CHAPITRE IX
LES JÉSUITES BRAHKES. — (1605-1744.)
I. A peine arrivé dans le Maduré» le père Robert de' Nobili évite donc tout oommerce apparent av^c les Européens dont il abandonne le vêtement et tes ixKeurSy et va, loin des côtes, loger dans une hutld de gazon, à la façon des brahmea. Il prend dans une caste élevée son serviteur pauvre , mais noble. Il s'informe avec soin des habitudes et des cérémonies usitées parmi les gens de qualîtéi afin de les copier avec une exactitude scrupuleuse. A force d'étude, le tamoul, idiome vulgaire, lui devient familier s il ap« prend en outre la langue dès prinees et de la cour, et le samserity langue des mystères de la science et de la religion. Ses progrès furent si rapides qu*ert peu de temps on l'eût dit né dans le Maduré.
Lorsque tout fut prêt pour le nouveau rôle qu'il allait entreprendre, il se montra dans le costume des ianiams ou brahmes pénitents. Depuis son arrivée, il menait leur vie austère, s'abstenant de chair, de poisson, d'oeufs, de vin et de toute liqueur enivrante, ne mangeant que du laitage, des légumes et du riz, une fois le jour seulement.
Quand les brahmes indiens virent le brahme européen vêtu comme eux, parlant aussi bien qu'eux^ leur ressemblant en tout^ depuis la touffe de clieveuic
au sommet de sa tète rasée^ jusqu'aux socques à cheville de bois qu'il traîoâit avec aisance (1), tout le inonde accourut pour le voir et l'entendre. Cependant il restait des doutes sur ses titres de noblesse. 11 produisit des témoins et jura qu'il sortait d'une caste illustre : l'acte en fut dressé; et le brahme romain juridiquement reconnu reçut le nom de TaUniva Podagar Sauami, c'est à dire d'homme passé maître dans les vingt-cinq ou quatre-vingt-seize qualités propres au vrai sage (^2).
Yoilà donc toute la ville de Maduré en mouvement. On le visite; il se montre difficile, n'admettant que
(1) Un ancien missionnaire da Maduré, le père Bouchet , dont Je parlerai dans le chapitre suivant, comptait celle chaussure parmi les grandes épreuves de la vie indienne. «On est obligé, dit-il, de marcher sur des socques, lesquels ne tiennent aux pieds que par une cheville de bois qui se met entre les deux premiers doigts de chaque pied. Cette cbaussare est d'abord Insupportable, et l'on a toutes les peines da monde à s'y faire. J'ai vu plusieurs missionnaires qui avaient rentre deux des doigts écprché, et la plaie qui devenait considérable, durait quatre â cinq mois; pour moi, J'ai porté une semblable plaie six mois entiers. C'est ce qui faisait dire à un de nos missionnaires que la langue, quelque dilficile qu'elle soit, lui coûtait beaucoup moins, et qu'il apprenait bien plus aisément à parler qu'à marcher. » Lettres édifiantes el curieuses^ Mémoiresdes Indes, 1. 13, p. 41 et 42 (Paris, 1781). Les castes nobles ne peuvent manier de cuir sans se dégrader, les pariabs portent doncseols des chaussures en cuir. Voyage dans Vindoslan, par M. Perrln, 1. 1, p. 254.
(2) Annales de philosophie chrétienne, n.i9,Juillet 1841, t. 23, p. 27 et 28; Mémoires de M. Eng. de Sicé^ de Pondtchéry; Jouvency, HisL S. /., p. 5, 1. 18, n. 49.
ceriaines personnes et à certaines heures, afin de piquer davantage l'attention et la curiosité. Car aux yeux de l'Indien surtout, plus une chose est rare et difficile à rencontrer, plus elle est précieuse. L'or, disent-ils, et les perles se cachent; il faut du travail pour les aller chercher (1).
Sa science, ses bonnes manières et sa vie pénitente lui attirèrent un grand nombre de disciples ; il ouvrit une école, y mêla les leçons évangéliques aux enseignements humains; et peu à peu la doc-> trine du gourou de l'Europe fut réputée noble et digne des Indiens. Pour enter le christianisme sur ces natures jusque-là rebelles, il profitait de tout, les attaquant par tous les côtés où il pouvait trouver quelque entrée, par la raison comme par les préjugés et les traditions nationales.
