VI
4 Pro Balbo , c. 43.
9 VI, a 9 ; XL , 5 a ; XLI , a8.
7 Pline, XXXVII, 6 : Potnpeii triumphorum acta ; î)iodore, nouv. fragm. du liv v X,L, éd. de Rome , 18*7^ p. 129,
SECONDE PARTIE. 6l
soin religieux , puisque Cincius paraît avoir vu celle du dictateur T. Quintius 1 * , et que le grammairien Attilius Fortunatianus * put lire encore au Capitole celles de L. Emilius Régillus et d’Acilius Glabrion 3 * ;
Les plus anciennes monnaies , celles de bronze , marquées depuis Servius 4 ;
Les épitaphes , comme celles du caveau funèbre des Scipions 5 , dont Tite-Live n’a pas non plus tiré parti, ou avec lesquelles du moins ses récits ne s’accordent pas;
Les autres inscriptions historiques, celles des tableaux votifs, des autels, des temples, des statues. Tite-Live rappelle, il est vrai, les statues élevées sur les Rostres aux ambassadeurs romains tués à Fidènes en 3 1 6 , et qui, bien que renouvelées peut-être , avaient conservé leurs noms fi ; et il lui arrive une fois de citer une inscription votive, celle de la cuirasse déposée par
1 Festus, v. Trientem.
* Pag. 2680 , Putsch.
3 Voy. Tite-Live, XL, 5 ï.
* Pline, XXXIII, i3; Cassiodore, Far., VII, 3a.
5 Voy. Visconti, Opéré varie , t. I, p. 1, éd. de Milan.
8 Tite-Live, IV, 17; Cicéron, Philippic., IX, 2; Pline, XXXIV, 11.
6a DES ANNALES DES PONTIFES.
Cossus, en 317 , dans le temple de Jupiter Féré* trius, avec les secondes dépouilles opimes 1 * : encore cette observation , ajoutée sans doute après coup , lui fut-elle suggérée par Auguste , et il ne paraît pas qu’il eût songé à la vérifier lui-même. C’est la seule inscription qu’il ait discutée : il néglige d’ailleurs toutes celles qui pouvaient accompagner les statues antiques de Servius Tullius, d’Horatius Codés, de Lucrèce, de Porséna, d’Hermodore 3 4 ; l’inscription en lettres étrusques de bronze, sur ce chêne plus ancien que Rome qu’on voyait encore au Vatican 3 ; ces boucliers . ou écussons que Pline vit aussi , placés en l’honneur de la famille Claudia dans le temple de Bellone , et chargés d’inscriptions mémoratives par Appius Claudius, consul en 258 4; les vers eu vieilles lettres latines, joints aux peintures du temple d’Ardée 5 ; les vers grecs qui accompagnaient les ouvrages de plastique et de peinture de Damophile et de Gorgasus, dans le temple de Cérès dédié par le consul Sp. Cassius en
1 Titc-I.ive, IV, 20.
* Val. Maxime, III, 4 , 3 ; Pline, XXXIV, 1 1; A. Gel!., IV, 5 .
3 Pline, XVI, 87.
4 Id., XXXV, 3 .
5 /</., ibiil.y c. 37.
SECONDE PARTIE
a6o 1 , etc. Il était difficile que Tite-Live attachât beaucoup d’importance à ces textes qui intéressaient quelques savants ou quelques familles, lui qui avait dédaigné tant de souvenirs publics gravés sur la pierre ou le bronze, les formules religieuses, les lois, les traités.
Cette énumération, qui ne saurait être complète, suffit pour prouver qu’il était resté dans Rome après l’incendie, quoi qu’on ait pu dire a , quelque chose de plus que la statue de bois de la Fortune et la houlette de Romulus.
L’insouciance de Tite-Live , trop favorablement jugé par Ernesti comme antiquaire 3 , pour tous ces trésors que d’autres nous révèlent, et qui s’olfrirent vainement à l’historien des premiers âges de Rome, a fait douter qu’il eût étudié l’ancien langage. On ne se borne pas à dire que l’osque et l’étrusque lui étaient inconnus, quoique nécessaires à celui qui travaillait sur les origines italiques ; on est allé jusqu’à prétendre qu’il savait mal le vieux latin, et que, pour n’a-
■ Pline, XXXV, 45 .
