‹ Des JésuitesChapitre 36 sur 56 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

MISSION DE>A CHINE. (1656-1710.) — ERREUR DES JÉSUllB).

1. Ce n'élaît pas des hommes médiocres que la Compagnie de Jésus envoyait aux missions de TÂsie. Il y fallait beaucoup de science et plus de dévoue* ment encore. Le départ seul était un acte héroïque ; puisque, dans un temps où la navigation n'était ni aussi commode, ni aussi sûre, ni aussi rapide qu'aujourd'hui, sur deux missionnaires un mourait ordinairement en route. J'ai sous les yeux une statistique imprimée en 1686 , dont la préface con^mence ainsi :

«Voici, ami lecteur, le catalogue de cent cinq pères Jésuites qui (pendant un siècle), par leur prédication et par leurs écrits, ont propagé la foi chrétienne dans treize provinces de l'empire chinois. Je ne compte pas ceux qui , partis des ports de l'Europe, au nombre de plus de cent, parvinrent au terme de leurs désirs dans les voyages sur terre et par mer surtout, récompensés par Dieu avant d'avoir vu la Chine, et semblables, en cela du moins, à Xavier, mort en regrettant de ne pouvoir y péné« trer (1). »

(1 ) Caialogus pcUrum Socielaiis Jem, qui poêl obilum S, Fran cUd Xaverii primo «cpcuto, Hve ab anno 1581 usque ad 1681, in

En 4635» le Supérieur Général des missions des Indes, le père Manuel Dias, écrivit au général VîtèU leschi pour le prier d'envoyer en Chine, chaque an* née, au moins vingt des meilleurs ouvriers destinés à la conversion des idolâtres. « Ce ne serait pas trop, disait-il, si tous, par une bénédiction spéciale du€iel, pouvaient arriver vivants à Macao; mais il n'est [as rare qu'il en meure en route la moitié, plus ou moins. 11 convient donc d'en demander vingt par an pour en avoir dix (1). j»

Cependant, malgré ces chances d'une mort probable dans la traversée , jamais les missions lointaines confiées à là Compagnie de Jésus ne manquèrent d'ouvriers nouveaux, ardents à remplacer ceux qui avaient succombé. En 1685, Louis XIV, à l'occasion d'une ambassade au roi de Siam, demanda des

imperio Sinarum JesuChristifidempropagarunt; ubi singulorum nomiMa, patria, ingreisus, prcediceUto, mors, êepuUura, mti Hniae edili recensetUm (1686).

{!) Bartdlk Deikk dm, 1.4, a. 968; delh open, 1. 18» p. 414 (Torlno, MarietU, 1835). Ce père Uanuel Diaz était le NeMor de la mission. Yoicf le 4ébut d'une de ses lettres au gèaôral, du 10 mars 1637 : « J'ai maiatenaqt soixante-dix-sept ans, et J'en ai passé soixante, moins vingt Jours*, dans la Compagnie. Depuis cinquante années je suis dans ces missions d'Orient ; et^ à l'exception des deux premières, Je les ai toutes passées en affaires de gonvernement, tanlôt comme supérfeor, tantôt en 4«ialilé de cotiêoltear. Je le dis uniquement afin d'assurer Votre Paternité que tant d'années m'obligent â ne poavoir dire que la vérité, comme un homme à la veille de se présenter à Dleu^ pour lui rendre com|>te de cette letlre |i\|8sl, etc* » ibid.^ p. 415«

missionnaires aux Jésuites françaiSy et le seul collège de Louis-le-Grand en offrit plus qu'il n*y avait de places disponibles sur les vaisseaux (1).

On a beaucoup parlé des Jésuites mandarins et présidents du tribunal des matbématiques à Pél^in, et je ne prétends rien enlever à ces hommes célèbres de l'autorité conquise par leur savoir, employée à soutenir, au milieu de deux cent millions d^idolâtres, l'honneur et la bûreté de TEglise. Mais il faut ajou* ter que les plus renommés furent continuellement en burteaux persécutions^ souvent emprisonnés et menacés de mort.