Ainsi, les philosophes du Maduré disaient qu'autrefois leur pays avait eu quatre voies de salut; que trois étaient encore connues et enseignées dans leurs écoles, mais que la quatrième, toute spirituelle et menant directement à la bienheureuse immortalité, était ou entièrement perdue, ou tellement cachée qu'on pouvait l'entrevoir à peine. C'est par là qu'ils expliquaient le divorce des bons et des méchants. Ceux-ci , sans espoir de salut, se vautraient dans le vice; ceux-là, tout entiers dans la recherche de la loi perdue, s'adonnaient aux jeûnes et aux prières. L'apôtre se mit donc à leur dire qu'elle était trouvée, qu'il venait l'annoncer cette loi sublime et bienheureuse, objet de leurs vœux. On le crut; il développa .
(1) JouY., ibid.
ifli —
!•• Um i% Vl&vtngkk et eet myaièNd ; toixMtehdix brabnes m iMToatemèreai devant ia &tùi% et fuient baptisés w peu de temps. Dès 4SÛ9> Awtf e ans ssih lament apris S(en arrî? ée> àeu$ aoUes iadieiia via« ]?e»t trwvet IVehevèque de Greaganer pour lui demander la confirmation ^i)«
il parait que le roi du Materé ti»i-iii4me eéda à Vévidei^ce d'une relîiioa devenue nelUe ii ses yeui. A ta nouvelle de l ôolat quese conversion allait faire» les brahmes éfMmvantée attii^ent» dit-on» ce mal<lieureuii prince dans une pagode» au nom et par i*Q^ dre des divinités dn royanne» le mirent en piècesi et publièrent que les dieux» pour récompenser ses vsr« ms> l'avaient enlevé au séjour de la gloire (3>.
11. ies siseete du Jéaiiiie Robert étaient trop merveilleux pour ne pas attirer tous le» regarda^ st sa conduite trop e^itraotdfnaire pour 9u*on n'y trouvât
(t) Jeu?., iSM.» n. 90 et St.
($ Lotira antogNipiie é'ns ISsnIls mitataiiBalrs ai Muéuh, le père Im tu nanteek l'sl aspri» as iMrl au nsnenl wkém al» Ja traçais eea Heees» Je oltsral eseeie este H ses lellis» i csUe-çi f st (Sa at eécsinltf s 1940* Il qattts rsisurope avec trois compasaoas 4e soo oiposlalat^ le si iuuist las?^ et de ces
quatre tiommes entraînés par leur zëlc loin de leurs parents et de leurs amis , fl n'en reste plus qu'un pour pleurer ses frères et appeler de nouveaux martyrs de la cbarlté. Sur ooe vteglsfne de mlsstoimalras jésuite» français dansrfffKle,Deaf sent Morts or sept ana |l faut avoir du eourage pour les salf re, etpeeitaat laurs niâtes n'eal s asélè tsissèes vides dans cetle mission <iei dévore ssa aevriers, eu pXotdt qnt cawoane si vite leur travaux ; car en parlant de l'hëroîsme ëvangéliqoe, il faut prendre le langage de la foi.
riea k r^^endre^ Tout en lui paroi aop^rsiHteiix et
criminel, «on vfttdmeAt, le^us^g^ qu'il adoptait» son nom de brahme lui-même. On alla jusqu'à raccnaet (ie.fo&te e( d'idelâtrie. Cependant l'approbaiiOA $o^ lennelle et fioulenue des nrcbevêques de Goa et de Cranganor ferma longtemps la boucbe à 8e9 détrao* taurs« Mais le premier de ces deux prélau aymi él^ rappelé en Europe» son svcees^eur devint le patron de ceux qui attaquaient le brabme remain. Rasante par Tapprc^tion de ses supérieurs et par treise an^ nées d*expérience, le père de' Nobili poursuivait le cours de s^a triomphes apoatoliqees, l(»sqa*en 4618 un message subit rappela au tribunal du nouvel «t* cbeY9que(i).