3 Niebuhr, Hist. rom., t. IV, p. 364 , tr. fr.
3 Opuscula philologie., Leyde, 176a, p. 77. Krnse est plus impartial dans la seconde section de son mémoire de Fide Liviirectc eeslimanda , Leipzig, 18x2, p. 43 , 46 , etc.
voir pas compris dans les Annales l’ancien mot classis , qui se disait alors des armées de terre, surtout de la cavalerie l , il change un combat de cavalerie près de Fidènes en combat naval a ; erreur tout à fait propre, s’il était permis de l’en croire capable, à justifier Caligula, qui, répétant sans doute ce qu’il avait entendu dire, l’appelait un historien négligent 3 . Mais son ignorance des vieilles langues de l'Italie n’est pas absolument prouvée par son dédain pour les monuments: il semble plutôt qu’il se soit fait un système de n’écrire que d’après les livres ; car il néglige, pour des temps moins anciens, des monuments dont la langue était plus claire et plus facile, comme le sénatus-consulte contre les bacchanales, qu’il est loin d’analyser complètement 4 , ou des textes, déjà traduits, comme la célèbre table Lacinienne, qui renfermait les détails de
* Fcstus, aux mots Opima spolia, Procincta classis ; A. Gell., X, 1 5 .
1 Tite-Livc, IV, 34.
5 Verbosum in historia ncgligentemqne. Suétone, Calig., c. 34 - Quelques modernes n’ont pas été moins sévères : H. Dodwell, de V et. cyclis, p. 58 g; Borghesi , Nuovi frammenù dei Fasti consolari , p. 117, 1 57, etc.
* Tite-Live, XXXIX, 18.
SECONDE PARTIE
l’invasion d’Annibal, que lui-même avait fait placer au promontoire appelé encore aujourd’hui cap des Colonnes, dont Polybe s’est servi *, et que Tite-Live n’allègue pas pour le dénombrement de l’armée carthaginoise 2 , quoiqu’il parle de ce précieux document 3 lorsqu’il n’est plus temps d’en profiler pour son récit.
Les tables de marbre ou de bronze, qui attiraient peu son attention, mais qu’il ne pouvait ignorer, n’étaient pas les seuls témoignages historiques qui eussent survécu à l’incendie de Rome. Des livres même (il est obligé d’en faire l’aveu), des livres, tracés sur des matières bien plus périssables, furent conservés. A peine a-t-il décrit cette catastrophe que l’on s’obstine, d’après lui, à regarder pour Rome comme la destruction de tout le passé, qu’il dit que, sur la proposition de Camille, un sénatus-eonsulte ordonna que tous Jes lieux saints occupés un instant par l’ennemi fussent purifiés, et que, pour cet acte expiatoire, les livres fussent consultés par les duumvirs 4.
« Polybe, III, 33, 56.
1 Tite-Live, XXI, 38.~
3 ld., XXVIII, 46.
* Expialioque corum in libris per duumviros qumrcrtUur. Tite-Live, V, 5o.
M. Larcher, lorsqu’il répondit aux paradoxes de Lévesque dont je parlerai tout à l’heure, pensa qu’il était ici question des livres des pontifes 1 : il est plus vraisemblable, comme l’ont cru les interprètes de l’historien, que ces expressions qu’il emploie souvent, libri per duumviros ailili 2 , se rapportent aux libri sibyllini , ou fatales , livres mystérieux que, par l’ordre du sénat, les duumvirs des sacrifices allaient interroger, et qui furent confiés ensuite aux décemvirs, puis aux quindécemvirs des sacrifices, chargés des jeux séculaires, et d’après les commentaires desquels Censorin 3 remonte jusqu’aux jeux de l’an 298.
Il est à croire, d’ailleurs, que les livres ou rituels des pontifes, libri pontijicii, 11e périrent pas non plus ; car Cicéron 4 les prend à témoin pour constater l’usage de l’appel au peuple sous les rois; et de là sont venues jusqu’à nous les anciennes formules de consécration, de serment, de répétition ou de déclaration de guerre, d’évocation , de dévouement.
Les livres qu’on appelait lintei, ces livres fra-
1 Nouv. Mémoires de l' Acad, des Inscript., t. II, p. 461.
‘ Tite-Live, III, 10; IV, 25 ; X, 47; XXXI, 12, etc.
* De Die natali , c. 17.
* DeRep., II, 3 i.
SÊCONDÊ PAftTiÉ.
giles, que protégeait aussi un respect religieux, furent également sauvés, puisque Licinius Macer et Tubéron les consultèrent dans le temple de Monéta, polir des faits qtli avaient précédé lâ prise de Rome *.
Les livres des magistrats, libri magistraluum , différents des livres lintéens que l’on confond souvent avec eux, n’étaient pas regardés lion plus comme anéantis dans ce désastre, puisque Tite-Live, ou du moins le même Licinius, s’est appuyé de leur autorité pour l’an de Rome 3°9 a .
