‹ Des JésuitesChapitre 44 sur 56 · II · texte numérisé non relu

II

Imposant silence aux témoins à décharge» à l'Église elle-même, et condamnaoi au feu les mémoires qui pouvaient éclairer la question;

Se constituant tout à la fois arbitre, accusateur et témoin ;

Sans avoir cité les Jésuites , sans avoir entendu leurs réclamations/ sans avoir répondu juridique** ment à leurs apologies.

Déclare ledit Institut inadmissible, par sa nature^ dans tout état policéy comme cmitraire au droit naiurelp attentatoire à toute autorité temporelle et SfûritufiUey ferme toutes les maisons des Jésuites en France» et fait brûler, par la main du bourreau, des ouvrages que toutes les écoles du monde catholique vénèrent et enseignent encore aujourd'hui.

L'arrêt de la cour ordonnait en outre que touales ci-devant Jésuites « ne pourraient remplir de grades dans aucune des universités de son ressort, ni chaire d'enseignement, ni fonctions ayant charge d'âmes, ni généralement aucun emploi public, s'ils n'avaient préalablement prêté serment... de tenir et professer les libertés de l'Église gallicane, et les quatre articles du clergé de France contenus en la déclaration de 1682,... de combattre en toute occasion la morale pernicieuse contenue dans les Extraits de$ assertion»... notamment de ne point vivre désormais, à quelque titre et sous quelque dénomination que ce puisse . être, sous l'empire de leurs constitutions et de leur institut (1). >

(1) Arreà de la cour du PaW^m^nf, etc., du 6 août 176i; Recueil par ordre de dates de tous les arrêts du Parlement ds

G'était un prélude des serments que d'autres tribunaux devaient exiger trente ans plus tard^ non plus seulement des religieux, mais de tout le clergé du royaume, c Cet arrêt deparlement, dit l'historien Scbœlly porte trop visiblement le caractère de la passion et de rinjustice, pour ne pas être désapprouvé par tous les hommes de bien non prévenus. Exiger des Jésuites rengagement dé soutenir tes principes qu'on appelle les libertés de l'Église gallicane, était un acte de tyrannie; car quelque respectables que ces principes paraissent, ils n'étaient pourtant, selon Topinion des docteurs les plus savants, que problématiques, quoique probables, et nullement articles de foi. Vouloir forcer les Jésuites à repousser les principes de morale de l'ordre, c'était décider arbitrairement un fait historique manifestement faux et coQtroMVé. Mais dans les maladies de l'esprit humain «jg;omme celle qui affectait la génération d'alors, la raison se tait, le jugement est obscurci par les préventions. Les Jésuites opposèrent la résignation aux persécutions dirigées contre eux. Ces hommes qu'on disaient si disposés à se jouer de la religion refusèrent de prêter le serment qu'on exi- *geait d'eux. De quatre mille pères qn'ils étaient en France à peine cinq s'y soumirent (1). •

Le parlement de Paris alla multipliant ses arrêts pour triompher de la conscience des Jésuites : on en

Paris^ete,^ corkcernani Us ci-devant soi-disant Jésuites, etc. ^ t. i, p. 307 et 417; Nouvelles ecclésiastiques^ etc., du 14 et du 9i septembre 1762.

(1) Cours d'histoire des états européens, t. 40, p. 51 et 52.

compta Yingt-neuf d(ins un jour, 4e 7 septembre 1762. On pouvait dépouiller ces religieux de tout, mais non de leur attachement à des règles sanctionnées par rÉglise.EnfiUy le 29 avril 1767 on poussa la tyrannie jusqu'à leur ordonner le serment de renonciation à leur institut, sous peine de bannissement dans la quinzaine (1).

IX. 11 s'en faut bien que tous les tribunaux de France aient été aussi ennemis des Jésuites que celui de Paris. Le parlement de Rouen donna, il est vrai, le premier exemple de leur condamnation, le 12 lévrier 1762; mais un parti nombreux lessoatint longtemps dans ceux d'Aix, de Toulouse, de Bordeaux, de Perpignan, de Pau, de Dijon, de Grenoble, de Besançon, de Metz et de Douai f2). Dixneuf magistrats forcés par le parlement d'Aix à prononcer sur cette affaire, sans qu'on leur eût permis d'examiner les pièces du procès, recutèreat devant une sentence inique, et écrivirent au chancelier une lettre dont je vais rapporter un fragment. Parmi eux se trouvaient quatre présidents à mortier et quinze conseillers.

c Yingi-quatre juges, dirent-ils , déclarèrent en vain qu'ils ne pouvaient opiner tout de suite dans

(i) Nouvelles eccléHastiques^ etc., pour rannëe 1767, du H mai, p. 82-84.

