‹ Des journaux chez les RomainsChapitre 13 sur 109 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

personnages, des lieux, des actions.» Mais il a tort peut-être de nommer Caton parmi ces annalistes, imitateurs de la brièveté des pontifes 1 : Caton lui-même nous a dit qu’il adoptait une autre manière d’écrire l’histoire.

Le style des pontifes, à en juger encore par le témoignage de Cicéron, devait être simple, grave, austère ; tout le second chapitre du premier livre des J ah s ne peut laisser de doute sur le sens de ces paroles, qu’il fait prononcer par Atticus : Nam post Annales pontificum maximorum, quibus nihil potcst esse jucumlius. . . On a beaucoup disserté sur cette leçon. J. Wilhelm de Lubeck propose jejunius; Turnèbe, nudtus , et Tiraboschi 2 se montre trop indulgent pour l’une et l’antre conjecture. Lambin, approuvé par M. Lévesque 3 , lit juncidius , ou même ejuncidius ; d’autres, avec moins d’effort, injucundius , ou incomtius. Un interprète du traité des Lois , Fr. Wagner, après Nie. Funck défend le texte, et dit que Cicéron respecte, dans cet ouvrage des pontifes, leur autorité pour ainsi dire canonique,

1 Unam dicencli laudem putant esse brevitatem. Id., ibid.

* Sloria délia Letterat. liai . , R ome , 1 782 , 1. 1 , p. i 3 i.

3 Nom'. Mémoires de i Acad, des Inscr., t. II, p. 322 .

4 De Paeritia Ling. lai., p.

auctoritatcm canonicam quamdam. Mais ce n’est pas Cicéron qui parle ici, c’est Atticus. Les commentateurs oublient trop souvent quelle est la personne qui parle, ou qu’on fait parler. Cette expression, quibus nihil potest esse jucunilius , est-elle sérieuse ? Non ; l’ironie est assez naturelle de la part d’un épicurien railleur, fort peu respectueux pour tout ce qui venait des pontifes.

Ovide ne trouvait guère plus d’agrément à lire les Annales, soit celles des pontifes *, soit même celles d’Ennius, qu’il désigne peut-être dans ce vers :

Sutnscril Annales ; nihil est hirsutius illis

Quelquefois , dans l’écrivain romain qui a donné à l'histoire le plus de parure, dans Tite- Live lui-même, il semble que tout à coup reparaisse la forme simple et aride de l’antique récit: * Sous ces consuls, Fidènes fut assiégée, Crustumina fut prise, Préneste quitta les Latins pour llome 3 .» Ainsi devaient écrire les pontifes, et Atticus dit de ceux qui les imitent : « Quoi de

1 Fasl., 1,7; IV, ii.

1 Trist., II, a5g.

3 II, 19 : His consulibus Fidenœ obiesstv, Crustumina capta , Prœneste al Latinis ad Runianos descivit.

Page 1