Les mémoires des censeurs, cerisorum tabulée ou commentant, qui furent utiles à Polybe 3 , et dans lesquels Varron 4 cherche des témoignages de l’ancienne langue latine, étaient lus encore paé
1 Tite-Live, IV, 7, i 3 , 20, 23 .
1 1<1., IV, 7, 20. Beaufort, Dissertât., p. 97 , distingue avec raison des livres des magistrats tes livres lintéens, en proposant de lire dans Tite-Live, IV, 20, et quos linteos ; mais il s’en figure à tort différentes éditions d’après ces mots du même auteur, IV, 23 , in tam discrepante editione , qu’il a mal compris. Beaufort, p. 101, veut distinguer aussi entre les mémoires et les tables des censeurs.
3 Polybe, II, 23 , 2/j. Voy. sur les livres des censeurs, Mazocchi, In tabtil. Hcracl., p. 462.
4 De Ling. lut., VI, 8G, Otfr. Muller.
Denys d’Halicarnasse , qui les cite en parlant d’un recensement fait sous le roi Servies Tullius non qu’il y eût déjà des censeurs, mais parce que les anciens registres avaient pu être déposés dans les archives de cette magistrature; il les cite aussi pour un dénombrement fait deux ans avant la prise de Rome % et il nous apprend que ces commentaires se transmettaient de père en fils dans les familles comme un héritage sacré 3 .
Nous voyons ainsi les familles conserver de génération en génération, dans le tablimun leurs propres mémoires, commentai il ', tels que ceux de la famille Sergia 5 , ceux de la famille Porcia 6 ; les éloges funèbres, rnortuorurn laiulationes ?, et les autres discours publics, orationes , souvenirs de leurs aïeux.
On ne comprendra même au nombre des livres ,
* IV, 22 : ‘ilç £V toi; Tiur,Tixoiç (pépcrai Ypjpijxaeriv.
1 1,74: Ajoutai lu twv xaÀouu.:vo)v Tiar.Ttxtov CiTrojAvr^iiïTiov. 5 Ibid. : *A SiaSÉjfCTOii irai? irapi uatpè;, xoî Ttspi ixdki.'ÿj toieïtoii toîç puO’ ÉauTov^aopuvoi?, wairep Upà iraTpôia, itapaSiodvai.
* Pline, XXXV, 2.
5 Varron, de L. L., VI, 90.
* A. Gell., XIII, 19.
1 Cic., Brut., c. 16; Quintil., III, 7, 2; Polybr, VI, 5 V; Denys , Y, 17.
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ni les prières, les lois, les traités, et les autres monuments cités plus haut; ni les oracles attribués à Marcius et à Publicius, dont l’âge est douteux; ni, après tant d’autres chants, les chants injurieux, les vers satiriques, déjà réprimés par les douze Tables , quoiqu’il soit naturel de croire que plusieurs de ces essais du génie romain furent rassemblés et recueillis; mais la conjecture est inutile, lorsqu’il se présente un si grand nombre d’écrits incontestables en tout genre, un si grand nombre de véritables livres, qui remontaient jusqu’à ces premiers temps.
Tous ces livres, tous ces écrits, et la tradition même sur les prétendus livres de Numa 1 , que les magistrats de l’an 57a brûlèrent comme dangereux, mais ne nièrent point comme impossibles, prouvent assez que ce fameux clou annal , enfoncé dans le mur du temple de Minerve, et que l’on a voulu regarder comme la seule numération à la portée d’un peuple qui ne savait pas écrire, n’était réellement qu’une institution superstitieuse, une cérémonie expiatoire, empruntée des Étrusques, et non pas une image ignorante
1 Tite-Live, XL, a<); Pline, XIII, 37; Plutarque, Numa , c. aa; I.nctance, I, aa; saint Augustin, de Civ. Dei, VIII, 5 , etc.
et grossière de la durée. Si c’eût été le seul moyen de marquer la révolution. de l’année de Numa, le seul calendrier de Rome, cet usage n’eût pas été interrompu si souvent, et l’on n’eût pas attendu les calamités publiques pour compter ainsi les années.