Il arrive à Goa avee le vieil arebevêque de GraiH* ganor venu pour plaider sa cause : il avait besoin d'un protecteur puissant, car il trouva tout le monde irrité contre sa conduite scandaleuse.!) se disait done né lui aussi du front de Brahmsi, puisqu'il s*était incorporé à la caste fière d'une pareille origine (2).
(1) Gerdara, HMwri»^ S. /., part. 6, 1. 5, n. «08-130 , p. 169*
(S) If. Iiig. ée 8tcè, de Pondiehëry, disculpe afosl le père de'lfebllt : « Ceux qui prétendirent qail avait eaolié la te* rlfè, en déelarant à Tassenklilëe des brabmes ireotils diiMadoréqoir Interrogeaient, que lot aussi était un brahme. Ignoraient le véritable sens du mot biramaner, dont peut se qnaltfler nn cbrétten comme nn gentil. Il est de même des personnes qni crurent sans examen qae le père Robert de NoMllbos s'ètaK fait brahme...»
• 81 une telle eonséqaenee étaU Traie, dit l'anteor de sa Biographie lamoule, il faudrait qualifier de brabmes les quatre divisions du peuple Hindou sans exception ; car elles
Quand il parut avec son bonnet cylindrique en soie couleur de feu^ et surmonté d'un long voile drapé en châle sur ses épaules, avec sa robe de mousseline teinte en rouge, ses larges boucles d'oreilles, et le front couvert d'un large potou, ou marque Jaune faite avec la pâte du bois de sandanamy son supérieur, le père Palmerio^ visiteur de l'Inde, ne daigna même pas le regarder; et tous ses confrères jésuites crièrent qu'il fallait retirer de la mission un homme qui se livrait aux idolâtres au lieu de les gagner à Jésus- Christ.
Quatre choses les choquaient surtout, son nojn de brahme, son signe au front, ses ablutions continuelles et le cordon composé de cent huit fils de couleur jaune qu'il permettait à ses disciples de
préteudeot toutes être sorties, savoir : les brahmes^ du front deBrahma; les kehalria^ de ses bras; les vaicia, de son ventre, et les «ouïra, de ses Jambes. Quelle est donc la cause qui fait que la première division se qualifie de braAmes, à rexclusioD des trois autres ? C'est ce qui est pourtant. Mais non« hâtons-nous de reconnaître que le sens vrai de brahme , c'est qui cultive les scienees ; celui de kchatria, qui manie le« ormes ; celui de vaicia, qui «tf livre au commerce; celui de soutra, qui obéit et sert. Donc Biramaner, dérive de hiram^ ne sfgnifie pas Issu de Brahmà^ mais bien docteur on savant... »
« Du reste, ajoute ce biographe, le père Robert de Nobllibns a lui-même consacré, en samscril et en lamoul, le sens du mot biramaner, qu'U emploie à désigner les docteurs de tontes les religions indislinclement. » Annales de phUosoph. chrét. , t. 23, p. 28 et 29.
porter. Telle fut roriginedesaccusations multipliées depuis sous le titre de rites malabares (1).
L'accusé avait composé un mémoire pour prouver qu'il adoptait des signes de noblesse et non de superstition. C'était l'avis de tous les Indiens sa« vants convertis. Mais la prévention était si forte qu'on ne voulut même pas d'abord ouvrir son apologie. Cependant on finit par la lire, et tout le monde parmi ses confrères fut pour lui.
11 n'en fut pas de même au tribunal de rarchevèque de Goa. Fallait-il se faire brahme pour faire des ckrétiens? Ne suffisait*il pas d'exposer la doctrine d'une religion assez éloquente par elle-même? Si les Indiens la rejetaient après, qu'on l'aurait annoncée par les moyens ordinaires, c'était leur faute : il fallait s'en laver les mains. Tel fut, dit^on, le début du premier accusateur. 11 n'était pas difficile de répondre. Quoi qu'il en soit^ malgré les réclamations de Parchevêque de Granganor, rafifaîre fut portée à Rome, où le cardinal Bellarmin lui-même fut prévenu contre son neveu au point de lui écrire une lettre pleine de reproches. Mais un inquisiteur de Goa, Alméida , plaida sa cause , et le 31 janvier 1623, Grégoire XV autorisa la conduite du Jésuite brahme jusqu'à ce que le Saint-Siège examinât de nouveau l'affaire (2).
