V. QCINBT
Mon^ieMr, permettez ; c'est de l'idée (k l'être qu'il $'agit (jlans le programme de» léauitea. Que ma parlez-vous d'être de raison ! Traduisocks fidèlement : de ente rationiSy de tidée de L'être (i), l^ ne ferai jamsûs de mauvaises querelles à mes adversaires en chan* géant le sens des mots.
Da enteyderidée^fotiBfdf^^ de L^Ufrel Quel est ce mot à mot-l|i?
Eh bien ! ne chicanons pas sur les mots. Je vous accorde que Cidée de S^êire et Mre de raison sont synonymes (2),
LE PHILOSOPHE
Tonte l'antiquité scolastiquecrie le contraire. Elle étudia tidêe de têtre en métaphysique, et têtrederai^ tan en logique. C'est ce que les Jésuites fireat aussi. Hais ce dont je les blâme^ c'est de prétendre expliquer en trois ou quatre séances des mystères qu'on pourrait creuser éternellement. Leur crime de lèse-
Il) U. Qll«#t, \l* LêBQM, p. ^Qu
Q) \\ sma^aXK 4'ouYrir U dlçlipQB^ir.^ de rAcadémie pour savoir le contraire. On y lit : « Etre de raUon^ par opposition é£lrffM, se ait #s 0e 4a{> n'existe qse dans l'esprit, dMs ViMilA^iWii. OiM-nioiiMfiM (t'qr« tin pakkiê 4e diamant sont teftlfe8deiC^Q9*« Viâ^e dQ l'éjlre est ia perception 4e rètrç, 00 de ce qal Qst réellement, cousidéré d'ane manière gètèrale et abstraite.
- 40 jphilosophie est lày et /ion dai\3 dans Toubli de tidée de l'être, qu'ils ont exploitée longuement et subtilement comme les autres. Mais tronquer les êtres de raison ! les analyser en quatre heures! voilà ce que n'au« ratent jamais pardonné ni Mercure-Trismégîste, ni AverroèSy ni Jamblique.
M. QUINET
Mais qu'entendait l'Ecole par être de raison'^
LE PHILOSOPHE
Je vais vous le dire. Je ne promets pas, comme les Jésuites, de vous faire tout comprendre en trois ou quatre séances ; mais nous y reviendrons.
M. QUINET
Commençons toujours.
LE PHILOSOPHE
Les êtres de raison se disent en trois manières, effectivement, subjectivement et objectivement, effective, subjective, et objective. Les premiers émanent de l'intellect; les seconds résident dans l'intellect ; les troisièmes sont l'objet de l'intellect. Subdivisons. Ces troisièmes ont quelque être ou n'en ont pas du tout. Yoilà les réaux et les nominaux qui nous mènent aux êtres de raison. Ceux-ci, à leur tour, ont un fondement ou n'en ont pas. De là une partition nouvelle. Considérons d'abord les premiers. Ils sont ou positifs, ou privatifs, ou relatifs. Or la relation des êtres de raison relatifs étant fondée ou sur une entité réelle et intrin* sèque, ou sur l'objet en tant qu'il est extrinsèque--
ment connu par Tintelligence, ou enfin sur Tobjet en tant qu'il termine le décret de la volonté, vous concevez qu'il nous faut le considérer en trois autres manières. Au premier genre se rapporte la relation de raison entre Dieu et ses créatures; au secondi la relation d'universalité par laquelle. ••
M. QuiNET) CmUrrompani.
L'antiquité scolastique a considéré tout cela?
LE PmLOSOPHE.
Nous ne sommes qu'à la première page. Quelle richesse! quelle mine pour la méditation ! comme tout cela devait intéresser des jeunes philosophes de quinze à dix-huit ans! Mais de grâcci ne m'interrompez plus ; laissez-moi dérouler mon programme.
M. QUINBT.
Mais ne pourriez-vous pas, avant tout, me dire en deux mots, et bien nettement, en quoi Yétre de raison consiste ?
LE PmLOSOPHE.
Rien de plus simple, malgré les opinions diverses sur son essence. D'abord ce n'est pas dans une dénomination intrinsèque» quoi qu'en ait dit Durand; et je vais vous le prouver jusqu'à l'évidence par trois arguments principaux.