(2) Destruction des Jésuites en France, etc., publiée â Londres en 1766, réimprimée en 1827 dans les DocumerUs historiques, etc., concernant la Compagnie de Jésus» U l, n. 1, p. 35. Picot, Mémoires pour servir à VUistoire cPÇlésiasUqHe^ etc.i t.2, p.4Î9(Pari9,iSi5),

un procès de cette importance ; en vain ils protestèrent de la violence inouïe qu'on voulait leur faire... en vain on fit observer quMl serait monstrueux de rendre un arrêt dans une affaire qui, non seulement n'était pas instruite» mais qui n'était pas même rapportée; qui ne pouvait pas même l'être; dont les pièces n'étaient pas même sur le bureau , car on n'y voyi)it ni les comptes renduis aux parlements de Paris et de Rennes, auxquels M. de Monclar s'était rapporté dans le sien ; ni les lettres patentes, arrêts, remontrances^ concordats, et autres documents sur lesquels on avait prétendu prouver que rétablissement des Jésuites n'avait Jamais été légal en Provence, ni aucun des livres flétrisparses conclusions, ni enfin son propre réquisitoire. Ces messieurs ne répondirent à toutes. nos instances que par une déclaration constante qu'il leur sufiisait, pour pouvoir opiner, d'avoir ouï les gens du roi^et qu'ils voulaient le faire.

« Alors plusieurs de nous avancèrent librement que le compte qu'ils avaient entendu était non seulement partial et inexact, mais qu'il y avait des citations fausses. Us en redressèrent le texte et le sens; et ils prièrent d'observer s'il était permis de contraindre vingt-quatre juges, dans une affaire si importante^ ou à quilier leurs places^ ou à opiner sur la simple autorité d'un pareil. réquisitoire^ ainsi attaqué^ et qui ne paraissait pas même sur le bureau pour pouvoir être discuté.

« Nous nous crûmes Qbligés de déclarer de la façon la plus expresse que nous n'opinions pas, n'étant pas instruits et ne pouvant pas l'être. On adopta.

sans aucune restriction, les conclusions du proeoreur général sans lire une seule ligne des Constitutions...

« L'arrêt a passé à la pluralité de vingt*neuf Toix réduites à vingt-quatre, par les combinaisons et le défaut d'âge, contre vingt-sept voix réduites à vingtdeux par les mêmes raisoiis.

<c La violence qu'on nous a faite^ Monseigneur, en nous arrachant de nos piaces par la nécessité où l'on nous mettait ou de les quitter, ou d*y juger la plus grande et la plus difficile des aflkires, êons instructkM, êons frièees, sans rapport, sans lecture, nous a mis dans la malheureuse nécessité de vous rendre compte âe notre conduite, non pour inculper nos confrères, mais pour faire passer aux pieds de Sa Majesté, avec l'assurance d'une soumission et d'une fidélité à son service, que rien ne pourra jamais ni borner ni ébranler, nos très humbles supplications pour le maintien des droits les plus essentiels de nos charges, qui sont, 1^ de pouvoir juger; 2** de ne pouvoir être contraints à le faire sans être suffisamment instruits (i). »

(I) «NOUS gommes avec resiiect, etc., Aix, le 7 Juin i763. MM. le président Gorlolls d'Espinonse, le président de Gueydan, le président de Boyer d^CgalUes, le président d'BoIreoasteaox, Mons père, Montvalen père, Cîortolis, Mirabew père, de Jouqoes père, Beaurecoeil, Montviâoa fiu, VaM deMontvalloo, Thorome, Fortis, D^spraax, LaGanorgoe, Charleval, GameKn, de Roussel. » Cette leltre a été imprimée parmi les^Piéce<i!M(t/l(;a(tve5,p.3l-35,da Plaidoyer de M' Hennequin, dans l'affaire de VEloile^ etc. (édition officielle), (Paris, Méqoigaon Havard, idW). Oii peut lire la triste Issae de

Je vaudrais avoir le temps d^expliquer le dédale des manœuvres ténébreuses qui^ dans tous les états du roi très chrétien» aboutirent enfin au triomphe du jansénisme et de Timpiété parée du manteau de la philosophie. Il se trouva pourtant en France trop d'hommes de cœur et de conscience , trop de magistrats clairvoyants pour que Tarrêt qui condamna la Compagnie de Jésus fût unanime. Aux efibrts courageux tentés pour la sauver dans un grand nom-» bre de parlements, joignons les différences d'opinion sur la peine à infliger à ses membres. Paris, Toulouse, Rouen et Pau les chassèrent du royaume en 1764; mais les autres tribunaux proscrivirent l'Institut des Jésuites sans les bannir eux-mêmes. C'était au reste une conséquence de Tétrange argument qui fut exposé dans le parlement de Rouen, par un des conseillers nommé Charles. ^ Quelle que soit, dit-il, cette société contre laquelle nous sommes forcés d'invoquer l'autorité des lois, nous ne devons pas nous le dissimuler, elle a nourri dans son sein, et il y existe encore des cœurs droits, des hommes capables de servir la religion, le prince et la patrie; des citoyens vertueux, des sujets fidèles et des chrétiens remplis d'un attache* ment sincère aux véritables maximes. Aussi, en blâmant le corps, notre dessein n'a point été d'a-

cette affaire dans la Destruction des Jésuites^ p. 35 ; Documents historiques, etc., concernant la Compagnie de JésuSj t. 4, n. 1; dans l'opuseale ioliluté : Du rétablissement des Jésuites et de ^éiucation publique. Notes, p. â35 et suiv. (à Bmmerick, Lambert Romen, 1800 j.

