable et pÉt t'aodace de ses rédacleors c4 par l'autorité qal l'a csusacrfee :

BXtRAlTS MS ASSaUTtOas DÀN«BBaOStS XtFBIIlifCmOSSf SN

TOUT GENRE, que ies soi- disants J^^utlM ont, dans tous 16S temps et Rsrsévéraanuent ssQt«anes« easelinèes et aoUlées dans leara Nvres, aves l*aiH>rebatftMi de lears sapërleors et i génèraex, vaaarifts et esltatlsuués par iss eeniailasalras da PAuuMMirr, en euèeaiisu Se l'arrêté de la esor du Si a^ût 4TSI, ate^ ffm% cMs ?« ft. Btanon, ftupHtosor d^ Parleaieit)

delà eour; ce à quoi on ne permik pas nnx soî-dîsunts Jésuites de répondre !

Un théologie», le père Tbomas Hurfado, dans ses Résolutions orthodoxes ^ ajoute aux paroles do décret les paroles suivantes : « Ce que faisaient réellement les hérétiques en niant Jésus^Ghrist mis en eroix, ces missionnaires le font dans leur msBÎère de prêcher, puisqu'ils roogisseni de prêcher iésus^Christ souffrant et eracifié^ IHos pudei Chrisium passwn et cnuifixum prœéieare, » Or Yoilà les paroles qne les Extraits des assertions citent comme apparienant à la congrégation des cardinaux; voilà les ciiaiions vérijîéeiy coUtttiotmées, par les commumiret du iribonal qui sur cos pièces condamna les Jésuites ; voilà le texie qui échauffa Téloquence de M. Quinel (I).

Mais voyons tout le parti qu'il a tiré de ce passage des Assertiom, où l'ignorance peut seule )6 dispultr à la malice.

1"* Les réponses des cardinaux au père de Horalez et le décret d*lnnocent X regardaient uniquement la Chine; et le livre^ oracle de M. Qoinet^ les applique à VIdolcUrie malabare (2). Pardonnons donc à 1 erudit professeur d'en avoir fait autant* Dans tous

(1) Même ouvrage, Idolâtrie malabare^ p. 259. Voyez aux ^'oles et Pièces Suslifijcalwes, no 2, le texte réel de la réponse des cardinaux, et celle qui se trouve dans les Extraits des assertions. Qu'on songe que ce volume rentorme des eenlaines de faossetès semblables, que les JèsuUes Umtni jogés ânr de pareille» pièces! Avoues qoe lenr prseës a kesoln4'étre revu.

W îbid. le parlerai ées questions eoncemant les tften malabores dans les cfiapitres vti, vm, rx et x.

ses mouvements oratoires sur les Jésuites apostats, il mêlera donc perpétuellement deux pays, deux procès et deux histoires» sans soupçonner les limites qui les séparent.

2"* Par une conséquence inévitable et plus encore par une crédule fidélité à son oracle, il confond les Papes qui s'occupèrent de ces deux procès ; il va même, copiste malheureux, jusqu'à confondre les dates. £coutons*le, et nous compterons ensuite toutes les folies accumulées en quatre lignes. 11 parle des missionnaires du Malabar :

c Malgré, dit-il, l'autorité et les menaces des décrets de 1646 dlnnocent X, de 1669 de Clément IX, de 1734, 1739 de Clément XII, de la bulle de 1745 de Benoit XIY, on s'obstine dans cette monstruosKé d'exclure du christianisme les misérables... Les termes de Benoit XIY, en 1727, font peut-être plus vivement encore loucher du doigt cet acharnement des missionnaires à renier les misérables (1). »

Plus lard, dans le chapitre dixième, je reviendrai sur le fond de cette autre calomnie ; ne nous occupons ici que des dates (2).

(1) iy« Ltfçon, p. 219.

(2) Pascal ayant aassi exploité le Uvre de Thomas Harlado, entoure, comme M. Qalnet, ses arguments d'anachronlsmeS' Toici ce quMl dit de Tidolâtrie des Jésaltes : a ... La congrégation des cardinaux de Propaganda fide fut obligée de dé' fendre particulièrement aux Jésuites, sous peine d'excommunication, de permettre des adorations dMdoles sous aacoD prétexte, et de cacher le mystère de la croix à ceux qo'iis Instruisent de la religion, leur commandant expressèmeol de n'en recevoir aucun au baptême qu'après cette connaissance^ et leur ordonnant d'exposer dans leurs églises rimage do

Là bulle de Benoit XIV, sur les rites malabares, est de 1744 et non de 1745. Mais excusons M. Quinet: il a copié les Extraits des assertions; la même erreur s'y trouve, p. 281, bien qu'elle soit rectifiée p. 268. Pourquoi le fidèle copiste n*a-t-il pas mieux choisi sa page?

M. Quinet arme, en 1727, ce même Benoît XIV des foudres apostoliques , et Benoît XIY ne fut pape qu'en 1740, c'est à dire treize années plus tard. Est-ce une simple erreur de chifire, une faute à rejeter sur le prote? Non; l'orateur du collège de France en réclame la responsabilité tout entière, car six lignes plus bas, confirmant, exploitant son anachronisme, il ajoute : « Ce qui n'empêche pas que vingt ans après, la papauté ne soit contrainte de fulminer de nouveau sur le même sujet (1). » Dixsept ans après 1727, en 1744, parut en effet la bulle de Benoît XIV ; et ce fut le dernier décret de la papauté sur les rites malabares.

Ainsi, d'après notre historien, dont l'érudition

crucifix, comme il est porté amplement dans le décret de cette congrégation, donné le OjalUet 1646, signé par le cardinal Gapponi. i» Lettres provinciales^ lettre 5*.

Voilà tontes les circonstances marquées aûn de s'attirer plus de créance. Or, io le décret sur celte matière est de 1645 et Don de 1646 ; 3* il n^est pas du 9 jaiUel, mais da 1 2 seplemlire; 3» on y yott le nom du cardinal Gloeiti et non celui du cardioal Capponl ; 4° la défense qui supposait le fait et ne l'affirmait point, ne s*adresse pas plus aux Jésuites qu'aux autres missionnaires. Pascal écrivait donc aussi à la volée, sur de faox mémoires et des extraits mensongers. C'est ce qu'on i^eot dire de plus doux pour l'hanBenr d'un homme dont on voudrait pouvoir proclamer la conscience comme le génie.

(1) /Md., p. 2S0.

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