Innocent XI, dans un bref de 1681, rendit un magnifique hommage au zèle du père Ferdinand Verbiest, et en son nom à tous les religieux dont il était vicaire provincial en Chine. Ce savant Belge^ président de Tacadémie des asirononies à Pékin, avait été jeté plusieurs fois dans les prisons en haine de TEvangile, et neuf fois on l'avait mis aux fers. « Mon cher fils, lui écrivait le Vicaire de Jésus-Christ, vos lettres nous ont causé une joie presque incroyable... Il nous a été surtout bien doux d'apprendre avec quelle sagesse ei quel à propos vous appliquez l'usage des sciences humaines au salut des peuples de la Chine, à l'accroissement et à Tutilité de la religion, repoussant par ce moyen lesfau.^ses accusa* Uoos^t les calomnies qjue quelques-uns vomissaient contre le nom chrétien; gagnant la faveur de i'enipereur et de ses conseillers, pour vous mettre à couvert

(1) heures édi/ianies ei curieykHs^ Mém(nr$$ des /nde», t. x, préface, p. xi (Paris, 17SJ).

vous-même des fâcheuses avanies que vous avez longtemps sou^Tcrtes avec tant de force cl de grandeur d'âme, pour rappeler de Texil les compagnons de votre apostolat , et rendre non seulement la religion à son ancienne liberté et gloire, mais aussi afin de l'amener de jour en jour à de meilleures espérances. Car il n'est rien qu*on ne puisse espérer, avec le secours du Ciel, de vous et d*hommes semblables à vous, faisant valoir la religion dans ces contrées (i). »

II. Rappelons-nous par quels travaux scient i6ques les Jésuites entourèrent de gloire le nom chrétien et le nom français, au milieu d'un peuple habituée dédaigner tout ce qui ne venait pasde lui. Dans un catalogue qui me semble du reste incomplet» je lis les titres de quatre cent quatre-vingt-six volumes publiés par les Jésuites en Chine depuis les premiers écrits du fondateur de la mission, Matthieu Ricci, mort en 1610, jusqu'à Tannée 1683, dans laquelle Ferdinand Yerbiest calcula, par Tordre de Tempereur Kang-Hi, les éclipses de soleil et de lune pour deux mille ans et plus (2).

Bartoli, parlant des travaux continués pendant quinze ans par les pères Adam Schall et Jacques Rho, pour réformer le calendrier chinois, compte, dès (a fin de 1634, cent trente-sept ouvrages de mathématiques compilés par ces deux hommes, et quelques autres en outre prêts à sortir de leur plume infati-

(1) Notes et Pièces justificatives^ ii<> 5.

(2) Catalogus patrum S. J., qui post obitum S. F. Xaver,^ ete,% prœfatio (déjà cité). Montucla, Hist, des Mathématiques^ L 1» part. 2, 1. 4 (Paris, an vn), p. 472 et 475.

gable. Ce calcul paraîtrait fort exagéré, si les simples mémoires n'étaient pas comptés de manière à grossir le nombre des volumes. J*en dis autant de la phrase suivante du même auteur. Les livres qu'ils écrivirent d'invention ou qu'ils traduisirent des langues européennes en chinois furent si nombreux, que ceux qui furent imprimés et livrés au public pendant cette année 1637, montèrent jusqu'à deux cent quinze, et les manuscrits prêts à voir le jour à cent vingt- huit, ce qui fait en tout trois cent quarantetrois écrits touchant diverses matières de théologie, d'ascétisme, de philosophie naturelle et morale et de mathématiques (1). La plupart de ces doctes apôtres, consacrant leurs journées aur travaux du saint ministère, n'avaient souvent que la nuit pour se livrer à l'étude.