dresser les reproches que nous lui faisons, à aucun de ses membres en particulier (i). •

On condamnait donc l'Institut des Jésuites comme impie et fatal aux états, et l'on absolvait ceux qui rayaient observé; on déclarait le corps coupable et les membres innocents. Dans la catholique Espagne au contraire, et dans le Portugal, on n'osa pas flétrir des règles consacrées par les jugements de TÉglise; mais on s'en prit à ceux qu'elles avaient formés. Dans un mémoire imprimé en 1790 pour le rétablissement des Jésuites dans les Pays«Bas catholiques, je lis en note la réflexion suivante : « En Portugal les Jésuites furent détruits sous prétexte qu'ils n'observaient pas leur saint Institut, et en France, leur crime était d'observer cet institut dangereux^ détestable ^ impie. Un échangepouvait tout accommoder. C'était d'envoyer les Jésuites de France en Portugal, pour qu'ils l'observassent, et ceux de Portugal en France, pourne l'observer point (2). »

X. II fallait qu'un pouvoir supérieur mît fin par une mesure générale aux divis^ions de la justice plus oa moins passionnée dans ses différents tribunaux, suivant qu'ils cédaient aux inspirations du jansénisme et de la philosophie. On vit donc le faible Louis XY, n'ayant de force que pour résister aux prières de Stanislas, son beau-(^ère, du Dauphin , de toute sa famille, de tout le clergé de France et de Clé-

(1) Du rétablissement des Jésuites^ etc., Notes^ p. 247.

(2) Mémoire à leurs haules et souveraines puissances Nosm^ gneurs les Etats-Unis des Pays-Bas catholiques sur le rétalflii'' sèment des Jésuites^ p. 47 et 48 (1798).

ment XIII y sacrifier les Jésuites à ses Parlements , à son ministre philosophe, à sa rancunière maîtresse, et signer, au mois de novembre 1764, Tédit statuant que la Société des Jéstdtes rCaurait plus Heu dans son royaotnef terres et seigneuries de son obéissance (i).

Alors le vicaire de Jésus-Christ, juge suprême en fait de discipline et de morale, élevant la voix et s*adressant à tout l'univers csiihoMquej pour repousser, disai'-il, l* injure grave faite à la fois à l'Église et au Samt-S'ége^ déclara de son propre mouvementj et certaine science, que l'Institut de la Compagnie de Jésus respirait ou plus haut point la piété ei la sainteté^ bien qu'il se trouvât alors des hommes qtdy après l'avoir défiguré par de méchantes interprétaHons , n'avaient pas craint de le cjualifier d'irréligieux et d^ impie ^ insultant ainsi de la ma^ rùère la plus outrageante t Église de DieUy qu*ils accusent é(ftiivalemment de s'être grossièrement trompée^jusqu'àju* ger et déclarer solennellement pieux et agréable à Dieu ce (}ui en soi était irréligieux et impie^ et d'être ainsi tombée dans une erreur d'autant plus criminelle, qu'elle aurait iouffert pendant plus longtemps^ c'est à dire pendant. plus de deux cents ans, qu'au très grand préjudice des

(1) Procédure contre V Institut et les constitutions des Jésui- ^s, etc., publiée par M. Gilbert de Voisins (Paris, 1823), p. 326. La marquise de Pompàdour avait an grave sujet de mécontentement contre les Jésuites de Paris, qui, dans une circonstance où elle croyait utile de faire ses pâques, eurent le courage de lui refuser l'absolution, inde t'ree. Voyez Doeufnenis historiques, etc., concernant la Compagnie de Jésus, t. 4, D- 1, p. 13 et 14. D'Alembert appelle ce rigorisme des Jésuites une faute capitale, Sur la deslrwtion des Jésuites en France, par un auteur désintéressé, p. 130 et I3i (Paris, 1765).

âmeif 8(m $mn restât touillé (Pune tâche ausêi fléim^ santé (1).

(1) Voyez PftmièTe partie, seconde éêUion, cb. xiv. Clément Xin écrivit en France an roi et au évèques vingt-sept brefs en faveur des Jésuites; Réponu an Hwc intitulé :ExtraiU des assertions, U 2, p* 254. Après tant de réclamations du Pape, de tous les évéques de France, de la famille royale, d'un grand nombre de magistrats, comment expliquer ces

paroles de M. Yillemaln : « Lorsqu'on 176S la Société

des Jésuites fut enfin dissoute,... aucune voix accréditée... ne s'éleva pour la défendre ?» EA^pos^ des motifs et texte du projet de loi sur Vinstruetion secondaire, présenté par M. VUlematn, ministre de l'instruction puHique, dans ta séance de la chambre des pairs, du 8 février i844. L'Ami de la Religion, n. 3864, p, 245, COl. 2.

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