L'apôtre, éprouvé par cinq années de contradic* tiens plus dures que les persécutions des idolâtres.,
(1) Voyez Répome au livre inlitulé : Extraits des auerlions, t. 3, ch. 5 ; de V Idolâtrie malahare^ p. 159 et saiv. (^) Gordara, Hist. S. /., p. 6, 1. 6, n. 111-116, p. 310-312.
OMittMa ses travaux avec un ncfiTeati coutdge.
Après quarante^itiq années de missions ii avait converti près de cent mille idolâtres (1) : il était âgé de soîxaifete^eeiM ans ; et ses supérieurs le forcèrent à venir à Méliaponr, couler dans une vie moins dure le peu de jours qui lui restaient. Il y mourut te 16 jttiivier 1666, vénéré comme un saint dans toute It région q«'ii avait évangéliaée. Son lombeati» à une lieue de la ville de Maduré, est encore aujourd'hui un lieu de pèlerinage très fréquenté (2)«
lit. Àtt moment où la mission dn Maduré perdait MU fendateur, digne comme Xavier du nom de conquérant, croissait à la cour de Lisbonne^ âgé de huit ans, un petit brahme chrétien, voué au Ciel dès 6on berceau, destiné, lui aussi, à étonner rinde par ce zèle héroïque qui, suivant Pexpression de S. t^aul, sait se faire tout à tous pour gagner des Ames S Jésus-Christ, lean de Britto partit pour Goa en 16T3. Il était né d'une famille illustre; il eut aussi à triompher des obstacles que lui opposèrent les larmes, les plrières de ses proches, défi grands du royaume, du nonce apostolique et de dom Pèdre» régent du royaume, dont il avait été le page «c l^mi d'enfance. Mais une grande mission l'appetatl( il devait baptiser trente mille païens dans le royaume de Marava, et conclure enfin, en 1693, à 4|aaranto«cinq ans, vingt années de travaux par un long et crvrel mertyre. I>ès sa jeunesse, il répétait
(1) Jtfanirs, institutions et cérémonies des peuples de Vlnde, par M. rabbè I. A. J>]ibo1s, t. i, p. 423.
(2) Lettre autographe du père daRaoqaeti missionnaire dans le Maduré, écrite le fi dèeembre IM).
souvent ces proies |iro(»hélîqii«0 c iû ymx éùMiet aa Hafavaott ma foi oa oéob iing (i)«
11 quitta, oomme RoMm de' fiéètlî, riwbti efiro* péeii, prit i% GoMaoïe é» mmatam et 6e toumll a«x plus susièraftalwisAeaott doi péntlÊBis tndiaats» Bito eoûtent bten plut ê« fiuiia^iis qu'aux indifôoesy foi, babîauésdèi i'uAfano^ à rasarderceruilm mata comme igliuUflB H Bsorilégaf^ ea (KNitracieat un fé» ritable dégoût Un mot^eiii de tatirfrôii leur aoulèfa quelquefois le ccwlr(i)«
H) Palrigiiani, Pie memorie d* aleuni reîigiosi dellojCompaiKia ai Gésù, an 4 février i693.