Leurs noms sont écrits dans les annales des académies, non seulement de la Chine, mais aussi de l'Europe. « Ces savants missionnaires, dit Moniucla dans son histoire des mathématiques, ont été très utiles à l'astronomie européenne par leurs observations, ainsi que par les lumières qu'ils ont données sur la géographie des pays orientaux et voisins de la Chine. Lorsque l'Académie royale des Sciences fut établie, elle sentit tout l'avantage qu'il y aurait d'entretenir des correspondances avec eux, et dès lors il partit peu de missionnaires jésuites san^f des instructions propres à rendre leur voyage utile aux

(1) Bartoli, Délia Cina^ 1. 4, d. 233 et 307^ délie opere^ t. 48, p. 477 et 419. Tous les mémoires des pères Scball et Rho ne forent point imprimés, /(ntf., p. 479.

sciences européennes. On ne peut trop louer le zèle avec lequel ils s*y prêtèrent. Plusieurs missionnaires» la plupart Jésuites, devant partir , en 1684, pour la Chine ou les Indes-Orientales» ils eurent de fréquentes conférences avec M. Gassinl et les autres astronomes de l'Académie. On les fournit des instruments nécessaires, et le roi les décora du titre de ses mathématiciens. Ces pères étaient les pères Bouvet» Gerbillon, Fontenai, Le Comte, Tachard et Yisdelou. Us partirent sur le vaisseau qui portait l'ambassade envoyée au roi de Siam» et ils arrivèrent en 1786 à la Chine. Leur route fut marquée par des observations de tout genre; elles furent publiées lb88 par le père Grouye, qui en donna un second volume en 1692. C'est à leurs observations enfin qu'on doit le rapprochement des côtes ocieniales de noire continent, que, jusqu'à la fin du dernier siècle, on portait à 40 ou 50° plus à l'est qu'il ne fallait (1). i>

Je n'entrerai point dans le détail des travaux scientifiques des missionnaires Jésuiies ; je ne citerai qu'une seule de leurs observations. Quand la merveilleuse comète qui, l'année dernière» le 17 mars, surprit la vigilance dé nos astronomes, parut en 1668, ce furent les Jésuites des Indes et du Brésil qui les premiers l'aperçurent et calculèrent sa marche. Le père Gandone la vit dès le 5 mars à Goa ; le père Es* tancel la vit le même jour à San-Salvador ; et le père Susarte^ se rendant à Macao» la vit de même le long du cap de Bonne-Espérance, mais faute d'instruments il ne put rédiger ses observations avec exactitude.

(1} HiH. des MalhémcUiquis^ U i , iMfft. 2, 1. 4, § vi, p. 72.

Enfin le ^ elle fut vue pour la première fois en Europe, par le père Eschinardi, professeur de mathématiques et d'astronomie du Collège romain ; le célèbre Gassini ne Taperçut que la nuit suivante. Ces détails sont tirés d'un monument encore mutilé par une main jalouse (1). N'est-ce pas assez de calomnier les Jésuites, faut-il encore aller jusqu'au fond des archives de la science, déchirer les pages qui pourraient aider à rétablir leurs annales défigurées!

Tels sont donc les zélés et doctes apôtres qu'on accuse d'être tombés dans une erreur impie et grossière. Quiconque étudiera sans passion 1 histoire de leur mission célèbre et malheureuse, verra que la charité seule et la science les égarèrent. Ils se sont trompés, je me hâte de le dire; mais en condamnant leur erreur avec le Saint-Siège, avec eux-mêmes, rappelons-nous qu'elle ne fut ni ridicule ni coupable. Tout se réunit pour le prouver, les témoignages et

les faits (2).

(1) Eslrallo delVe osservazioni faite êullaeometa del 16618, da vkuni padri délia Compagnia di Gesû; publicaio dagli aslrùnomi del Coll. rom, il di 15 maggio del 1843. (Roma, Marini éd.) Voyez au chapitre âe, n. 5, p. 55, une autre mut tiallon de ce genre et plus sérieuse.