J’arrive aux Annales > et je commence par dire que; supposé même que les Gaulois eussent détruit cèlles des grands pontifes, il y en avait hors de Rbine* qu’ils n’eurent ni le temps ni le pouvoir üfe détruire. Ces Annales des villes italiques ont été trop oubliées par ceux qui s’en sont tenus au fatal arrêt de Tite-Live, pie raque interiere y facile excuse d’un rhéteur ingénieux qui vodlait se soustraire au long travail de l’historien. Elles auraient exigé de lui l’intelligence complète des anciehs idiomes, l’étrusque, l’ombrien, l’dsquej le sabin; et, pour se livrer à de telles études, il partageait trop peut-être les préjugés et l’orgueil de Rome, qui, ne pardonnant pas aux peuples voisins leur opiniâtre résistance, croyait avbir enseveli sous les ruines de la guerre Sociale leur histoire avec leur liberté. Mais s’il les dédaigna dans leur vieux langage, elles avaient été consultées par d’autres, par Cincius Alimentus, par Caton, par Vairon; et c’était, en effet, uü
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devoir de les étudier pour tout Romain qui prétendait connaître et faire connaître à d’autres l’antique Italie.
« Antemna, disait Caton *, est plus ancienne que Rome ; » et il avait , par ses recherches , acquis le droit de le dire. Tibur, ville qui se vantait aussi d’être plus ancienne que le Capitole *, avait ses archives, dont il reste, entre autres inscriptions, un sénatus-consulte romain 3 , que le P. Kircher attribuait , contre la vraisemblance , à l’an 368 , qu’on avait reporté même jusqu’à l’an 292 , et qui, bien que reconnu d’une date plus récente 4 donne toujours l’idée de ces dépôts historiques des villes municipales. '
Aricie , Laurente, Lanuvium , avaient leurs fastes 5 . Les livres sacrés de Tusculum fournirent des exemples à Varron 6 .
1 Antemna veterior est quant Rorna. Caton, Origin. I, ap . Priscian., p. 716, Putsch.
1 Pline, XVI, 87.
3 Kircher, Latium vet. et nov., part. IV, c. 6, p. 137 ; Volpi, Vet. Latium profanum, XVIII , 2, t. X, p. 61 ; Gruter, Inscripl., p. 499 , n - 1 *•
4 De l'an 664, par Visconti, Iconogr, rom., t. I, p. i 3 i , éd. de Milan; de 43 1 ou de 43 g, par Nicbtihr, Ilist. rom., t. V, p. 3 G 6 , tr. fr.
5 Ovide, P'asl., VI, 5 g; Macrobe, Satura., I, 12.
6 De L. L., VI, iG ; In Tusculanis libris est scriptum.
ni DES ANNALES DES PONTIFES.
La pieuse cité des Herniques, Anagni, montrait encore les siens, libri lintei, au temps des Antonins ; et Marc-Aurèle, qui en parle dans une lettre à Fronton aurait pu se les faire expliquer, comme celte inscription d’une porte de la ville, Flarnen, sume sarnentum.
Prénesle, qui avait ses pontifes, ses dieux indigètes, avait aussi ses Annales s ; Servius en a conservé quelques traces 3 . Les fastes prénestins, dont une partie a été retrouvée, admettent les traditions du Latium sur Mézence, sur Acca Larentia 4.
Une histoire de Lavinium ( historia Lavinia ) serait alléguée par le faux Aurélius Victor 5 , à s’en tenir au témoignage de M. Auguste Krause 6 ; mais c’est une erreur évidente : il faut lire histotoria Liviana. Et quand même on croirait découvrir d’autres Annales indiquées dans cette compilation souvent digne d’Annius de Viterbe, il serait
* IV, 4 , éd. de Rome, i 8 î 3 , p. 100.
* Cic., de Devinât., II, 41; Solin, II, 9.
3 Ad Æn., VII , 678.
* Voy. les Inscrijit. lat. d’Orelli, t. II, p. 388 , 404.
5 De Origine gent. rom., c. a 3 .
® Vilœ et fragmenta veterum historié, rom., Berlin, i 8 a 3 ,
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prudent d’examiner de près une telle autorité.
Si Tarente est accusée par Tite-Live 1 de célébrer dans ses Annales les noms de ses bouffons, et d’y laisser ignorer ceux de ses principaux citoyens , Cumes avait un historien , probablement grec, qui s’était fait un système singulier sur les commencements de Rome, et que Festus désigne sans le nommer a .
Denys d’Halicarnasse , malgré son penchant pour les fables historiques de ces Grecs italiotes, avait recherché les histoires locales des Sabins 3 ; et il avait eu le bonheur d’y trouver encore des fables grecques.
Tite-Live lui-mème se souvient une fois que les Samnites eurent aussi des livres que la religion avait consacrés, des livres qu’on disait vieux de plusieurs siècles, et que sur un de ces livres vénérables ils jurèrent une haine éternelle aux Romains L Il lui était facile encore , au temps où il vivait, de mettre à profit les mémoires particuliers des peuplades et des villes, comme il est