M. QUINET
Point d'arguments. Je l'accorde. Avançons.
LE PHILOSOPHE
Ce n'est pesnoii plus daiie uneagrégaUokid'unitéft réelles mal soudées ensemble par une ftiusse apprê^ hension de l'esprit.
H. QUINET
Je vous l'accorde.
LE PHILOSOPHE
C'est moins encore dans...
H. QUINET9 tinterrompant.
De grftce , dite^ d*abord ce que c'est > puis nou9 verrons ce que ce n'est pas.
LE PHILOSOPHE
Oh ! prenez garde ; vous allez me forcer à tout dire en trois heures > comme les Jésuites»
H. QUINET
Expliquez «moi Y être de raison par un exemple.
LE PHILOSOPHE
Eh bien! un bouc est une chèvre^ elt un renaié^ est un cerf y hircta tH cervu$; voi4à trois éiirêi éetaiton%
H. QUINET
Et les Jésuites ont défendu de s'arrêter plus de trois jours à ces études-là!
LE PHILOSOPHE
N'esl-ce pag, comme vous l'avez dit, décapiter la sotencef
Maïs je n'ai pas ait cela.
C'est ce que vous deViteï dire , pui^iB t*«st Vitt de ration et non ViMe de féîre qu'Us ont décapité , en l'expliquant en trois ou quatre séances, au lieu d'en entretenir leurs élèv^ pendant trois ou quatre bons mois.
M. QUIKET*
Et j'ai feit ee contre-sens-là!
LE PHILOSOPHE
Ce n'est pas tout. S'il faut des jours et des semaines pour définir y prouver , diviser et classer les êtres de raison; pour étudier letirs oàvslis efikient6B ^ polir èa- Yoîr si Dieu les tminaU ^t les fitil, pdur passer M« suite en revue les mèfenoMâR > <pii n*«n sont qu'uao espèce , il faudrait disputer des années. Que d'îii4olio furent écrits sur ces inépuisables matières! Car enfin est-ce la volonté qui les crée? sont-ce les sens intérieurs et même extérieurs f ust^se uniquement Timagination? est ce ia eeole intellifeiice? Dieu les connaît-il par assentiment ou par dissentiment , fmr Qssensum vel dissenmm , directement ou indirectement?
M. QUINET
Et les Jésuites défendaient à leurs jeunes élèves de creuser toutes ces questions-là?
diêimlet au indirectement , comme l'a prétendu Mer» cure Trismégiste.
M* QUINET
Et voilà la question interdite aux jeunes élèves des Jésuites ?
LE PHILOSOPHE
Oui y Monsieur; défense expresse de s'y embarquer. Le terme est précis et la loi bien claire ; vous raves oltée à moitié : Une autr^ fois publiec^ta tout entière à la ^Kmfiuioti éea lé8«iteB% «i^ase Ufiréilî* eament de la sutetaaae, qu*i4s ne disenx rien Hé la aubsiaM» aumaiurelle ou de l'être aurfiaUirtl ii).n Abi» les athées 1 lee âthéesl
It. QUINBT.
Âiufti^ ee n'esi pa» i^étitde de la subaianee qu'Us ont interdite F
LE PHILOSOPHE
Non; t^'est l'étude de l'être surnaturel, de la substance surnaturelle ou de iDieu, quMls ont exclue, les misérables ! de la catégorie de la substance.
H. QÙINBT.
Ne disent-ils rien de la penséô de la substance, ni de Dieu, dans leur programme de philosophie?
(1) la prjBdieaaieoto veré satistaetitt, 4a sabtteatia 1^1 aaCa saperaatQrali nihil dleani, « gml. & /. ^ t. a, QréimUiopro $MUU siÊ^eriwrUm^ ate., p. sar, v 9oL YoilA le taiea^ nU^ ^ieant exploité par Mt Qalnet.
M PHIliOSOPfiB.
Us en parlent au contraitë irës longuéméni, en mè« taphy^ique surtout Çl) : mais ne f)àà âisciiter fortement sur Dieu dans le prêdicamènî de ta substance p n'est-ce pas décapiter les catégories^ Voua avez mal interprété le texte de la régie en traduisant prœdicameàixm par pensée; mais j'excuse Votre (^ntfe-àèns en ta- Teur de la conséquence que Vous èd titek.