(2) La Réponse au livre inlilulé: Extraits des assertions, elc,^ t. 5, ch. S, fait une apologie générale et complète de la conduite des Jésuites en Chine, en prouvant les quatre propositions suivantes : l'' les Jésuites n'ont toléré Tnsage des cérémonies chinoises que parcequ'ils les regardaient comme purement civiles ; S° leur erreur sur le fait des cérémonies ciiinoises n'était ni grossière, ni coupable; S^* Ils ne sont pas

III. Le célèbre Ricci et ses collègues n'avaient pas attendu Tarrivée des Dominicains et des Franciscains en 1633, pour apercevoir les difficultés et commencer la discussion. Dès 1628 les missionnaires les plus expérimentés et les plus instruits se réunirent pour disputer sur le choix du nom propre à rendre Tidée de Dieu; et la dispute dura pendant un mois tout entier, sans qu'on pût arriver à contenter tous les esprits. Bartoli, qui raconte ce fait, ajoute: « Et ce ne fut pas la première fois que dans ce vaste empire ils vinrent, les uns de six cents, les autres de huit cents lieues, uniquement pour se communiquer leurs doutes, tant sur ce que la conscience pouvait défendre ou permettre, que sur les moyens plus ou moins favorables au bon gouvernement de la chrétienté et à la propagation de la foi (1). »

L'assemblée de 1628 eut du retentissement hors de la Chine. Je soupçonne qu'elle n'influa pas peu sur la disposition des nouveaux religieux qui, trois ans après, arrivèrent disposés à blâmer la marche suivie jusque là.

Après les troubles causés par les décrets que les pères de Moralez et Martini obtinrent successivement en 1645 et 1656, et dont chaque parti se prévalut | tour à lour^ la discussion se ralentit et fut mêiD^ 1

les seuls qui se soient trompés au sujet de ces cérémonies; 4'' ils ont été pleinement soumis aux décrets du S»intSlé(?<^« et n'ont point permis depuis ce qu'il a défendu alors com* me illicite et infecté de superstition, p. 108-159.

(i) Bartcli, Délia Cina, 1. 4, n. 183-185; délie opère, l^^^ p. 164-169.

sur le point de s'éteindre en 1666. Du moins OA eut alors l'espoir d'un accommodement entre les missionnaires des différents ordres. En effet une persécution générale s'étant élevée contre eux, vingt-trois furent relégués àCanton et renfermés dans une même demeure. Il s'y trouva dix-neuf Jésuites,^ un Franciscain et trois Dominicains. Après une longue discus* sioD, la méthode des Jésuites fut approuvée. Mais le père NavarettOy Dominicain, s'étant échappé de prison, alla échauffer de nouveau la dispute en Europe ; tandis que le père Grimaldi, Jésuite, allait pre&dre sa place, afin de compléter le nombre des captifs et d'arrêter par là les vengeances des mandarins sur ceux qui restaient. Je rappelle ce fait non pour imprimer une tache à la mémoire des accusateurs, mats pour montrer la vertu des accusés. Les uns et les autres eurent, je n'en doute pas, des intentions droites, bien que quelques démarches n'aient pas été parfaitement mesurées (1).

(I) Le père Navarette, après avoir publié des rapports trop passionnés contre les Jésuites, montra lui-même plus tard qoe le zèle des âmes et Tamour de l'Eglise dominent tout autre senUment dans un coeur apostolique. Quand il fût nommé archevêque de Saint-Domingue, en 167S, les Jésuites voulurent se retirer de son diocèse, croyant qu'ils lui seraient à ctiarge;mai8 il les conjnra de rester, et leur fonda un collège et une chaire de tbéologie. Peu d'évêquès ont parlé avec plus d'étendue de l'utilité que les pasteurs et les peuples peuvent retirer du ministère de la Compagnie de Jésus. iMe* tionnaire historique de Feller ; Lettres à Mur l'évéque de Lan* grès, etc.,, par J.-F.-O. Luquet, Lettre 2«, p. 138 et 139; Ré" ponte au livre inMulé : Extraits OesassertUms^ elç.,t. 3, p. 124* II. 4

C'est de ceitp çris^ji de Cai}/.Qp q^'u^^ Ijpfpinicain, lepèreDominitjue Sarpclrj ou de S. Pier^gi pubU.! le témoignage suivanf : « |e ce^^tit^e^ tousgegf qi^i pcs présentes verront :