(2) « Àccontumé^ dès Tenrance, dfl M. l)abois, à ne jamais manger de viande, et même A regarder avec horreur ce genre «enearrnifre, les teatunes De ^{mpoMtit iras fme |»flva«> Uou fias pénibla à ta{>9o«ter, qae m l'est pêot aaas nil»s«- Uoeoce da la ciMir da difars aataaaax ^onestiqaai poaT liqoalle aoa certalaa fNréfeatiaa» oa la aatare da notre gaûti Doas inspire une forle répagnaaca. L'Indien qoi s'interdit toafe nonrriture animale ne fait donc que céder à un sf^ntiment de dégoût qae Thabitude et Timagination ont rendu thez lut insurmontable. Tal connu un brahme qui, voyant un Jonr casser et mêler des œots pour faire nne omeiefle» éprouva de vielefltes nstisèeê, efl soKii pour rejeter ca qnli avait dans l'estomac. » Mcsurs^ imtUulioru et eérémmém éèè peupie$^i'lnd$^ t.S| c»9, p« SU. « #e faaiHSassayar aa|aur, du ua autre aiissiaiiaalref M. Perda» ie faire naater eu Mear à onde mes serviteurs indiens, dans un pays eu U était per<mis d'en manger; J'aperçus que la vue de cette viande lui donna des mouvements convulsifs. Il me disait en pleurant : Hé quoi! seigneur, me ferez -vous manger de cette grosse bète? Aussi je lui retirai le morceau de la main, et ne veulas pu l'ex^esar A aa ftiire da mal^aD la mangaanl eootre 8on Inclination. » Foyo^e daiM {lMoM% 1. 1, f» SMi
Obligé de relûurner à Lisbonne en 1687, leJésuiic Saniami déposa la robe indienne, mais coniinua ses jeûnes et ses abstinences pendant les trois années que dura son voyage. A cette époque se irouve, à mon gré, le plus bel événement de sa vie, la preuve la plus solennelle du dévouement qui animait les missionnaires brahmes. Dom Pèdre, devenu roi, revit dans son ancien page non plus seulement un ami, mais un martyr; car Jean de Brilto, contesseurde la foi, sortait des prisons du tyran de Uara^a. encore meurtri par les verges.
On fit tout pour le retenir, mais l'apôire, reptenaot sa robe et son bâton, déclara qu'il préréraii ta cour de Harava à celle de Lisbonne. Le vaisseau qui devait le ramener aux Indes avec une troupe lie nouveaux missionnaires, l'attendait, prêt à metueà la voile. Le prince ei son épouse le reiardèreni M et exprès peut-être, par leurs derniers adieux, qu'"rivé au port il apprit le départ de ses compagne 1 et du navire qu'emportait un vent favorable. Il ifouvi fort heureusement une frégate venue de LiTOuroe, qui, menant à la voile au moment même, consentit à le prt^ridrc ei tiiiii par le rounîr à la colonie j| dienne.
Parti d<; Lisbonne en 1690, il mourut marty^ 4 février 1693; et Rome s'occupa du procès <l canonisation. A son retour au Marava, baptisé, dans un an el demi sciilemenr, pW itiille caii:chumène3{l).
1?. Trois ans après la mort de lôan de Britto, Goa vit débarquer on nonvean iomams jésuite» te père Constant Beschi italien, qui devînt par son savoir plus fiameux encore que Robert de^ Nobili. L*apostolat successif de ces trois grands hommes oc« €ape un siècle et demi; car le premier arriva dans les Indes en 1605, et le troisième vécut jusqu'en 1742. C'est la période dont je trace le tableau dans ce chapitre.
Un auteur tamoulè a fait la bioi^'aphie du père Beschi. Je vais en citer les fragments les plus enricnx, d'après la traduction du père Louis du Ranquety missionnaire mort au Maduré le 8 novembre de Tannée dernière. J'ai cru qu'on verrait avec plaisir ce troisième type du brahme jésuite, représenté par le pinceau d'un Indien. Ses traits, en changeant d'idiome, se sont nécessairement décolorés : je vais les reproduire tels que la plume d'un Français me les a transmis.
Dès le premier jour de son arrivée dans l'Inde, en 1700, deux serviteurs dé haute caste et pénitents, qui ne touchaient à aucune viande, lui apprêtaient une nourriture monde. Il ne mangeait qu'une fois par jour. Lorsqu'il était dans sa résidence, il portait toujours \epoUm de Sandanam au front (i); sur sa têie une coulia (ou toque de velours de soie, à forme cylindrique), que recouvrait un voile fin; autour des
(I) Ce polim est an signe de la grandeur et de la forme d'une pièce de vingt sons, fait avec de la poudre de Sandanam^ lK)is odoriférant, qui, llquéflèe dans on peu d'eau pare ou d'essence, donne ane pAte de coalear Jaane. C'est ane marque de distinction. ^