PREMIÈRE PARTIE
plus sec que tous ces historiens*? » On voit maintenant pourquoi les plus anciens monuments de l’éloquence latine dans le forum et dans le sénat ont tous disparu , et pourquoi Denys et Tite-Live ont travaillé à les remplacer, l’un avec si peu de goût et de mesure, i’autre avec un génie oratoire qui ne se soumet pas toujours aux vraisemblances historiques; conjecture indiquée par Ellendt % et blâmée à tort par Lachmann 1 * 3 . C’est aussi là une des causes des nombreuses contradictions entre les annalistes qui suivirent : dépourvus de renseignements authentiques , et voulant plaire par les détails , ils se laissèrent entraîner à tous les caprices de la tradition, à l’amour des merveilles, aux illusions du patriotisme, trop souvent même au désir de flatter de puissantes familles.
La sécheresse du style n’exclut pas ces constructions lentes et embarrassées que l’auteur du dialogue sur les Orateurs trouvait dans les anciennes Annales , et qu’il interdit à l’élo-
1 Cic., de Lng.,1, i : Quitl tam exile , quant Lstinmnes ?
* Prolégomènes sur le Brtttus «le Cicéron, Kœnigsberg, i8i5, p. v.
3 De Fonùbus historiarum Lii'ii, Gœttingcn, i8i8, part. Il,
quence *. Même aujourd’hui , après tant d’altérations, cette lenteur, celte marche pénible de la phrase, se reconnaissent encore dans presque tout ce qui nous a été conservé des formules pontificales.
Reste-t-il enfin (c’est la dernière question de cette première partie de mes recherches), reste-t-il quelque fragment original des Annales des pontifes, qui puisse donner une idée de la forme et du style de ces Chroniques sacrées ? J'avoue que, loin de faire comme Théodore Ryckius a ou d’autres compilateurs peu sévères, qui prennent pour des textes certains des Annales tous ceux qui sont indiqués par ces mots, pontificales libri, ou anliqui Annales , ou simplement Annales, je pencherais plutôt pour la critique rigoureuse de Lachmann J , qui blâme l’abbé Sallier, Hooke, Beck, d’avoir cru les retrouver beaucoup trop fréquemment dans Tite-Live; et je bornerais à uu bien petit nombre, non pas même les textes
1 C. 2a : Nulli sensus larda et inerti structura , in niorem Annalium, componantur.
J Dans sa dissertation de Primis Italice colonis , c. io, à la suite des notes de Luc Holsténius sur Étienne de Byzance, Leyde, 1684.
* De Fontib. hist. Livii , part. I, p. i 3 .