« En premier Heu, qu'^ mc^fl ayi^ ç^ çjije le$ pères missioppaires de ja Çoippa^nie dp J^^s içpl p|G[{ç^: sîpn dç.pratiquer, en PQfniettapt g^ {^Içrgfit ppr(ain^s céf énionies, dont Içs Chinoiç p^réÙQri^ Sfi^^\ ^ rhonrjeur du philosophe Çonfucii}^^ ^ (ip l^urs ^|l" ce tf es défunts, npp seuj^i^ifn; est.f§n.i| dsifô'F ^® péché, puisqpè \e]iT conduire a été .^opr^^Y^^ P^** -^ sacrée Congrégation de i'inc|i|i3itiqq gén^fale^ Çjiais (ju*à considérer les crçiyatjçeç (Jçç K^^^PIp?^^^ sectes de la Chine^ cel{e opinipa e^j pl^§ ptobalj)^ qj|e la conirajre^ et d'ailleurs très j^fUe, p^r ï^e pa^<!ire Mécessaire, afin d'ouvyjr aux i]^fidèlg§ Ja fiQFie ^e

TÉvangile... »

« Je cepifie eij second liçu, pue lç9 p^rç^léfuijes ont annoncé dans ce foyj^ij^^ ^ç la Çl^ifl^ i^}^^' Christ crucifié, et cela non seulement de vive voix, mais par le moyen des livres qu'ils y ont faits en grand taombre; qu^ils expliquent avec beaucoup dé coin !es mystères ^e la passion | l^tjrs |)éop|]yte§; V^^ dans qiielûues résidences de ^e§ R^rçs if y a 4fis confréries de U Pa^sipn... »

« je p^rtiliepo troisièine liDU» et autant qu'il en est l^e^o^Q, je protesta avec serment, que ce n'est ni à la prière^ ni k la persuasion de qui que ce soit, m^i^ par le seul amour de la vérité; que je me suis porte a rendre ce double témoignage qu'on vient de voir... ^^

« Comme donc j'ai su pu'à Tpccasion de cejfains Routes qui fureîit RFfiBOg'ég ^^ im à Ift mï^ WA"

BaR(i5fe de Morajp^ hpn?rRÇ vrajmeiit jpo^toliquf , et i|ui agissaî{ par le zèle ^e la f^i ^ g,ùelqupç:HT}!| mal affectionne^ à la Cpmpagçie pgj pubU.^ (J^i^f

la Chine n^ prêchent point Jésu^-G|ffi^[ crucifié Qf

pour ce sujet que craignant «1^ paiPQÎirç a(>PJ0uyç]f P?r ï?op. s|]f nce leg Çalpranj^ç ^ç fpi}^ ^ens:)^,' et souhaitant de réparer autant qu'il est ep mon pouvo;r la réputation de ces pères, j'ai voulu déclarer mon sq^lipeni de la manièrç <j»'on yier^t ^p ypjr, en le soumettant néartmoins toujours à un jugement plus psuré, g^^i est cel^ji de j'Enlise romaijie. Çn témoipaçe c|e î|upi j/a} |ai^^çeUe| If Uf^, e^ j'ai sifflé q de ma propre main dans la majgpg ^^ p^ï^P^^ » P^ nous sommes détenus çri|pqi{|er^ et ^q pxil, ce 4* jour d'aoûTiëfièm. '»'

(i) Cette lettre, dont ]é ne cite qae quèlqaes fragments, est rapportée foiR eiitlèré dans la ^fensS dê&muvea^ ehirê^ ^mftOes' miuionfMa^ ée la GMnê^d»Mi^on, «te. (par le père L§ j^Mtei:)* Pb* f art» s. SUe so tiropre «nssi Aaos no

<)<:tiieiiQent de déprécier la science et la gravité de son au- ^^^^' Hépàmé au livré' iritilùlé': Extraits âi$ à$ser'Aoiii[ elcl, ^h^\ ?» Propo«((on 3% p. 125 élise. jPr^j«flfé« Ï^Oit^tijei en faveur du dfcrcï 3^^ P. UPahelAÙxand^^^ ia

^^iqùe dêi Jésuites^ au sujet des hmnèuri que les Chinois ^"«aenl à Confucita et à leurs ancétret , tirés des écrits des *^« wminica<iM el 5e« père* Froncwcatn*, mwtonnatrei

"*WCWlie(l700), p,32-39.