M. QUINET
Mais je n'ai rien conclu^ je vous l'assure» en faYeur de Yos catégories.
LE PHILOSOPHE
Comment ! vous les avez défendues avec une éloquence, une verve, un pathétique qu'on a couverts <i'ap|)laudissements.
il. Qt}i!^;
Ni mes auditeurs» ni moi, n'dii avons «ompris ht portée. Ah I que ne puis-je recommencer ma leçonl
Le philosophe.
La raieèn élèlt dans mes in^^folio; les périodes dans irotre bouche. Je répète volontiers après vous: cCk>n-
(1) « ID metapbysicfl (disputent) de ente et de proprietatlbas Mtig, de natara sobstanUa et aocfdeolis; de sobstantia, aliisqne simUibus. De Deo qaoqae agere poterant, qaoad lomlne naturaU eogno&bl valet. » liul. È. /., t. S, p. ^28, Or(^ii^aUo pfo ^MAa» «uperidribtM, S 6* Voyez ci-dessqs te chapitre 3, M. Qui-
miR SON SBGBiTAnUIf p. 2Q.
cevez-YOus un moment ce que pouvait être cette prétendue science de l'esprit» décapitée, dépossédée de ridée de cause, de substance» et même de Dieu, c'est à dire de tout ce qui en fait la grandeur?... Dans la crainte qu'ils ont toujours eue de la grandeur réelle» les Jésuites devaient arriver à se faire une science athée» une métaphysique athée, qui, ne participant en rien de la vie» en eût néanmoins tous les simulacres (1). »
M. QUINET
Ah ! que ne puis-je recommencer ma leçon !
LE PHILOSOPmS.
Vous adopteriez mes catégories plus franchement» n'est-il pas vrai? Vous vous battriez à outrance pour les êtres de rmon^ montrant tout ce qu'il y a de profondeur dans ces créations de la pensée. Un bouc est une chèvre ! Yoilà un être hors de la nature» qui certes» vaut la peine d'être analysé» défini» classé» étudié pendant des mois et des années. Gomment les Jésuites eurent-ils le courage d'envier à leurs jeunes élèves celait de la philosophie ! Le croiriez- vous? depuis eux ces être* de raison languissent. Vous qui êtes professeur, priez l'Université de les remettre en honneur,
M. QUINBT.
Monsieur» tenons cet entretien secret. Je vous promets de ne plus parler de philosophie scolastique
(I) M. Quinet, VP Leçon, p. 266 et 267,
sans vous avoir consulté d'avance.Yeuîllez me donner votre adresse.
Mon adresse! reprit le vieillard en baissant la tête et poussant un long soupir: elle sera bientôt au cimetière du Père La Chaise. Yoilà l'adresse la plus sûre pour me rencontrer désormais ; car depuis près de soixante ans les catégories me minent. Je sens que l'automne ou Thiver me fera changer de domicile, pour me fixer à jamais dans une tombe que d'autres choisiront pour moi. Vous me retrouverez pourtant dans mes in-folio : ceux - là ne passent pas. Tout poudreux qu'ils sont , je vous les lègue. Vous pourrez y lire , dans la philosophie du cardinal d'Aguirre, les notions que je viens de vous indiquer sur les êtres de raison et les prédieamentê ou.caiégoneê^ développés en cinq cent soixante*huit colonnes bien fournies (1).
Désormais, quand vous voudrez critiquer d'anciens programmes de philosophie, souvenez -vous qu'il faut interroger avant tout les morts qui les ont écrits.
(1) Philoiophia ToHùnalU nom-aïUiqm^ sive di$jmta$iones âe^ U in logicam et metaphyHcam Aristotelis, etc., auclore Emi^ netUissimo et Reverendissimo S, jR. E. cardinale Josepho Saenz de Agairre (i7S2),t. 1, p. 84 et salv. On comprendra sans peine qne parmi les nombreux In -folio de l'Ecole aristotéliqae J'avais à cboisir; J'ai pris le premier qn! m'est tombé sons la main. Je n'ai certes pas voalu me moquer de la philosophie scolasliqne fondée par Aristote et S. Thomas ; mais elle nsa souvent le génie sur des questions oiseuses et sans fin. Personne ne reprochera aux Jésuites de les avoir bannies de leur enseignement.
«■BSMÉ