D'après un6 autre lettre du même frère Prêcheur, il paraît que le père Navarette lui-même» ayant d'aller accuser les Jésuites en Espagne et à Rome, s'était rangé de leur parti. On a conservé les noms et les témoignages de plusieurs autres Dominicains favorables à l'opinion depuis condamnée: il fut même un temps où presque tous les August.ins et les Franciscains la suivirent {i).

Il me serait facile d'accumuler les autorités pour rendre excusable une doctrine suivie par presque tout ce qu'il y eut de plus savant en Chine? Mais il est un monument qui ne laisse rien à désirer, puisque élevé par un des plqs redoutables adversaires des successeurs de François Xavier » il fut de plus approuvé d'une manière spéciale par le vicaire de Jésus-Christ.

Mgr Haigrot, évêque' de Conon et vicaire apostolique en Chine, terminait ainsi son fameux mandement publié contre les cérémonies chinoises, le 26 mars 1693 : « Au reste, par cette présente déclaration et. ce oiandement, notre intention n'est pas de blânder ceux qui auparavant ont autrementpensé, ou ont suivi une pratique différente de celle que nous ordonnons qu'on suive à Tavenir. En effet, i' ne doit point paraître étonnant, que dans des choses de cette nature tous les missionnaires n'aient pas été d'un même avis, et que chacun ait embrassé la

(1) Ibid. ; Réponse aux nouveaux écrits de messieurs des missions étrangères contre les Jésuites, par une lettre de Mgr Al" varès Benavente, évéque d'Ascalon, vicaire apostolique de Kiamsi, etc. (1703). Voyez surtout les Anciens mémoires dt la Chine, etc., indiqués cinlessus.

pratique qui lui paraissait selon Dieu plus conforme à la vérité (1). » •

Clément XI, dans un décret du 20 novembre 1704» approuva les paroles suivantes de la Congrégation de l'inquisition , qui avait été chargée d'examiner la lettre pastorale de Mgr Maigrot : « La sacrée Congrégation a répondu qu'on devait louer la déclaration ajoutée à la fin du susdit Mandement, laquelle porte qu'il ne faut pas blâmer les missionnaires qui ont cru jusqu'ici devoir suivre une pratique différente de celle qui est prescrite dans ce Mandement, puisqu'il ne doit point paraître étonnant que, dans une matière discutée durant tant d'années, sur laquelle le Saint-Siège a donné ci*devant dif* férentes réponses selon les différents exposés , tous les esprits ne se soient pas réunis dans le même sentiment; et qu'ainsi il faudra charger M. le Patriarche d'Aniioche, ou tout autre à qui on donnera le soin de fnire exécuter ces réponses, d'écarter d'une part toute apparence , et , suivant l'expression de Tertullien, jusqu'au moindre souffle de superstition païenne; niaià en mêmeten^psde inettre à couvert l'honneur et la réputation des ouvriers évangéliques, qui travaillent avec autant d'ar*

(1) BfaïaHumromanum, 1. 10 (Rom» 1735;» p. tso» col. 2. Le Qiême prélat, écrivant au Pape Innocent Xil en 1693 , disait : « (^uand je parle dMdolâirie, ma pensée n'est pas qu'il y ait dans la Chine des missionnaires qui donnent dans une Idolâ- ^fle grossière, on qat la soufflent dans les autres; ce qui ne pourrait se dire sans ulie grande calomnie, sine ingenti calumnta. » Apologie des Dominicaim, misikmnairei de la Ciiine, etc., i voL, p. 553 (Cologne^ 1700).

imi^e a^âsliâiliié dalis là vignbiiu §^i|nlS^ k

atii. avant que les questions susdites iiissènt Hé'cièesp^l' IS prudence et la (Ifôilufeordînàirèail Saint- SiéP, biil è{é ddris (d'autres s'enlîmeîits; en &8He

Ma H'Svâiefil permis là plupart îles èkosès âôiit ob Vient de aire qu elles ne doivent jamais être permises lailîfifgttéBs , et que d'àilleiirà il est feors iie âoilte ijd'S préseiii que là câtlse est fcnîe , Ils ^e sôùmèiiïoxïi â^êc rhuHiiiîte fet f'bBëiséârtcS corivèrîafclés âUi àèmiot^i fei âUx ofareâ Û feai«lifeîëge (\). i

tes ifesdîles fee èoUitltfètit en kftëï; et noùâveribnh HâiiS le cliïi^ttrè stiiVàhl tërhïy\eK lëiif adtië- SÎbH à îa s^riléHcê de CléméHt îî ftil jprotnpteet feéfièfèuéè. «'InsUltonè donc pâ§ î ÎS iîiéfâbirë de teâ màrlytë 'de W chài4té, de feeS UéM Mnè siiëribiéJiébméUi HaHè la paii 'dé YÈ^Ûhé: lia ^b'f riîent au dlflfêti abs gënéfàtioHé qU'ilà ont bytiltsëési im& todtëâlst^sitfB soiilUlêillèi- avec èîil.

Si JëfitlS m8i.iUè(tië an iids d'^ pillé 'âàHS lèiif â6o' fo^îë; éé ffgst hi îJouf appèlè'f «8 ik ^étitétifcë «ui les fràfjpl, fli p6Uf i^ëjeièr le ttàiAé ^ilr Véh f^c^drSuîlës un

pëa «f» dfe fttif§ dtttfefyités. flfêiottréh d§ leur

condamnation et de leur obéissance, je ne dirai un mot des grandd dëlms (jtif àiimiemît m dëËlsibns «û SaiHliSiegê 'qm m^ êfi fcifé fc'BHfiâîtPë fê ffl8lt|. Aii-S^fS aë cfe siiïi{jlé expose, hfecessaîf ë pour re- )Ousser les accusations d idolâtrie réprouvées par ;ilémènt 3^1^ rèiamen pourrait m'être interdit. Car

(1) Bullar. rm., U lO, p. là? ël iSÔ.

le émë pbmifê, mile ibH aëcfëf au ^ septékibré 1710, dgrèndii s6Uë |?éîhc a'èxcbWmiinlcàlibhaë Iràir ter uriècdHli-dietSèfBlëWée àd Sâihi-feiééè, él quîî tfetlé êjpoqife fili a^iiêé avdè ti'bp de chalelK" par les deux partis. Bien <\Ah ëëue l-aison n*éxiéte p\\}è, ik loi ë^t deiriedréè et îiiëfîte ôÈISlèsahcè et respect: maiâ ûMêtiéuih de trente-déuk àris â là sentence définitive^ felle îl*k pu îilierdlré sofa îritérprêtatioh, dntié lé èaâ Surlbiit tiâ l'oh Serait coiitràiht de fepouftset la câlbrrinié (4).

rv. Faire rouler lé ptofcès des JésUîies en Chiné sur des accusiftibns d'iaïiostasîè, b'est triontrèr une îgHbtâiice profonde dès ètàndk débâté (Jiiî, pendant pTdà a*Uh éiëcfe, occii{^èreUt \ei esprits à Rome comme â Pékin, obligèt-ërit lé Sâiht-Siégé àcréet une congrégation de câMîiidui, et à envoyer des vicaires dpositolitiueâ podl* éiUdlëfl^ diflîctillé sur les lieui mfêmes.

Trôh t)Olhls Stirtbbt ahibafraàSàieht les missionndited. PdiiVdItidfi ^ëfHlëttré àni ChlUois de rendre à Gonfudd^ céHàins hdinitiagôà Mèhè^ eh loi chez ëdi, èi adbl i'^t^tiâtëhcé feëhibfàîi îridiquei: ùfi cùltë? Pouratt-Ôh Wlër'éf fer {aiftës Ééreiiionies eii l'HërineUt déS ànèëtfés moft^f Lè^ Jifoscrlré était bouleverser lès d^à^és iei |)lu8 §act4 d'uh peuplé

(i) éëliMfctt tW BhmHurà, ï; i; t. {90 él ïsi (itomae, i748). népoi^ au m^ MQUlé :- Èxtr'diU des ass&rHotù, etc., t. i, p» t4e; ti 3{ p. ieê; Je sttta que de^iHs lèngtéibDs cétfé défense n'est plus ebséryée. Feot-être depato la 60DâaiDti»« UoQ qui termina cette coatroYerseta-t-od cra pouvoir traiter UD sujet tombé des tribunaux ecclésiastiques daos le domaine de rbistoire.

entêté à l'excès sur le maintien de ses moindres habitudes; c'était peut-être renoncer à l'espoir de jamais faire pénétrer en Chine lés mœurs de l'Évangile. Enfin quel nom chinois fallait-il adopter pour exprimer l'idée de Dieu (1)?

Ces trois questions ne pouvaient se résoudre qu'en consultant la nation, sa langue, ses monuments, ses pratiques, son esprit, afin de deviner le sens qu'elle attachait aux mots et le caractère religieux ou purement civil qu'elle imprimait à certains actes. Voilà ce qui pendant plus d^un siècle divisa les apôtres de la Chine, et ce que j'appelle la seconde période du procès des Jésuites. L'af&ire ne devint sérieuse que du moment où l'on oublia les accusations d'apostasie et d'idolAtrie grossière pour resserrer la difficulté dans ses justes limites.

Comment les Dominicains, dès leur arrivée, purent*ils prétendre y voir plus clair que des hommes occupés dépuis cinquante ans à étudier les mœurs et le langage de la Chine ? Comment les Jésuites euxmêmes purent-ils être divisés entre eux sur des questions de fait, surtout lorsqu'il s'agissait d'un fait aussi universel que le sens d'un mot et l'esprit d'une cérémonie? Comment enfin le juge suprême put*il prononcer de Rome, avec certitude, sur le langage et les usages de Pékin, malgré les protestations de Tempereur lui-même et des plus savants mandarins de la Chine ? Voilà des questions qui ont étonné bien des esprits, mais qu^on peut facilement l'ésondre, il me semble, en considérant que les deux partis argumentèrent d'après deux principes différents.

(1) ibid., p. ISS, 192.

Les* Jésuites jugèrent le sens des mots et des cérémonies chinoises surtout d*après l'opinion de la cour et des lettrés; leurs adversaires, d*après l'opinion du peuple. D'un côté, les mandarins et les hommes instruits certifiaient que tous les honneurs rendus à Gonfuciuset aux ancêtres, purement civils dans le principe, avaient toujours conservé ce caractère parmi eux : l'histoire et les monuments de la nation confirmaient ce témoignage. D'un autre côté, les gens sans lettres et soumis à l'influence des bonzes, avaient mêlé des pratiques idolâtres à des cérémonies d'abord indifférentes. Ricci et ses successeursen conclurent qu'il fallait les ramener à leur pureté originelle. Leur abolition semblait impossible; il fallait donc les rectifier plutôt que de les attaquer violemment. Les DominicainSyàu contraire, et plus tard la Congrégation des Missions étrangères, préoccupés du mal présent, voulaient qu'on y apportât le plus prompt remède. Fallait-il pour l'avenir compromettre le salut des générations actuelles? Transiger avec le mal, le permettre pour obtenir un plus grand bien sera toujours un crime.

Les Jésuites, de leur côté, étaient loin de vouloir le permettre. Leur condescendance ne s'étendait pas au-delà des bornes d'une pure nécessité. Ayant partagé les cérémonies chinoises en trois classes, ils défendirent à leurs néophytes celles où ils reconnurent les traces d'une superstition réelle; celles qui, bien que jugées purement civiles, n'étaient pas prescrites par les lois de l'empire ; et parmi ces dernières, ils ne permirent même pas ce dont on pouvait se dispenser sans choquer toutes les habitudes delà

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